Léon-Gérin
Création de :
Louis-Jacques Suzor

Récipiendaire

Henripin, Jacques

Prix Léon-Gérin 1982
Catégorie : Scientifique

Démographe

Né le 31 août 1926
Lachine
Décédé le 2 septembre 2013
Montréal

Jacques Henripin - lauréat
Photo : Daniel Lessard

Par le biais des travaux de Jacques Henripin et de ceux qu'il a formés, les caractéristiques de la population du Québec sont désormais connues de tous les démographes occidentaux.

Yves Martin, professeur, Université Laval.

De la démographie descriptive
à ses liens avec la société

Nommé professeur émérite en 1994, Jacques Henripin est le fondateur du Département de démographie de l'Université de Montréal. Depuis une quarantaine d'années, il se penche sur les multiples éléments qui traversent la société québécoise : l'immigration et le déséquilibre linguistique, la fécondité des ménages, le besoin de logements, la mortalité infantile, les besoins financiers des familles. Le point d'ancrage de ses travaux est la réalité et il s'attache à suivre de près son évolution. « Je l'ai vu plusieurs fois revenir sur ses idées parce qu'il se laissait convaincre par des faits nouveaux issus d'une documentation bien construite », explique Évelyne Lapierre-Adamcyk, actuelle directrice du Département de démographie de l'Université de Montréal, qui a été l'une de ses premières étudiantes. Selon elle, le professeur Henripin sait particulièrement mettre à profit l'aspect concret qui est à la base de la science démographique.

Aujourd'hui, toute une génération de démographes, formés au Département de démographie que Jacques Henripin a dirigé pendant dix ans, se retrouvent dans de nombreuses sphères de la recherche fondamentale et appliquée.

Pour l'édification d'une nouvelle société

En 1950, les balises de l'histoire démographique canadienne ne sont pas encore fixées. Jacques Henripin fait sa thèse de doctorat à l'Institut national d'études démographiques à Paris, sous la direction d'un maître réputé, Louis Henry. Ce dernier travaille alors à la mise au point d'une méthode d'analyse des registres paroissiaux, que Jacques Henripin applique à l'étude de la nuptialité et de la fécondité dans le Canada du XVIIIe siècle. Publiée aux Presses universitaires de France, la thèse d'Henripin ouvre une avenue que plusieurs de ses collègues emprunteront.

De 1954 à 1964, Jacques Henripin est un des seuls représentants de sa discipline au Québec, avec Yves Martin et Hubert Charbonneau. Il inaugure un nouveau champ de réflexion et réussit à faire valoir que la démographie a sa place dans la compréhension de l'histoire et dans l'élaboration des différents projets de société. À partir de 1954, il enseigne à l'Université de Montréal et s'intéresse, entre autres, à la mortalité infantile, à l'évolution des groupes linguistiques et aux questions relatives à la fécondité.

Rapidement, l'analyse et le point de vue du démographe sont mis à contribution dans l'édification du Québec des années 60, notamment dans la réflexion entourant la structuration du réseau scolaire. Jacques Henripin et son collègue Yves Martin, qui tient le flambeau de la démographie à l'Université Laval, présentent, pour le compte de la commission Parent, une vaste étude sur les prévisions concernant la population scolaire du Québec.

Les différentes prises de position de Jacques Henripin ainsi que sa collaboration à plusieurs commissions d'enquête contribuent à de nombreuses réformes administratives. Ainsi, en matière de législation linguistique, ses études du début des années 60 concernant la répartition des groupes linguistiques au Canada et au Québec auront des répercussions importantes. Plus tard, il travaille à tempérer les inquiétudes de ses concitoyens concernant le maintien de la majorité des francophones au Québec.

Un « natalisme » nuancé

Jacques Henripin s'est toujours dit favorable à un redressement de la fécondité québécoise, canadienne et occidentale, ce qui ne l'empêche pas d'adopter une position avant-gardiste au sujet de la contraception et de militer contre l'ignorance et en faveur de la liberté en ce domaine.

Le démographe sait malgré tout garder le sens de la mesure, particulièrement en ce qui a trait à ses propres affirmations parfois vivement contestées. « Le père de la démographie québécoise nous a appris la nuance », estime Évelyne Lapierre-Adamcyk. Ainsi, il demeure en faveur de la natalité en sachant néanmoins mettre en évidence le coût de la surfécondité des Québécois, qui, selon lui, s'est traduit, entre autres, par un retard considérable en matière d'instruction, dont la population actuelle subirait encore le contrecoup.

Les analyses de Jacques Henripin et de ses disciples étayent au fil des années les politiques familiale et sociale du Québec et du Canada, notamment en ce qui concerne la prise en considération de la présence des femmes sur le marché du travail. Et son discours ne change pas aujourd'hui. Il continue de prôner l'instauration de congés parentaux, qui permettraient aux femmes - et aux hommes, ajoute-t-il - de concilier l'éducation de jeunes enfants et l'exercice continu d'une activité professionnelle. Bousculant un peu ses congénères, il n'hésite pas à dénoncer le monde du travail « fabriqué par et pour ses seigneurs que sont les adultes masculins d'âge mûr ».

Plus récemment, il s'est intéressé aux conséquences indésirables du vieillissement des populations et aux remèdes que l'on pourrait y apporter. Son dernier ouvrage porte sur la négligence de ce pays à l'égard de ses enfants et de leurs parents. «  Naître ou ne pas être », telle est la nouvelle équation qu'il soumet aux Québécois.


Résumé de carrière

1953
Doctorat en science économique de l'Université de Paris

1954-
Professeur à l'Université de Montréal

1968
Membre de la Société royale du Canada

1971
Médaille Innis-Gérin de la Société royale du Canada

1981
Prix Marcel-Vincent de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1982
Prix Léon-Gérin

1987
Prix Esdras-Minville de la Société Saint-Jean-Baptiste

1988
Membre de l'Ordre du Canada

1992
Officier de l'Ordre national du Québec

1997
Médaille Pierre-Chauveau de la Société royale du Canada.

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
23 novembre 1982

Membres du jury :
Colette Carisse
Hubert Charbonneau
Laurent Picard
Louise Quesnel-Ouellet
Jean-Paul Rouleau


Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour :
Nathalie Dyke