Marie-Victorin
Création de :
Natalie Narius

Récipiendaire

Steriade, Mircea

Prix Marie-Victorin 1991
Catégorie : Scientifique

Neurophysiologiste

Né le 20 août 1924
Bucarest
Décédé le 14 avril 2006
Montréal

Mircea Steriade - lauréat
Photo : Ronald Maisonneuve

Ce moment agréable où l'on glisse doucement dans le sommeil, en route vers le monde des rêves, voilà le principal sujet d'étude de Mircea Steriade. Toutefois, ce qui l'intéresse, ce ne sont pas tant les lambeaux de conscience que conserve alors l'esprit que la façon dont le cerveau et, plus précisément, les cellules du thalamus et du cortex modifient leur activité lors du passage de l'état de veille au sommeil.

Le docteur Steriade dirige le Laboratoire de neurophysiologie de la Faculté de médecine de l'Université Laval, qu'il a lui-même fondé en 1969. Sous sa direction, ce laboratoire va s'imposer comme l'un des meilleurs centres de recherche au monde sur le comportement des cellules dans le contrôle cérébral du cycle veille-sommeil.

Une carrière sur deux continents

Mircea Steriade fait des études de médecine, couronnée par un doctorat en 1952, avant de se diriger vers la recherche en sciences neurobiologiques. Il obtient en 1955 un second doctorat en sciences de l'Institut de neurologie de l'Académie des sciences de Bucarest. Il présente alors une thèse ayant pour sujet l'influence du cervelet sur l'activité électrique du cortex cérébral. La publication d'une monographie sur le même sujet lui permet de quitter la Roumanie pour effectuer un stage postdoctoral à Bruxelles, auprès d'un éminent neurophysiologiste, le professeur Frédéric Bremer.

De retour à Bucarest en 1958, Mircea Steriade dirige pendant dix années le Laboratoire de neurophysiologie de l'Institut de neurologie. Il y démontre pour la première fois que les signaux électriques provoqués par des stimulations lumineuses dans le thalamus (principal relais entre les organes des sens et le cortex) sont augmentés lors de l'éveil par des stimulations lumineuses.

En 1968, la rencontre de Mircea Steriade, en France, avec un chercheur de l'Université de Montréal, Jean-Pierre Cordeau, marque un tournant décisif dans sa carrière et dans sa vie. Il quitte la Roumanie et vient poursuivre ses recherches au Québec, à l'Université Laval. Il y trouve un terrain neuf et des conditions de travail qui vont permettre à sa recherche de s'épanouir. Trente-trois années plus tard, les travaux du docteur Steriade se situent toujours à la fine pointe de la recherche fondamentale sur les états de sommeil et de veille. Ses recherches sont constamment soutenues par le Conseil de recherches médicales du Canada (récemment transformé en Institut de recherche en santé du Canada), par d'autres organismes fédéraux et provinciaux ainsi que par le National Institute of Health des États-Unis et un organisme international prestigieux (Human Frontier Science Program).

Pendant le sommeil

Le docteur Steriade se penche d'abord sur les fluctuations de l'activité des neurones thalamiques et corticaux aux différents niveaux de vigilance. Avec son équipe, il met en évidence, par des méthodes physiologiques, les neurones du thalamus et du cortex cérébral qui entrent en action pendant l'état de veille et l'état de sommeil. Il montre, de plus, comment ces états présentent deux types de fonctionnement différents.

Cependant, l'événement contribuant de plus près au rayonnement des travaux de Mircea Steriade est sans aucun doute la découverte du noyau réticulaire entourant le thalamus, comme générateur de certains signaux électriques caractéristiques de la phase d'endormissement. Ces signaux se traduisent, sur l'électro-encéphalogramme, par des oscillations en forme de fuseaux. La découverte de ces signaux permet aux chercheurs d'établir un lien entre l'activité des cellules du thalamus et du cortex et l'épilepsie du type « petit-mal ». En effet, ces crises se produisent surtout pendant les périodes de sommeil caractérisées par les mêmes signaux en fuseaux.

Au cours des dernières années, l'équipe du professeur Steriade s'est penchée sur une oscillation nouvelle, plus lente, qui apparaît pendant les phases tardives du sommeil et disparaît lorsque le sujet est éveillé. C'est la première fois que ces rythmes lents d'origine corticale sont étudiés et que leurs mécanismes cellulaires sont élucidés.

Un auteur prolifique

Deux importantes monographies, parues en 1990 (Thalamic Oscillations and Signaling et Brainstem Control of Wakefulness and Sleep), rendent compte des travaux du docteur Steriade. Ces derniers sont aussi l'objet d'une analyse laudative dans la revue Science, qui n'hésite pas à parler d'apogée technique et d'ouvrages destinés à faire époque. En 1997, Mircea Steriade publie deux volumes sur le thalamus qui seront élogieusement qualifiés d'œuvre monumentale dans la revue Trends in Neuroscience. En 2001, il signe The Intact and Sliced Brain, une monographie qui compare les résultats obtenus in vivo avec ceux des études menées en tranches isolées du cerveau.

Travailleur inlassable, Mircea Steriade publie de très nombreux articles (330 à ce jour) dans les meilleures revues de sa spécialité, notamment dans Science, Nature, le Journal of Neuroscience, le Journal of Neurophysiology, ainsi que le Journal of Physiology et Neuroscience. Il écrit également des ouvrages théoriques concernant l'histoire des connaissances sur le cerveau ou les rapports entre le cerveau et la conscience. Éditeur en chef d'une nouvelle revue parue en 2001, Thalamus and Related Systems, Mircea Steriade fait en outre partie du comité éditorial de quatre autres revues de neuroscience. Membre d'honneur de la Société de neurologie de Paris, il reçoit, en 1965, la médaille Claude-Bernard de l'Université de Paris et devient, en 1989, le premier lauréat du Distinguished Scientist Award de la prestigieuse Sleep Research Society. Depuis 1994, le docteur Steriade est membre de la Société royale du Canada (Académie des sciences).

Ses nombreuses études, les ouvrages qu'il a publiés et les distinctions qui lui ont été remises démontrent bien que Mircea Steriade continue de faire preuve d'un flair et d'une productivité qui le situent au premier plan de la recherche en neurophysiologie. Avec lui, cette recherche connaît d'ailleurs à l'heure actuelle une évolution à un rythme accéléré.


Résumé de carrière

1952
Doctorat en médecine obtenu à Bucarest

1955
Doctorat en sciences de l'Institut de neurologie de l'Académie des sciences de Bucarest

1958-1968
Chef du Laboratoire de neurophysiologie de l'Institut de neurologie de Bucarest

1965
Médaille Claude-Bernard de l'Université de Paris

1969-
Directeur-fondateur du Laboratoire de neurophysiologie de l'Université Laval

1989
Distinguished Scientist Award de la Sleep Research Society

1991
Prix Marie-Victorin

1994
Membre de la Société royale du Canada

1998
Pierre Gloor Award de l'American Society for Clinical Neurophysiology

2001
Éditeur en chef de Thalamus and Related Systems

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
23 octobre 1991

Membres du jury :
Bernard Robaire (président)
Esteban Chornet
Louise Fillion
Claude Gicquaud
Maurice Lalonde


Texte :
Vonik Tanneau

Mise à jour :
Nathalie Kinnard