Marie-Victorin
Création de :
Bernard Chaudron

Récipiendaire

Belleau, Bernard

Prix Marie-Victorin 1978
Catégorie : Scientifique

Biochimiste

Né le 15 mars 1925
Montréal
Décédé le 4 septembre 1989
Montréal

Bernard Belleau - lauréat
Photo : Éditeur officiel du Québec

La créativité et la pensée originale du docteur Bernard Belleau se sont développées sur deux plans à la fois. Tout en cherchant à découvrir les principes fondamentaux des processus biochimiques, il s'est préoccupé de l'aspect pratique de ses découvertes. C'est ainsi qu'il a été le père d'un puissant analgésique non narcotique et le créateur d'une molécule antisida.

George Just, Département de chimie, Université McGill.

Une réputation au-delà des frontières

Chimiste de réputation internationale, Bernard Belleau a travaillé pendant plus de 40 ans au développement de la chimie médicale. Ses recherches menant à l'élaboration et à la synthèse de nouveaux types de molécules en vue de leur utilisation comme médicaments contribueront à l'implantation d'une industrie pharmaceutique canadienne.

Une contribution à la chimie médicale

Au début des années 50, le docteur Belleau s'engage dans la recherche en chimie médicale alors que la discipline n'existe encore qu'à l'état embryonnaire au Québec. Il approfondit sa formation de chercheur en effectuant des stages d'étude aux États-Unis, notamment à la compagnie de produits pharmaceutiques Reed and Cormick de Jersey City. De retour au pays, dans les laboratoires de l'Université Laval puis de l'Université d'Ottawa et de l'Université McGill, où il est professeur, il élabore les théories novatrices qui le feront connaître des milieux scientifiques étrangers et qui marqueront le développement de la chimie médicale moderne.

Ainsi, les recherches de Bernard Belleau sur l'action des médicaments dans le domaine moléculaire mènent à une publication, en 1964, qui laissera sa marque. Son article intitulé : « A Molecular Theory of Drug Action Based on Induced Conformational Perturbations of Receptors  » souligne la nécessité de considérer les médicaments comme des ligands agissant sur des récepteurs particuliers, un concept aujourd'hui à la base de la pharmacologie moléculaire. À la même époque, une autre innovation du docteur Belleau consistant à proposer un nouveau mécanisme des récepteurs du système nerveux, qui s'est par la suite imposé en neuropharmacologie, illustre bien son apport scientifique original.

Une découverte déterminante : un analgésique non narcotique

La renommée de Bernard Belleau s'accroît sans contredit lorsque ses recherches fondamentales débouchent sur des applications médicales nouvelles. Ainsi, vers la fin des années 70, sa découverte d'un puissant analgésique sans effets secondaires nocifs, le butorphanol, en fait un scientifique d'envergure internationale. Utilisé pour soulager les douleurs intenses, par exemple celles des patients atteints d'un cancer, ce médicament est considéré à l'heure actuelle par les plus éminents cliniciens comme le meilleur analgésique jamais créé. Commercialisé de nos jours sous le nom de «  Stadol », le butorphanol supplée avantageusement la morphine, qui entraîne des effets secondaires et cause une dépendance.

La conception, la synthèse et le développement de la structure moléculaire de cet analgésique sont le résultat de près de 30 années de constantes et laborieuses recherches. En fait, Bernard Belleau s'intéresse à l'action chimique de la morphine dès le début des années 50, tandis qu'il étudie à l'Université McGill. C'est toutefois lorsqu'il devient directeur de recherche des Bristol-Myers Research Laboratories of Canada, à Candiac, un centre de recherche qu'il fonde au début des années 60, qu'il concentre toute son énergie à l'élaboration du butorphanol. Il réussit cet exploit aidé de son équipe de spécialistes venant du Canada et des États-Unis. L'influence du docteur Belleau sur ce centre de recherche de renommée internationale sera déterminante. On y fera notamment la synthèse de nombreux autres agents pharmacologiques qui marqueront à leur tour la chimie médicale appliquée. Ainsi, on doit à Bernard Belleau la conception de la structure et la synthèse originale d'une nouvelle gamme d'antibiotiques, de même que des tranquillisants et des antidépresseurs.

Le traitement du sida

Le rôle avant-gardiste de Bernard Belleau se confirme à nouveau par ses travaux portant sur le traitement du sida. Créateur d'une molécule antisida, le 3TC (ou lamivudine), il suscite l'intérêt des milieux scientifiques du monde entier en présentant sa découverte pour la première fois à l'occasion de la Cinquième Conférence internationale sur le sida, tenue à Montréal en 1989. Classée à l'époque par le National Cancer Institute des États-Unis comme l'une des substances les plus prometteuses, le 3TC se révélera par la suite particulièrement efficace lorsqu'il sera utilisé en combinaison avec d'autres médicaments, comme l'AZT. Il est actuellement inclus dans la plupart des mélanges de trois médicaments qui forment la trithérapie employée pour traiter les personnes infectées par le VIH. Ce type de traitement combiné s'avère beaucoup plus efficace que l'utilisation d'un seul médicament et offre l'avantage de retarder l'apparition de virus résistant aux médicaments. Tandis que l'AZT entraîne des effets toxiques importants, le 3TC présente moins d'effets secondaires tout en ayant des caractéristiques antivirales très puissantes. C'est présentement l'agent anti-VIH le plus employé dans le traitement du sida.

Cette contribution scientifique se concrétisera d'ailleurs au sein d'une jeune entreprise pharmaceutique, IAF-Biochem, dont Bernard Belleau sera l'un des principaux fondateurs au milieu des années 80. La société pharmaceutique montréalaise, vouée à la recherche, à la fabrication et à la commercialisation de produits destinés au diagnostic, au traitement et à la prévention de maladies du système immunitaire, connaît, au fil du temps, une croissance impressionnante grâce au mouvement de dynamisme insufflé par le chercheur.

Décédé le 4 septembre 1989, Bernard Belleau n'a pu assister au développement de son médicament antisida. Le docteur Francesco Bellini, président et chef de la direction de l'IAF-Biochem, reconnaît que Bernard Belleau « a laissé un héritage qu'il n'a pu connaître de son vivant, de la même façon que son action scientifique continue de s'exercer par l'influence qu'il a eue auprès des jeunes chercheurs et sur le développement de la chimie médicale  ».


Résumé de carrière

1950
Doctorat en biochimie de l'Université McGill

1961
Fondateur du Laboratoire de recherche Bristol-Myers du Canada

1976
Prix de l'American Chemical Society

1977-1979
Boursier Izaak-Walton-Killam Memorial du Conseil des arts du Canada

1978
Prix Marie-Victorin

1979
Médaille McLaughlin de la Société royale du Canada

1981
Officier de l'Ordre du Canada

1986
Membre fondateur d'IAF-Biochem International

1987-1989
Titulaire de la Chaire de recherche industrielle du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, à l'Institut Armand-Frappier

1989
Médaille de l'Institut Armand-Frappier, à titre posthume

1995
Prix Gallien, à titre posthume

1996
Médaille d'honneur de la Fondation pour la recherche en science de la santé de l'Association canadienne de l'industrie du médicament, à titre posthume

2000
Intronisation au Temple de la renommée médicale

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
4 octobre 1978

Membres du jury :
Aurèle Beaulnes
Claude Fortier
Denis Gagnon
Germain Gauthier
René J. A. Lévesque


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Kinnard