Armand-Frappier
Création de :
Alexander (Sasha) Blackwood

Récipiendaire

Boulet, Lionel

Prix Armand-Frappier 1993
Catégorie : Scientifique

Ingénieur

Né le 19 juillet 1919
Québec
Décédé le 1 mai 1996


Lionel Boulet - lauréat
Photo : François Brunelle

À Varennes, dans la banlieue sud-est de Montréal, trois immenses bâtiments sont visibles à une dizaine de kilomètres à la ronde. Il s'agit des laboratoires de l'Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) d'Hydro-Québec, dont la taille est à la mesure de l'envergure de l'institution. Dans le domaine de la recherche sur l'énergie, l'IREQ jouit d'une renommée internationale. On peut, sans exagérer, en attribuer l'existence à la vision et à la ténacité d'un homme : Lionel Boulet. Ce dernier a conçu l'IREQ dans ses moindres détails et il en a assuré l'essor, à titre de directeur, pendant quinze ans.

Un scientifique dans l'âme

Né à Québec en 1919, passionné de sciences, Lionel Boulet renonce aux carrières prestigieuses de l'époque, la médecine et le droit, pour s'orienter en 1938 vers des études de génie électrique. « Je croyais à l'importance des sciences appliquées, explique-t-il, et je trouvais que les Canadiens français n'y étaient pas assez présents. » Après l'obtention de son diplôme, il travaille comme ingénieur pour la compagnie RCA Victor, à Montréal, où il met au point le premier train d'atterrissage automatique. En 1947, alors que les diplômes supérieurs en sciences appliquées se comptent sur les doigts de la main au Québec, il termine une maîtrise en génie électrique à l'Université de l'Illinois, l'une des plus prestigieuses écoles dans ce domaine en Amérique du Nord. « Il faut s'ouvrir l'esprit, poursuit Lionel Boulet, voir ce qui se fait ailleurs pour être capable de s'y mesurer. » Lorsqu'il termine ses études, l'Université de l'Illinois lui offre un poste et quatre fois le salaire d'un professeur de l'Université Laval, mais il « préfère revenir faire quelque chose pour le Québec  ».

Les projets que Lionel Boulet entreprend dès son retour marquent encore de nos jours les sciences appliquées au Québec. Il devient «  assistant-professeur » de génie électrique à l'Université Laval en 1948. Plus tard, à la tête du Département de génie électrique de la même université, il en développe les études supérieures. Aujourd'hui, le Département accueille annuellement plus de 150 étudiants de deuxième et de troisième cycle. Puis, au début des années 60, il s'attaque à la création de l'IREQ.

La naissance de l'IREQ

Avant que son rêve prenne forme, Lionel Boulet doit toutefois travailler d'arrache-pied pendant une décennie pour le « vendre » aux gouvernements et aux hautes instances d'Hydro-Québec. Dans un Québec sans grande tradition de recherche en physique, fonder un tel centre semble presque utopique. Cependant, la carrière de Lionel Boulet se déroule, depuis plusieurs années déjà, sous le signe de l'avant-gardisme. « Dès 1955, j'étais convaincu de l'importance de doter le Québec d'un centre de recherche sur l'énergie », déclare Lionel Boulet. Voyant déjà poindre à l'horizon les grands projets hydroélectriques, il met le doigt sur une lacune : le manque de chercheurs dans ce qui deviendra au Québec un domaine de premier plan. « Lionel Boulet voulait que nous soyons parmi les meilleurs au monde en ce qui concerne notre principale ressource. Pour cela, il fallait que le Québec ait un centre où l'on puisse à la fois faire de la recherche de calibre international et démontrer le potentiel du génie québécois. Il a véritablement ouvert une fenêtre sur le monde », explique Ashok Vijh, l'un des premiers scientifiques engagés par l'IREQ et lauréat du prix Marie-Victorin en 1998.

