Marie-Victorin
Création de :
Michel Lacroix

Récipiendaire

Brisson, Germain J.

Prix Marie-Victorin 1988
Catégorie : Scientifique

Agronome

Né le 12 avril 1920
Saint-Jacques

Germain J. Brisson - lauréat
Photo : Bernard Vallée

La carrière de Germain J. Brisson, c'est la synthèse réussie de l'agronome compétent et du scientifique rigoureux. Son action peut être définie en quatre mots : excellence, modernité, originalité et persévérance.

Gaston J. St-Laurent, professeur et vice-doyen, Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, Université Laval; premier étudiant diplômé du professeur Brisson.

On ne peut évoquer l'émergence de la recherche québécoise en nutrition sans parler de Germain J. Brisson. Premier agronome francophone à s'orienter vers la recherche en nutrition animale, il est aussi l'un des premiers à percevoir la complémentarité des recherches dans les domaines de l'alimentation animale et de l'alimentation humaine. Ce chercheur favorisera en outre l'accès du Québec à la scène agroalimentaire mondiale.

Depuis presque 40 années, l'influence de Germain J. Brisson est déterminante dans la formation de chercheurs en nutrition. Les applications de ses recherches, quant à elles, contribuent encore à rationaliser les exploitations agricoles d'ici et d'ailleurs. L'alimentation de tous et chacun bénéficie donc de l'esprit perspicace de ce chercheur.

Un guide

Dès 1962, Germain J. Brisson enseigne à la toute nouvelle Faculté d'agriculture de l'Université Laval. Il devient par la suite le principal artisan de la création du Centre de recherche en nutrition, qu'il dirige de 1968 à 1978. Au cours de cette période, ce centre de recherche s'affirme sur les plans national et international comme partenaire dans l'émergence et le progrès de l'alimentation humaine et animale. Par son intermédiaire, l'Université Laval devient la première université canadienne à participer aux activités de l'Université des Nations Unies.

L'alimentation quotidienne des animaux d'élevage, dont les porcs, les veaux, les poulets et les vaches laitières, tire quotidiennement profit des résultats des travaux scientifiques de Germain J. Brisson. En mettant en évidence le rôle de l'acide folique (une vitamine du groupe B) dans la nutrition, le chercheur et son équipe permettront notamment aux éleveurs de porcs du monde entier d'accroître de près de 10 p. 100 les portées des truies. L'élevage des jeunes veaux bénéficie également des travaux de Germain J. Brisson sur les sources de protéines utilisées dans la préparation du lait de remplacement. Ses recherches montrent aussi que la composition du gras du lait peut être améliorée en modifiant l'alimentation de la vache. À la suite des découvertes de Germain J. Brisson et de son équipe, des normes de qualité seront définies. Elles servent maintenant de référence dans le cas de la production industrielle de certains aliments destinés au bétail.

L'aventure du savoir

Germain J. Brisson parle de la recherche en agriculture et en alimentation comme d'une aventure passionnante. Il s'émerveille encore de voir ses étudiants aborder des problèmes très concrets (par exemple, le besoin de mettre au point un beurre qui resterait onctueux même gardé au froid), pour se trouver par la suite plongés dans d'impressionnantes recherches fondamentales, avant d'entrevoir d'autres applications insoupçonnées de leurs nouvelles connaissances.

Le savoir de Germain J. Brisson, tiré de multiples sources, lui apporte une compréhension globale des phénomènes et l'incite, au début des années 80, à prendre la défense des produits animaux dans la controverse les opposant aux graisses végétales au sujet du cholestérol humain : « Je me suis rendu compte qu'il fallait absolument que j'intervienne pour dénoncer le sort injuste fait, entre autres, au beurre, qui était dénigré par rapport au produit le plus artificiel et le plus « chimifié » qui soit, la margarine. Ses prises de position scientifique audacieuses, tandis que l'intérêt de quelques multinationales et qu'une certaine mode concourent à discréditer les produits animaux, seront corroborées par plusieurs chercheurs en pathologie humaine. Son ouvrage publié sur le sujet, Lipides et nutrition humaine, lui vaudra d'ailleurs le prix Pierre et Céline Lhermite de l'Académie nationale de médecine (France).

Tout au long de sa carrière, Germain J. Brisson signera plus de 260 publications et communications scientifiques et prononcera au-delà de 140 conférences dans des congrès scientifiques nationaux et internationaux. Il agira aussi à titre de consultant auprès de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), du Centre de recherche pour le développement international (CRDI), du ministère de l'Agriculture du Canada, de plusieurs ministères québécois et de nombreuses entreprises. Lauréat du prix Leo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS), il reçoit également le titre de commandeur de l'Ordre du mérite agronomique de l'Ordre des agronomes du Québec. L'Institut agricole du Canada soulignera aussi la contribution marquante du chercheur québécois à la compréhension des phénomènes de la nutrition animale en le nommant membre (fellow). Il sera en outre intronisé au Temple de la renommée de l'agriculture du Québec.

Le travail d'avant-gardiste, de scientifique et de formateur de Germain J. Brisson contribue depuis ses débuts à donner aux sciences de l'alimentation leurs véritables lettres de noblesse. « Il est aujourd'hui rassurant de constater la capacité de l'agroalimentaire québécois à surmonter les nouveaux défis technologiques, explique Gaston St-Laurent. Ces défis reposent sur la qualification des ressources humaines et sur l'accélération de la recherche scientifique. » Le professeur Brisson est de ceux qui ont permis aux jeunes chercheurs de relever ces nouveaux défis.

Bien qu'il soit fier des progrès notables rendus possibles grâce à ses travaux, le docteur Brisson trouve encore plus important son rôle dans la formation de plusieurs générations de chercheurs en nutrition. Parmi les 45 étudiants diplômés qu'il formera (certains venant de pays étrangers), la plupart occuperont par la suite un poste de responsabilité dans les centres de recherches gouvernementaux, les universités ou les entreprises; plusieurs milliers d'agronomes québécois suivront également ses cours de nutrition animale à l'Université Laval.

Officiellement à la retraite depuis 1988, mais réellement depuis 1995, Germain J. Brisson se perfectionne sans cesse en s'inscrivant à des cours dans le cadre du programme de formation continue à l'Université Laval et en suivant l'évolution de la science en général. C'est avec beaucoup de simplicité qu'il explique sa constante motivation : « Tous les jours, il faut que j'apprenne quelque chose! » Le scientifique réaffirme ainsi sa conviction que « les progrès d'une société reposent sur la qualité de son éducation et de sa recherche ».


Résumé de carrière

1950
Doctorat en nutrition et biochimie de l'Ohio State University

1968-1978
Directeur-fondateur du Centre de recherche en nutrition de l'Université Laval

1978-1980
Directeur du programme de doctorat en nutrition de l'Université Laval

1982
Commandeur de l'Ordre du mérite agronomique de l'Ordre des agronomes du Québec

1983
Prix Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1988
Prix Marie-Victorin

1989
Professeur émérite de l'Université Laval

1996
Intronisation au Temple de la renommée de l'agriculture du Québec

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
17 octobre 1988

Membres du jury :
Bernard Bénard
Claude Dadbois
Serge Fournier
Estelle Lacoursière
François Tavenas


Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour :
Nathalie Kinnard