Léon-Gérin
Création de :
Hélène Sénécal

Récipiendaire

Hamelin, Louis-Edmond

Prix Léon-Gérin 1987
Catégorie : Scientifique

Géographe

Né le 21 mars 1923
Saint-Didace

Louis-Edmond Hamelin - lauréat
Photo : Marc Lajoie

Le géographe des pays froids

« Au Québec, le Nord est omniprésent, et non un monde lointain situé à gauche du soleil levant », affirme Louis-Edmond Hamelin, homme de terrain tout autant qu'intellectuel, après 50 années de recherches dans la zone circumpolaire.

Selon ce géographe de réputation internationale, la perception du Québec est trop souvent réduite à la seule vallée du Saint-Laurent, tandis que 70 p. 100 de son territoire se situe en zone nordique.

Une relecture des lieux

Louis-Edmond Hamelin s'inscrit dans le sillon des grands explorateurs des mers arctiques, comme le capitaine Joseph-Elzéar Bernier au début du siècle. Dès 1948, il va en canot à la baie James. Par de très nombreux voyages d'études dans le Nord, il consacre la boutade de son maître Raoul Blanchard de Grenoble : « La géographie s'apprend d'abord par les pieds. » En réalité, il parcourt en tous sens les zones arctiques et subarctiques, du Moyen Nord québécois à la Sibérie intérieure.

Au fil des ans, ce géographe élabore une approche et une méthode permettant d'aborder de nouveaux thèmes comme ceux des frontières, de l'identité du Nord de même que des relations entre le Nord et le Sud à l'intérieur des pays froids. « Louis-Edmond Hamelin a réussi à définir cette entité abstraite et inconnue qu'était le Nord. Il a amené les autorités, les chercheurs et nous, gens du Sud, à se familiariser avec la pertinence de se tourner vers cette région trop longtemps oubliée », reconnaît Henri Dorion.

Comprendre les autochtones

Les recherches de Louis-Edmond Hamelin contribuent également à exposer en plein jour les préjugés dont sont victimes les descendants des peuples premiers. De la même façon, sa préoccupation à l'égard de leur culture transparaît dans ses recherches. Ainsi, lorsqu'en 1971 le gouvernement décide de développer le potentiel hydroélectrique du Moyen Nord, les ingénieurs sont décontenancés par le spécialiste des questions nordiques qui leur demande tout simplement s'ils ont également pensé aux Cris et aux Inuits.

À la fin des années 60, le géographe, quant à lui, sait gagner l'estime des habitants du Nord et acquiert ainsi un statut particulier. Affirmant sans hésitation que les artéfacts nordiques sont l'œuvre des ancêtres autochtones, Louis-Edmond Hamelin laisse supposer qu'il a connu ces derniers de leur vivant, d'où le surnom humoristique de ka apitshipaitishut, « le ressuscité » que leurs descendants lui donnent.

Une vision unifiée

Louis-Edmond Hamelin conjugue harmonieusement la formation rigoureuse du scientifique et la vision globale d'un homme de culture encyclopédique, comme en témoignent ses articles dont les thèmes peuvent se rattacher aussi bien aux sciences humaines qu'aux sciences de la nature. Cette démarche globalisante l'influence dans sa tâche de premier directeur de l'Institut de géographie de l'Université Laval de 1955 à 1961.

La personnalité unique de ce chercheur pluridisciplinaire se reflète admirablement au Centre d'études nordiques qu'il fonde en 1961 et dirige jusqu'en 1972. Grâce à l'effort de ses collègues et successeurs, ce centre, notamment par sa station permanente à Kuujjuarapik sur la mer d'Hudson, est devenu l'un des plus importants établissements du genre dans le monde universitaire nord-américain. Puis Louis-Edmond Hamelin approfondit son propre concept de « nordicité » dans ses aspects tant économique que politique, historique ou toponymique. Par son approche transdisciplinaire, il rend accessibles les multiples facettes du Nord et permet de comprendre comment elles s'articulent.

Le langage du Nord et de l'hiver

La recherche d'une vision d'ensemble des pays froids sollicite toujours la créativité du géographe qui, voulant « échapper à la gravité du déjà connu », se tourne aussi vers la terminologie. Par l'analyse des notions, il laisse à la langue française un abondant vocabulaire riche de mots bien adaptés aux réalités québécoises du Nord comme du Sud dont quelques-uns sont inscrits dans le Petit Larousse illustré et le Grand Robert. Au nombre des néologismes créés par le chercheur, outre nordicité et ses 200 dérivés, on compte aussi glaciel (ensemble des glaces flottantes), ainsi que glissité afin de rendre compte de l'état traître d'une surface de neige glacée. En français, il emploie pergélisol à la place de permafrost pour exprimer la condition d'un sol durablement gelé.

Cette incursion en linguistique est à l'image de ce géographe du Nord pour qui l'acquisition perpétuelle de connaissances constitue un mode de vie. Sa philosophie n'est d'ailleurs pas sans faire écho à ses recherches : « Je n'aime pas le cloisonnement des disciplines. Un édifice intellectuel doit avoir des fenêtres afin d'assurer une ample vision de toutes choses et permettre de vivre, si possible, leur intégration.  » Six doctorats honoris causa lui ont été attribués et l'Université Laval l'a nommé professeur émérite de géographie en 1985. Parmi ses nombreux livres, il faut compter, entre autres, Le Canada (1969) et Écho des pays froids (1996) et, sans nul doute, celui sur lequel il travaille présentement : Le Québec par des mots, dont le premier tome est paru (2000).


Résumé de carrière

1948
Maîtrise en économique, Université Laval

1975
Doctorat d'État en géographie de l'Université de Paris

1951-1978
Professeur à l'Université Laval

1971-1975
Membre du Conseil des Territoires-du-Nord-Ouest à Yellowknife

1974
Officier de l'Ordre du Canada

1978-1983
Recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières

1979 et 1980
Président de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1987
Prix Léon-Gérin

1989
Maîtrise en linguistique, Université Laval

1989
Correspondant de l'Institut de France à Paris

1998
Grand officier de l'Ordre national du Québec

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
9 novembre 1987

Membres du jury :
Patrice Garant
Jonathan Derek Kaye
Roland Parenteau
Gérard Poulin


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Dyke