Marie-Victorin
Création de :
François Dallegret

Récipiendaire

Fortier, Claude

Prix Marie-Victorin 1980
Catégorie : Scientifique

Physiologiste

Né le 11 juin 1921
Montréal
Décédé le 22 avril 1986
Sainte-Foy

Claude Fortier - lauréat
Photo : Michel Pilon

« Je me suis orienté vers la recherche biomédicale parce que c'est la plus merveilleuse aventure intellectuelle dans laquelle je pouvais m'engager. Pour moi, s'attaquer à la solution d'une parcelle du mystère de la vie est une quête fascinante. Car la complexité d'une seule cellule vivante est, sans conteste, plus grande que celle de l'ensemble du cosmos  », déclare Claude Fortier. Celui à qui l'on doit l'essor de l'endocrinologie au Québec exprime ainsi tout son émerveillement à l'égard de la recherche. Sa curiosité scientifique trouve son expression dans l'étude des interactions entre les émotions, le fonctionnement du cerveau et les contrôles hormonaux. Ses travaux ouvriront la voie à la découverte du secteur de pointe de la physiologie moderne qu'est la neuroendocrinologie. Jacques Genest précise d'ailleurs à son sujet que l'on peut « résumer toute la vie de Claude Fortier en disant qu'il était littéralement un géant sur le plan scientifique, médical et intellectuel et qu'il a donné toute son énergie au progrès de la science ».

L'exploration de la physiologie moderne

Étudiant en médecine, Claude Fortier perçoit déjà dans les années 40, l'importance du contrôle exercé par le système nerveux sur les glandes endocrines, un domaine inexploré à l'époque. L'orientation de recherche du professeur se précise lors de son séjour au laboratoire d'Hans Selye, chercheur de l'Université de Montréal devenu chef de file dans l'étude du stress. Ce stage permet au docteur Fortier de lancer véritablement sa carrière. Il élabore, avec ses collègues (dont le docteur Roger Guillemin, prix Nobel de physiologie et de médecine en 1977), des principes biologiques qui conduisent à la création de la neuroendocrinologie. En fait, il est l'un des tout premiers chercheurs, à l'échelle mondiale, à démontrer clairement l'influence des stimuli sensoriels (le son, la lumière) et des stimuli émotionnels (la colère, la peur, la frustration) sur la sécrétion d'ACTH, communément appelée l'« hormone du stress ».

Claude Fortier cherche dès lors à mettre en évidence le mécanisme sous-jacent à de telles réactions, ce qui l'amène à travailler à l'Université de Londres, en collaboration avec le professeur Geoffrey W. Harris, l'un des rares spécialistes de la neuroendocrinologie. Les travaux des deux chercheurs, qui portent sur les hormones du cerveau, sont aujourd'hui considérés comme des classiques constituant la base d'une meilleure compréhension des systèmes endocriniens.

La renommée sans cesse croissante du docteur Fortier attire l'attention des milieux de la recherche. On l'invite ainsi à diriger le premier laboratoire de neuroendocrinologie en Amérique à l'Université de Baylor, au Texas, où il est également professeur. Il y retrouve son collègue, Roger Guillemin, avec qui il élabore, entre autres, ce qui est reconnu alors comme le meilleur essai biologique permettant de mesurer l'hormone du stress.

La recherche en endocrinologie

Le docteur Fortier joue un rôle de première importance dans les débuts de la neuroendocrinologie à l'échelle internationale : « Claude Fortier a éveillé chez les jeunes chercheurs la flamme de la recherche biomédicale dans plusieurs domaines, en plus de celui de l'endocrinologie qui est devenu aujourd'hui un secteur d'excellence de la recherche au Québec », reconnaît le docteur Maurice Normand, du Département de physiologie de l'Université Laval. C'est d'ailleurs l'un des objectifs du professeur, à son retour au Québec en 1960, de combler les sérieuses lacunes de la recherche biomédicale. Pour y arriver, il met sur pied le Laboratoire d'endocrinologie de la Faculté de médecine de l'Université Laval. Il assume également pendant vingt années la direction du Département de physiologie, poste occupé depuis 1990 par le docteur Fernand Labrie, fondateur et directeur actuel depuis 1982 du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL) et un des plus brillants élèves de Claude Fortier.

Le laboratoire de Claude Fortier, en raison de sa renommée grandissante, accueille rapidement des chercheurs de toutes origines. Cette période est sans doute la plus fertile de la carrière du chercheur. Ses travaux, tournés vers les grands problèmes de l'endocrinologie, fournissent de nouvelles interprétations des relations entre les systèmes nerveux central et endocrinien. Ces observations permettent d'élucider plusieurs aspects importants des mécanismes régulateurs des fonctions endocrines ainsi que des interactions entre ces glandes. En outre, il démontre les influences hormonales sur le comportement et sur l'aptitude à l'apprentissage, attirant ainsi l'attention sur le plan mondial.

Passionné de recherche fondamentale, Claude Fortier s'intéresse avant tout à l'acquisition des connaissances. Les principes physiologiques fondamentaux qu'il dégage par l'expérimentation trouvent néanmoins plusieurs applications. Ainsi, certains aspects de ses travaux sur le rôle des protéines liantes du plasma, notamment la transcortine, dans les ajustements hormonaux, constituent des jalons non négligeables des récents progrès accomplis dans le traitement hormonal du cancer de la prostate.

Le rôle de l'informatique dans le domaine
de la recherche biomédicale

L'esprit inventif caractérisant Claude Fortier se révèle tout particulièrement au milieu des années 60, lorsqu'il introduit l'informatique au sein de la recherche biomédicale, notamment en physiologie moderne. Il l'utilise non seulement pour l'analyse des données expérimentales, mais aussi pour l'élaboration de modèles mathématiques de la dynamique de la sécrétion de diverses hormones et pour la simulation de mécanismes de régulation endocrinienne. À l'époque, cette approche fait preuve d'une grande originalité.

Scientifique engagé et profondément préoccupé par la place de la recherche dans la société, le docteur Fortier, parallèlement à ses travaux scientifiques, contribue aux politiques et aux orientations de la recherche médicale au pays par l'entremise des nombreuses responsabilités qu'il assume dans les plus grands organismes scientifiques provinciaux et nationaux. Au cours de toutes ces années d'activités scientifiques marquées au sceau du dynamisme et de l'émerveillement, il transmet à ses successeurs le goût de la recherche fondamentale. Même après son décès survenu le 22 avril 1986, son influence se perpétue dans la reconnaissance internationale du secteur d'excellence qu'est devenue l'endocrinologie québécoise.


Résumé de carrière

1952
Doctorat en médecine et chirurgie expérimentales de l'Université de Montréal

1955-1960
Directeur du Laboratoire de neuroendocrinologie de l'Université de Baylor

1960-1984
Directeur du Laboratoire d'endocrinologie de l'Université Laval

1970
Compagnon de l'Ordre du Canada

1972
Prix scientifique du Québec

1979
Prix Wightman de la Fondation Gairdner

1980
Prix Marie-Victorin

1984
Médaille McLaughlin de la Société royale du Canada

1985
Prix Michel-Sarrazin du Club de recherche clinique du Québec

1998
Intronisation au Temple de la renommée médicale canadienne, à titre posthume

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
26 novembre 1980

Membres du jury :
Pierre Deslongchamps
Max Dunbar
Lise Frappier-Davignon
Charles Perreault
René Racine


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Kinnard