Marie-Victorin
Création de :
Michel Burns

Récipiendaire

Hanessian, Stephen

Prix Marie-Victorin 1996
Catégorie : Scientifique

Chimiste

Né le 25 avril 1935
Alexandrie, Égypte

Stephen Hanessian - lauréat
Photo : Roch Théroux

Sur l'écran de l'ordinateur de Stephen Hanessian, du Département de chimie de l'Université de Montréal, apparaît une structure moléculaire : un carré, un pentagone, des liaisons hydrogène… Il s'agit de la représentation en trois dimensions d'un antibiotique. Peut-être ce produit existe-t-il partiellement à l'état naturel ou bien en quantité insuffisante pour répondre à des besoins de santé publique… Quoi qu'il en soit, le chercheur se demande comment produire une molécule analogue. Comment en faire la synthèse? Tout d'abord, par quel élément commencer? C'est tout un art.

Stephen Hanessian admet bien vite aussi que la nature demeure pour lui un grand modèle, qu'il se borne à copier ou dont il s'inspire. «  Impossible de rivaliser avec une créatrice qui compte une telle… expérience! », déplore-t-il, non sans une pointe d'humour. Cela ne l'empêchera guère toutefois de synthétiser totalement de nombreuses molécules aux propriétés médicales très recherchées.

Un architecte du vivant

Aussitôt après l'obtention de son doctorat en chimie organique de l'Ohio State University, en 1960, Stephen Hanessian participe, pendant sept années, à des travaux de recherche sur la chimie des produits naturels dans les laboratoires de la compagnie Parke-Davis à Ann Arbor, au Michigan. L'expérience ainsi acquise au sein d'un tel établissement facilitera les relations de partenariat que le chercheur saura entretenir entre l'université et l'industrie.

En 1968, l'Université de Montréal engage Stephen Hanessian comme professeur. Enseignant et chercheur de grande qualité, il élabore des concepts originaux qui conduisent à la synthèse de molécules complexes aux propriétés pharmaceutiques très prisées : antibiotiques, antiviraux, antileucémiques. L'ampleur et la diversité des activités qu'il mène de front le conduisent à mettre sur pied un groupe qui réunit aujourd'hui 30 chercheurs. Depuis 1980, Stephen Hanessian est titulaire de la Chaire McConnell, à l'Université de Montréal et, depuis 1990, de la Chaire en chimie médicinale du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CNRSG) du Canada, qui compte plusieurs partenaires industriels.

Stephen Hanessian compare volontiers ses activités à celles d'un architecte. Ses méthodes d'analyse et de synthèse tirent leur originalité, leur attrait, leur efficacité et leur fécondité de la liberté qu'elles donnent au concepteur de choisir les stratégies, les plans d'action et les réactifs de manière à laisser se manifester son propre tempérament. C'est de cette façon que Stephen Hanessian permet à de nombreuses entreprises pharmaceutiques de mettre au point des médicaments efficaces et commercialement réalisables. De tels succès lui assurent, depuis plus d'une vingtaine d'années, une estime et une notoriété internationales.

Une méthode personnalisée

La méthode Chiron se trouve à l'origine des premiers succès du professeur Hanessian dans le domaine de la synthèse en chimie organique. Elle consiste principalement à prédire, à partir de l'observation et de l'analyse de la structure stéréochimique de composants organiques, un plan de synthèse logique. Un logiciel du même nom assure la transposition informatique. Cet outil interactif est destiné à ouvrir aux chimistes les voies les plus susceptibles de les conduire à des synthèses aussi élégantes qu'économiques. Car, ce qui passionne Stephen Hanessian, c'est la manière d'effectuer la synthèse des molécules avec tout ce que cette entreprise comporte de stimulations intellectuelles et esthétiques, malgré les contraintes commerciales et techniques. Il existe sans doute mille façons de parvenir à synthétiser une substance chimique, mais les stratégies qu'adopte Stephen Hanessian ont un style qui lui est propre.

Les synthèses qui feront la célébrité du scientifique sont fondées sur l'emploi de produits de démarrage particuliers : des énantiomères purs encore appelés des « énantiopurs  ». Stephen Hanessian a tout d'abord l'idée d'exploiter les propriétés stéréochimiques des hydrates de carbone comme produits de démarrage. Il parvient ainsi à synthétiser une pléiade de substances naturelles, notamment de nouveaux agents médicaux : antibiotiques, antiviraux, anticancéreux. Il étend ensuite la gamme des composés susceptibles d'amorcer des synthèses; elle comprend, par exemple, les acides aminés et les terpènes.

D'une façon générale, la méthode de Stephen Hanessian permet de jeter un pont entre la chimie et la biologie. Et justement, le chercheur a longtemps été l'un des rares chimistes qui puissent allier des connaissances de pointe en ce qui concerne la chimie à une bonne compréhension des phénomènes biologiques. D'où l'immense intérêt que lui témoignent les compagnies pharmaceutiques, pour lesquelles il demeure un précieux consultant.

Chercheur prolifique, Stephen Hanessian compte à son actif plus de 400 articles scientifiques et 3 monographies. Il est également titulaire de 28 brevets. De nombreux prix jalonnent sa carrière dont la Personnalité de l'année par le journal La Presse (1996) et deux doctorats honoris causa de l'Université de Sienne, en Italie, et de l'Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick (2001).

Depuis le début de sa carrière, Stephen Hanessian explique sans relâche ses méthodes et les perfectionne. Ainsi peut-il afficher avec fierté, sur les murs de son laboratoire, la liste des quelque 250 étudiants venus travailler avec lui et des postes qu'ils occupent maintenant dans des établissements universitaires ou des entreprises industrielles partout au monde : « Quoique peu d'événements soient aussi stimulants qu'une découverte scientifique, commente-t-il, ma plus grande joie est de voir mes collègues s'épanouir et exceller dans leur carrière personnelle. »


Résumé de carrière

1960
Doctorat en chimie organique de l'Ohio State University

1974
Prix Merck-Frosst de l'Institut de chimie du Canada

1974
Merck, Sharpe & Dohme Award de l'Institut de chimie du Canada

1982
Prix Hudson de l'American Chemical Society

1987
Prix Urgel-Archambault de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1988
Prix Alfred Bader de la Société canadienne de chimie

1988
Médaille Palladium de l'Institut de chimie du Canada

1989
Bourse Killam

1990-
Titulaire de la Chaire en chimie médicinale du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie

1991
Prix Bell-Canada Forum

1992
Médaille Smissman de l'University of Kansas

1996
Médaille d'or du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie

1996
Prix Marie-Victorin

1996
A. C. Cope Scholar Award de l'American Chemical Society

1997
Prix Killam

1998
Officier de l'Ordre du Canada

2001
Prix Bernard-Belleau de la Société canadienne de chimie

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
7 décembre 1996

Membres du jury :
Mohammed El-Sabh (président)
Guy Archambault
Louise Filion
George Just
André-Marie Tremblay


Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour :
Nathalie Kinnard