Léon-Gérin
Création de :
Catherine Béchard

Récipiendaire

Lemieux, Vincent

Prix Léon-Gérin 1998
Catégorie : Scientifique

Politicologue

Né le 13 juillet 1933
Lévis
Décédé le 18 juillet 2014
Québec

Vincent Lemieux - lauréat
Photo : Marc-André Grenier

Une double dynamique

Du local au global et, inversement, du général au particulier, des faits bruts à la synthèse, mais aussi de la théorie à la pratique, la dynamique de recherche de Vincent Lemieux se démarque constamment en matière de science politique.

Dès le début de sa carrière, Vincent Lemieux rédige une thèse de doctorat sur la parenté et la politique à l'île d'Orléans, soutenue à Paris en 1969, qui illustre déjà sa dynamique personnelle entre une méticuleuse perception des détails et le tableau d'ensemble d'une situation. Il découvre alors que, contrairement à l'opinion de nombreux intellectuels, la population observée à l'île d'Orléans approuve le patronage et n'y voit pas un procédé immoral, à moins qu'il ne verse dans le népotisme, la corruption ou le chantage.

Vincent Lemieux établit par la suite qu'une attitude semblable se retrouve en Afrique et aux États-Unis où, tout comme à l'île d'Orléans, les groupes humains qu'il observe perçoivent le patronage comme un moyen d'éviter la bureaucratie et de réintroduire des relations personnelles dans la mise en œuvre des politiques publiques. Les ouvrages de Vincent Lemieux consacrés à ce sujet, soit Parenté et politique : l'organisation sociale dans l'île d'Orléans (1971), Patronage et politique au Québec (1975) et Le patronage politique (1977), sont maintenant considérés comme des classiques par les politologues.

Fort de ce succès, Vincent Lemieux s'attaque à des questions plus larges et plus complexes. Il en effectue la synthèse dans une douzaine d'ouvrages dont, entre autres, Les cheminements de l'influence : systèmes, stratégies et structures du politique (1979), Systèmes partisans et partis politiques (1985) et Les coalitions : liens, transactions et contrôles (1998).

La science politique appliquée

Vincent Lemieux tire sa formation de la vigueur intellectuelle de maîtres comme Georges-Henri Lévesque, Gérard Bergeron, Leon Dion et Maurice Tremblay, pionniers des sciences sociales au Québec. Cependant, c'est auprès des sociologues Guy Rocher et, surtout, Fernand Dumont, qui dirige ses études de maîtrise de 1953 à 1957, qu'il montre une inclination pour la recherche scientifique. Tout au long de sa carrière, ses travaux et son enseignement se distinguent par l'audace de leur ligne de pensée que soutiennent des données empiriques recueillies et exploitées selon les règles et les méthodes les plus rigoureuses, comme l'attestent des publications telles que Signes absolus et signes relatifs. Le système gouvernétique des CLSC (1979) ou L'analyse cybernétique des politiques gouvernementales (1978).

Vincent Lemieux figure parmi les chercheurs qui contribuent le plus à valoriser la dimension scientifique de la science politique. Grâce aux enseignements de professeurs comme Claude Lévi-Strauss, Georges Guilbaud et Paul Mus, il enrichit la science politique des acquis provenant de la sociologie, de l'anthropologie et des mathématiques. Auprès de ces maîtres, fréquentés en France, il se donne pour règle de ne pas dissocier les principes théoriques des réalités empiriques. Ses nombreuses publications (près de 300) s'appuient sur des études de terrain effectuées au sein de partis politiques et de groupes de pression. Ses analyses en prise directe sur des situations souvent brûlantes justifient ses interventions publiques menées dans la grande tradition des intellectuels engagés.

Vincent Lemieux est toujours animé du souci de donner à ses travaux une portée pratique de manière à offrir une contribution tangible au développement de la société québécoise. C'est pourquoi il n'hésite pas à les vulgariser. Son ouvrage ayant pour titre : La fête continue (1979) rassemble d'ailleurs des articles publiés dans les journaux. En tant qu'acteur, il prend part aussi à des commissions royales d'enquête (Laurendeau-Dunton, Macdonald et Lortie) et mène des travaux de recherche pour diverses instances administratives ou gouvernementales : le Bureau d'aménagement de l'est du Québec, l'Office des professions du Québec, Hydro-Québec et le Conseil de la science et de la technologie.

Un professeur récompensé

Tout en étant professeur invité auprès d'universités étrangères (Suisse, États-Unis et France) ainsi qu'à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS)-Urbanisation (Québec) et professeur associé à l'École nationale d'administration publique, Vincent Lemieux demeure cependant attaché à l'Université Laval où il dirige, au long de sa carrière, 29 thèses de doctorat et 58 mémoires de maîtrise. En 1979, le Conseil des arts lui accorde la prestigieuse bourse Killam, ce qui lui permet de mener à bien une ambitieuse étude, Les relations de pouvoir dans les lois (1991), ainsi qu'un ouvrage théorique, La structuration du pouvoir dans les systèmes politiques (1989). En 1995, l'Université d'Ottawa lui attribue un doctorat honoris causa. Enfin, l'Association canadienne de science politique crée le prix Vincent-Lemieux destiné à honorer l'auteur de la meilleure thèse en science politique au Canada.

Vincent Lemieux se consacre aujourd'hui à la recherche fondamentale. Sous l'angle du concept d'organisation, il reprend l'examen de la structure des partis, des réseaux et des coalitions. Une fois encore, en conciliant anthropologie, sociologie, mathématiques et science politique, il bouscule les idées traditionnelles qui ont cours dans ces domaines classiques de la science politique. En cela, il ne déroge pas à la formule de Claude Lévi-Strauss qui pourrait bien être sa devise : «  Allier la plus grande audace théorique à l'étude la plus minutieuse des faits. »


Résumé de carrière

1969
Doctorat en études politiques de l'Université de Paris

1960-
Professeur au Département de science politique de l'Université Laval

1978
Médaille Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1995
Prix d'excellence en enseignement de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval

1998
Prix Léon-Gérin

2001
Professeur émérite de l'Université Laval

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
5 décembre 1998

Membres du jury :
Guy Lachapelle (président)
Hélène Dumont
Simon Langlois
Louis Phaneuf
Nina M. Spada


Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour :
Nathalie Dyke