Marie-Victorin
Création de :
Antoine D. Lamarche

Récipiendaire

Leblond, Charles-Philippe

Prix Marie-Victorin 1992
Catégorie : Scientifique

Histologiste

Né le 5 février 1910
Lille, France
Décédé le 10 avril 2007
Montréal

Charles-Philippe Leblond - lauréat
Photo : Ronald Maisonneuve

La carrière de Charles Philippe Leblond n'est pas seulement remarquable, elle est extraordinaire!

Yves Clermont et Normand Nadler, professeurs, Université McGill.

« En tant que pionnier de la biologie cellulaire, Charles Philippe Leblond a fait des découvertes qui s'inscrivent dans les connaissances de base en matière de biologie, dans ce savoir que l'on enseigne dans les écoles et les collèges partout dans le monde. »
Georges Palade, médecin, prix Nobel de médecine, 1974.

« Mon métier, c'est l'histologie, l'étude au microscope des cellules, des organes et des tissus », résume simplement Charles Philippe Leblond. Par ses recherches, cet artisan d'une « révolution scientifique » arrive à démontrer que certaines cellules et les composants de toutes cellules, loin d'être stables durant toute leur vie, comme on l'a longtemps cru, se renouvellent constamment et rapidement.

Des découvertes révolutionnaires

On doit au docteur Leblond la mise au point de techniques, au cours des 50 dernières années, qui seront déterminantes pour l'évolution des sciences anatomiques. Sa contribution la plus remarquable à la science est sans doute la radioautographie (aussi nommée autoradiographie), une technique combinant la photographie, la microscopie et le mariage des tissus et des cellules par des éléments radioactifs. Instrument d'innombrables découvertes, la radioautographie révolutionne la biologie cellulaire en permettant aux chercheurs du monde entier de visualiser et de mesurer rigoureusement cette dynamique cellulaire que l'histologie traditionnelle n'avait pas soupçonnée.

Partout dans le monde, les pairs du docteur Leblond lui sont reconnaissants d'ouvrir des horizons imprévus et de susciter un intérêt renouvelé pour l'anatomie microscopique ainsi que pour l'étude de la biologie. Ses propres recherches, trop nombreuses pour les citer toutes, permettent notamment d'élucider comment la glande thyroïde utilise l'iode pour élaborer son hormone, ou encore comment s'accroissent les os longs et se forment les dents. D'autres travaux incluent la démonstration du mouvement des protéines à l'intérieur des nerfs, la formation des acides nucléiques au cœur de la cellule et le renouvellement des cellules des parois de l'estomac et de l'intestin. Autant de recherches, autant de connaissances neuves, autant de premières scientifiques.

Titulaire d'un diplôme en médecine de l'Université de Paris en 1934, Charles Philippe Leblond signe déjà ses premières publications sur le rôle et la localisation de la vitamine C. En 1935, il reçoit une bourse Rockefeller et séjourne deux ans aux États-Unis. Il rentre ensuite en France où il s'initie aux isotopes radioactifs. Il les utilise pour démontrer que l'iode est capté par la glande thyroïde et que l'on peu détruire la glande à l'aide de fortes doses d'iode radioactif. Le scientifique s'intéresse aussi au marquage des cellules avec des isotopes radioactifs. Placés en contact avec une plaque photographique qui réagit à leur action, les traceurs radioactifs apparaissent sur la photographie comme des granules d'argent noirs. On peut donc repérer au microscope ces « espions » après leur pénétration dans certaines cellules. La technique est prometteuse mais grossière et peu satisfaisante.

La radioautographie

Invité à l'Université McGill en 1941, Charles Philippe Leblond se joint aux forces françaises libres au début de 1942. Il est envoyé d'abord au Brésil, puis deux ans plus tard à Londres, où on l'assigne à la sélection des officiers. C'est à son retour à l'Université McGill en 1946 qu'il met au point, avec son collègue Leonard Bélanger, la radioautographie, une méthode permettant la localisation des radioéléments au microscope. En appliquant l'émulsion photographique directement sur une coupe d'organes, les chercheurs obtiennent enfin l'image précise qui permet de suivre à la trace les cellules marquées radioactivement, de visualiser les étapes de leur transformation avec le temps et d'en mesurer la vitesse et la durée. La radioautographie sera bientôt reconnue comme une technique très prometteuse, et l'on vient de partout pour s'y initier avec le docteur Leblond. « Mon laboratoire ressemblait à une ruche. Nous n'avions même pas le temps de publier tous nos résultats de recherche », dit-il, évoquant les années 50 et 60. Cette période excitante modifiera radicalement les idées reçues : « Quand j'ai démontré que toutes les cellules synthétisent des protéines continuellement, le public scientifique n'y a pas cru. Pourtant, trois ans plus tard, cette dynamique de l'activité cellulaire était devenue évidente pour tout le monde. »

À 91 ans, le docteur Leblond se passionne toujours pour la biologie et son influence reste aussi marquante. Depuis son laboratoire de l'Université McGill et en collaboration avec des chercheurs de l'Hôpital Schriners, il poursuit ses travaux et continue de publier des résultats. Communicateur dynamique et passionné, Charles Philippe Leblond signe au fil de sa carrière 430 articles dans les revues internationales les plus prestigieuses. Plusieurs organismes l'honoreront : membre émérite et lauréat de la médaille Leo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS), ainsi que de la médaille McLaughlin de la Société royale du Canada, officier de l'Ordre du Canada et lauréat du prix de la Fondation Gairdner… Mentionnons aussi ses quatre doctorats honoris causa octroyés par l'Acadia University en Nouvelle-Écosse (1972) et les universités McGill (1982), de Montréal (1985) et de Sherbrooke (1988). Promoteur de l'élaboration d'une politique scientifique au Québec et au Canada, Charles Philippe Leblond sera pendant plus de 40 ans un enseignant exceptionnel. Ce « maître » attire au Québec des étudiants de partout au monde, dont plusieurs deviendront à leur tour des chefs de file dans leur domaine et leur pays respectifs.


Résumé de carrière

1942
Doctorat en médecine de l'Université de Montréal

1945
Diplôme en sciences de la Sorbonne

1957-1974
Directeur du Département d'anatomie de l'Université McGill

1962
Prix Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1965
Prix de la Fondation Gairdner

1965
Président de l'Association canadienne des anatomistes

1977
Officier de l'Ordre du Canada

1962-1963
Président de l'American Association of Anatomists

1983
Médaille McLaughlin de la Société royale du Canada

1990
Membre émérite de l'Association canandienne-française pour l'avancement des sciences

1992
Prix Marie-Victorin

1995
Intronisation au Temple de la renommée médicale du Canada

2000
Compagnon de l'Ordre du Canada

2001
Officier de l'Ordre national du Québec

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
8 décembre 1992

Membres du jury :
Jean-Louis Sasseville (président)
Dr Pierre Borgeat
Pierre Deslongchamps
Rosemonde Mandeville
Brenda Milner


Texte :
Danielle Thibault

Mise à jour :
Nathalie Kinnard