Léon-Gérin
Création de :
Claudette Hardy-Pilon

Récipiendaire

Mailloux, Noël

Prix Léon-Gérin 1979
Catégorie : Scientifique

Psychologue

Né le 25 décembre 1909
Napierville
Décédé le 21 janvier 1997
Napierville

Noël Mailloux - lauréat
Photo : Bernard Vallée

Fort heureusement, Noël Mailloux appartenait à cette catégorie de savants qui ne refusent aucune des sources pouvant alimenter leur connaissance de l'humain.

Gilles Gendreau, psychoéducateur et professeur émérite de l'Université de Montréal.

Une conception de l'être humain

Philosophe, moraliste et théologien, le dominicain Noël Mailloux est avant tout de nos jours un « monument » de la psychologie au Québec. Profondément humaniste et convaincu de l'importance de créer des liens entre la philosophie thomiste et la psychologie psychodynamique, il réussit à faire une synthèse féconde entre ces deux courants. Premier à implanter l'enseignement de la psychanalyse freudienne à l'Université de Montréal, il contribuera aussi à l'évolution de la psychoéducation et de la criminologie.

Décochant des flèches aux administrateurs des établissements de réhabilitation, Noël Mailloux aide à changer les mentalités en proposant de prendre en considération les besoins profonds des enfants délinquants et des criminels, qu'il respecte malgré leurs déviations et faiblesses. Son objectif est clair : rétablir leur dignité afin de leur permettre de donner un sens à leur existence. Intraitable sur certains principes d'éducation, il sera un mentor pour plusieurs générations d'intervenants.

La psychologie : une science

À la fin des années 30, après de longues études en Italie et en Allemagne, le dominicain de 32 ans rentre au pays. Alors que le contexte sociopolitique est plutôt réfractaire aux idées nouvelles, il fonde, en 1942, au sein de la Faculté de philosophie de l'Université de Montréal, l'Institut de psychologie qu'il dirige pendant vingt ans. Le père Mailloux s'engage dès lors dans une démarche d'exploration de l'humain, inédite jusque-là au Québec. Il opte pour une approche pédagogique ouverte aux grands courants européens et américains de la psychologie contemporaine et il fait connaître aussi bien Freud et Dumas que Piaget ou Lewin. Le nouvel établissement donne un enseignement rigoureux de la psychologie scientifique et, rapidement, sa réputation atteint l'Europe. De nombreux étrangers, surtout des Italiens, viennent y étudier, encadrés, entre autres, par Adrien Pinard et Gérard Barbeau, alors jeunes enseignants.

Véritable bourreau de travail, servi par un rare esprit de synthèse, Noël Mailloux applique sa réflexion à d'autres projets. En 1943, attiré par le problème de la délinquance, il met sur pied le Centre d'orientation pour la rééducation des enfants difficiles, afin de leur offrir du soutien psychologique, et s'engage profondément dans l'œuvre de Boscoville, encore toute neuve. Pendant de nombreuses années, il se penche sur les besoins psychologiques criants de ces jeunes et offre aux futurs cliniciens, formés à l'Institut de psychologie de l'Université de Montréal, une occasion unique d'acquérir une expérience pratique dans leur domaine. Mondialement connue pour sa contribution à l'avancement de la criminologie, sa méthode psychothérapeutique pour la réhabilitation des jeunes délinquants fait école.

La réhabilitation, la foi et la psychanalyse

Le père Mailloux demeure préoccupé par les rapports entre la foi et la psychopathologie. Il entraîne, dans sa réflexion avant-gardiste, des psychologues et des psychiatres du monde entier. En 1948, il se retrouve devant un auditoire américain de 1 200 professionnels qui s'intéressent à cette épineuse question encore peu documentée. Ensuite, il anime pendant dix ans les ateliers pastoraux organisés chaque été par les bénédictins de la Saint John's University au Minnesota. En 1984, le prix William James de l'American Psychological Association souligne son apport exceptionnel à la fructueuse association de la psychologie aux sciences religieuses.

Se révélant très actif sur tous les fronts, Noël Mailloux fonde en 1951 le Centre de recherches en relations humaines, destiné à la recherche dans le domaine de la psychologie des groupes et de l'anthropologie culturelle, et en assume la direction. La revue Contributions à l'étude des sciences de l'Homme voit le jour à la même époque. Elle réunit au sein du comité de rédaction une brochette de noms prestigieux, dont le fameux psychiatre américain Gregory Zilboorg. Au total, l'œuvre écrite de Noël Mailloux compte une quinzaine de livres, rédigés seul ou en collaboration, et près de 150 articles publiés dans diverses revues scientifiques.

Noël Mailloux fonde aussi avec le docteur Miguel Prados, psychiatre espagnol attaché à l'Université McGill, le controversé Club psychanalytique de Montréal. Ce groupe s'est réuni à Montréal pendant 22 ans et est devenu, par la suite, la Société canadienne de psychanalyse.

Professeur durant près de 40 ans à l'Université de Montréal, Noël Mailloux sera également vice-doyen de la Faculté de philosophie pendant 12 ans. Sans cesse, il exprime sa foi en l'être humain. Interrogé un jour sur le leitmotiv de sa vie, il répond : «  Je vais vous dire… C'est assez simple, voyez-vous… Toute ma vie n'a été guidée que par un seul motif : répondre aux besoins. »


Résumé de carrière

1934
Doctorat en philosophie de l'Université San Tommaso de Rome

1938
Licence en théologie de l'Université San Tommaso de Rome

1942
Fondateur de l'Institut de psychologie de Montréal

1942-1957 et 1969-1973
Directeur de l'Institut de psychologie de Montréal

1942-1975
Professeur au Département de psychologie de l'Université de Montréal

1943-1974
Fondateur et directeur scientifique du Centre d'orientation à Montréal

1975
Professeur émérite du Département de psychologie de l'Université de Montréal

1975
Médaille Innis-Gérin de la Société royale du Canada

1978
Prix Hermann-Mannheim du Centre international de criminologie comparée

1979
Prix Léon-Gérin

1984
Prix William James de l'American Psychological Association

1990
Membre émérite de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
16 octobre 1979

Membres du jury :
Ludger Beauregard
Denise Dagenais
Hélène David
Roland Gendron
Stanley Bréhault Ryerson


Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour :
Nathalie Dyke