Le projet de l'IREQ est accepté en 1965, l'Institut voit officiellement le jour en 1967 et loge dans ses locaux actuels depuis 1970. Au total, 18 des 24 chercheurs de la première équipe viennent de l'extérieur du pays. La plupart d'entre eux sont personnellement recrutés par Lionel Boulet lors de ses voyages de reconnaissance. Afin de bien les intégrer à la collectivité québécoise, il organise d'ailleurs à leur intention des stages d'immersion en langue française. L'ingénieur fait également sa marque comme responsable du développement des programmes de recherche de l'IREQ, nageant souvent à contre-courant des préjugés. Entre autres exemples, il entreprend des recherches sur le courant continu, peu exploité à l'époque, mais qui depuis lors s'est avéré très utile au transport de l'électricité sur les lignes à haute tension. À partir de 1987, le Tokamak (réacteur à fusion nucléaire) assure au Québec une participation au réseau mondial de recherche sur cette source d'énergie, dans lequel chaque équipe occupe un créneau unique.

Un héritage imposant

La fenêtre ouverte par Lionel Boulet n'a depuis lors cessé d'être source d'un vent nouveau. Les quelque 300 chercheurs de l'IREQ publient dans les plus prestigieux périodiques internationaux et présentent leurs travaux dans les colloques et les congrès du monde entier. Leur savoir-faire a servi à implanter des laboratoires à l'étranger, notamment au Mexique, au Brésil et en Algérie. L'IREQ s'acquitte de contrats non seulement pour Hydro-Québec, mais pour bon nombre de manufacturiers d'ici et d'ailleurs. La recherche fondamentale continue néanmoins de cohabiter avec la recherche appliquée, à côté de laboratoires qui peuvent reproduire « concrètement » tous les domaines tels que la chimie des matériaux et les nouvelles sources d'énergie comme l'hydrogène ou la fusion nucléaire. Grâce, notamment, à des ententes de collaboration avec les départements de génie de plusieurs universités, l'IREQ est devenu une véritable pépinière de chercheurs québécois.

Après son départ de l'IREQ en 1982, Lionel Boulet occupe divers postes, dont celui de vice-président à la technologie et aux affaires internationales, à Hydro-Québec, de conseiller au président d'Hydro-Québec et de directeur intérimaire de l'Institut Armand-Frappier, autre institution d'envergure créée par un précurseur.

Premier lauréat du prix Armand-Frappier en 1993, Lionel Boulet a été décoré, à titre posthume, de l'Ordre national du Québec, en juin 1996. Son décès, le 1er mai 1996, attriste particulièrement les scientifiques et les ingénieurs québécois. Ceux-ci se souviendront du fondateur de l'IREQ comme d'un bâtisseur de la recherche moderne au Québec, d'un pionnier dans le domaine de l'ingénierie électrique et d'un créateur d'institutions scientifiques. «  Non seulement Lionel Boulet nous a taillé une place importante sur la scène internationale de la recherche, résume Ashok Vijh, mais il a démontré de façon éclatante qu'il n'y a aucune contradiction entre la recherche et la rentabilité. L'IREQ ne cesse de prouver que les applications de demain se trouvent dans la recherche fondamentale d'aujourd'hui. »


Résumé de carrière

1947
M. Sc. en génie électrique de l'Université de l'Illinois

1953-1964
Directeur du Département de génie électrique à l'Université Laval

1967
Créateur de l'Institut de recherche en électricité du Québec

1967-1982
Directeur de l'Institut de recherche en électricité du Québec

1993
Prix Armand-Frappier

1996
Officier de l'Ordre national du Québec, à titre posthume

Armand Frappier
Qui était Armand Frappier ?
 

Date de remise du prix :
28 novembre 1993

Membres du jury :
Pierre Coulombe (président)
Guy Berthiaume
Lise Frappier-Davignon
Robert Lacroix
Jacques L'Écuyer


Texte :
Marie-Claude Ducas

Mise à jour :
Nathalie Kinnard