Lionel-Boulet
Création de :
Christine Larochelle

Récipiendaire

Coupal, Bernard

Prix Lionel-Boulet 2000
Catégorie : Scientifique

Ingénieur

Né le 12 septembre 1933
Montréal

Bernard Coupal - lauréat
Photo : Yves Provencher

Grâce à Bernard Coupal, des dizaines de jeunes chercheurs ont pu mettre à profit leurs découvertes et créer leur entreprise de haute technologie. Biosignal, SinalGene, Biomatrix, Neurochm, Nexia… Parmi la centaine de firmes de biotechnologies que compte le Québec, plus du tiers lui reconnaissent un droit de paternité. Soutenue par une vision, une crédibilité et un leadership reconnus dans les milieux d'affaires et scientifiques, la carrière de Bernard Coupal s'apparente étroitement aux réalisations de Lionel Boulet, dont le prix du même nom honore la mémoire.

Pourtant, c'est un homme effacé et peu bavard qui évoque son cheminement professionnel avec une humilité surprenante : « J'ai réussi grâce à ma formation d'ingénieur qui ouvre à tout, à des concours de circonstances, à beaucoup de chance et au soutien de mes proches. » Heureusement que Bernard Coupal a tout de même l'art de provoquer! Bourreau de travail (il est à pied d'œuvre dès six heures du matin), décideur hors pair, ambitieux, celui qui se définit comme « une espèce de trait d'union entre le monde de la finance et celui de la recherche » a toujours su capter au vol les occasions favorables.

D'abord un professeur et un chercheur reconnu…

Bernard Coupal découvre les sciences et le génie grâce à un professeur du Séminaire de Saint-Jean. À l'époque, on choisit la médecine, le droit ou la prêtrise. Lui veut enseigner, comme sa mère institutrice, et rêve d'une carrière de chercheur universitaire. À son retour de l'Université de Floride, où il obtient son doctorat en génie chimique en 1965, il fonde le Département de génie chimique de l'Université de Sherbrooke où il mène des recherches sur le contrôle industriel. Après sept ans, il profite d'une année sabbatique pour exercer son métier d'ingénieur, au sein de la firme Lavalin : « Je partais pour un an, mais j'ai tellement aimé l'expérience que j'y suis resté douze ans. » L'ingénieur n'abandonne pas pour autant son poste de professeur, ni ses recherches et ses cours. Entre Sherbrooke et Montréal, il mène une vie fort occupée : « J'avais le meilleur des deux mondes et je voulais en profiter. » Inventif et soucieux de trouver des retombées à ses recherches au Québec, il s'intéresse de près à la tourbe, une ressource abondante mais sous-exploitée. Il fait la preuve des vertus absorbantes de cette matière organique lors d'un déversement pétrolier en Nouvelle-Écosse. En collaboration avec un collègue, il invente une nouvelle génération d'absorbants hygiéniques à base de tourbe, que la multinationale Johnson & Johnson commercialise dans quatorze pays. Il dépose un autre brevet pour récupérer et éliminer, avec de la tourbe, les métaux lourds présents dans les eaux polluées.

… puis un homme d'affaires respecté

En 1986, le Conseil national de recherches du Canada lui offre la direction générale du tout nouvel Institut de recherche en biotechnologie de Montréal (IRB). Bernard Coupal hésite. L'idée de devenir fonctionnaire ne lui plaît guère, mais les défis et les moyens mis à sa disposition l'attirent. Il accepte donc et, en quatre ans, il fait de l'IRB un centre d'excellence, orienté vers des applications industrielles, où il encourage les jeunes chercheurs à fonder leur propre entreprise. Allergique à toute forme de bureaucratie, il se lance en 1990 dans une nouvelle aventure et fonde BioCapital, avec le financier Normand Balthazard. C'est la première compagnie de capital de risque québécoise spécialisée dans l'investissement technologique. Après avoir touché au génie chimique, à la mécanique, à l'environnement et aux biotechnologies, le voilà dans la finance : « Normand a été mon maître pour les affaires. » Ensemble, les deux hommes conçoivent une dizaine de nouvelles entreprises en moins de deux ans. Un succès qui ne passe pas inaperçu et qui vaut à Bernard Coupal le poste de premier président-directeur général de la société Innovatech du Grand Montréal, créée par le gouvernement du Québec pour aider des entrepreneurs de haute technologie à se lancer en affaires. « Innovatech constitue ma plus grande fierté » , précise l'ingénieur. En cinq ans, il en fait une société crédible, synonyme d'investissements technologiques et de rapidité de décision, à mille lieues du type de lourde machine administrative qu'il abhorre. « Pas question de s'embarrasser dans les détails! », de dire Bernard Coupal. Et les résultats sont au rendez-vous : 60 entreprises créées en cinq ans, 2 300 emplois et un taux de rendement annualisé de 19,6 p. 100 dans le cas des actions du portefeuille d'Innovatech.

De défis en défis

En 1997, le goût du changement le pousse à accepter la proposition de Sofinov, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ainsi que de la Banque de développement du Canada, qui l'invitent toutes deux à démarrer une société d'investissements technologiques en amont du capital de risque. C'est T2C2, dotée d'un capital initial de 62,5 millions de dollars. La compagnie a pour mission de repérer, parmi les scientifiques, ceux dont l'ambition, la qualité des travaux et la compétence pourraient conduire à la mise en marché de produits et de les aider à se lancer en affaires. L'ingénieur qui conjugue l'expérience d'un ancien chercheur avec celle d'un gestionnaire aguerri inspire confiance, convainc et réussit. Avec une douzaine de personnes, accompagné de ses plus fidèles collaborateurs, il a déjà concrétisé une trentaine de projets en trois ans, dont la majorité proviennent d'universités québécoises. Le plus gratifiant? « Donner aux jeunes la chance de se lancer en affaires.  »

À 67 ans, l'ingénieur annonce, à la fin du mois de mars 2001, la création d'un second fonds d'investissement appelé T2C2/Bio 2000 s.e.c., totalisant 94 millions de dollars. Cette société en commandite financera le démarrage d'entreprises dans le domaine des sciences de la vie, issues des universités et des centres de recherche et de l'industrie au Québec. Sa femme Pierrette, à la retraite depuis peu, aimerait peut-être profiter un peu plus de la présence de son fonceur de mari. Seulement voilà, Bernard Coupal adore travailler. S'arrêter? Pour quoi faire?


Résumé de carrière

1965
Doctorat en génie chimique de l'Université de Floride

1970
Fondateur du Département de génie chimique de l'Université de Sherbrooke

1979
Brevet pour le blanchiment de la tourbe (brevet américain)

1980
Médaille de la recherche de la Faculté des sciences appliquées de l'Université de Sherbrooke

1986-1989
Directeur général de l'Institut de recherche en biotechnologie de Montréal

1990
Fondateur de BioCapital

1992
Fondateur de la société Innovatech du Grand Montréal

1994
Prix Institution de l'Association des directeurs de recherche industrielle du Québec

1997
Créateur de T2C2/Bio et de T2C2/Info

1999
Bâtisseur du 20e siècle (revue Commerce)

2000
Prix Lionel-Boulet

2000
Technology and Innovation Management Award

2001
Créateur de T2C2/Bio 2000

Lionel Boulet
Qui était Lionel Boulet ?
 

Date de remise du prix :
7 novembre 2000

Membres du jury :
Gilles-Y. Delisle (président)
Roger A. Blais
Guy Bogdadi
Marc Gaudry
Jean-Marc Proulx


Texte :
Valérie Borde

Mise à jour :
Nathalie Kinnard