Marie-Victorin
Création de :
Catherine Béchard

Récipiendaire

Vijh, Ashok K.

Prix Marie-Victorin 1998
Catégorie : Scientifique

Électrochimiste

Né le 15 mars 1938
Inde

Ashok K. Vijh - lauréat
Photo : Marc-André Grenier

Interface : voilà le mot clé qui caractérise le mieux Ashok K. Vijh et son œuvre. Entre chimie et physique, science et innovations technologiques, découverte scientifique et préoccupations humanistes, recherche et éthique, Asie et Amérique, Ashok K. Vijh est un homme des entre-deux.

Ashok K. Vijh, reconnu comme l'un des grands électrochimistes actuels, est aujourd'hui maître de recherche à l'Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) d'Hydro-Québec. Il y mène, depuis plus de 30 années, des travaux dont l'une des qualités les plus constantes consiste à tirer un heureux parti de connaissances venant de différentes disciplines scientifiques : électrochimie, chimie physique, science de l'énergie et science des matériaux. Sa faculté d'adopter des positions intermédiaires, voire à contre-courant, le conduit souvent à poser des questions que nul autre avant lui n'avait considérées. Il aborde ainsi de nombreux phénomènes, apparemment communs, comme l'électrolyse, la corrosion ou le comportement des semi-conducteurs, sous un angle qui permet de les saisir autrement et souvent d'en comprendre des aspects essentiels. Plus encore, il s'attache à explorer la richesse, la fécondité et l'intérêt pratique des résultats fondamentaux qu'il obtient, de façon que des techniciens, des ingénieurs ou encore des industriels puissent se les approprier et les développer à leur tour.

Entre Asie et Amérique

Ashok K. Vijh effectue de brillantes études de chimie et de chimie physique à l'Université du Panjab en Inde, avant d'immigrer au Canada, où il obtient un doctorat en électrochimie de l'Université d'Ottawa en 1966. Il passe ensuite trois années aux États-Unis dans un laboratoire de recherche et développement d'une entreprise d'électronique. En 1969, l'IREQ qui vient d'être créé l'engage. Il y joue un rôle clé dans l'établissement des laboratoires d'électrochimie qui comptent aujourd'hui une soixantaine de personnes. Parallèlement à sa carrière de chercheur, il exerce des activités d'enseignement et de formation (directeur de thèse) à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS)-Énergie. Plusieurs des scientifiques qu'il encadre et inspire ainsi durant sa carrière contribueront, notamment, à la mise au point de piles à combustible et des fameux accumulateurs à électrolyte polymérique (ACEP) d'Hydro-Québec.

Entre chimie et physique

Dès 1967, Ashok K. Vijh entreprend des travaux de recherche qui débordent du champ de sa spécialité. Ainsi, il reprend le bon vieux problème de l'électrolyse, que tous les élèves du secondaire connaissent et qu'appliquent avec profit, par exemple, les industries de l'aluminium, du zinc ou du cuivre. Il considère l'électrolyse d'un point de vue fondamental en revoyant l'étude du comportement des électrodes. Le scientifique découvre que, contrairement à ce que l'on pense alors, les réactions de transfert de charge (flux des ions) ne se produisent pas directement sur la surface métallique des électrodes, mais par l'intermédiaire d'un film qui résulte de l'interaction des métaux et des composantes des électrolytes en solution, dont la structure est toutefois celle d'une surface démétallisée. Pour déterminer quantitativement le transfert de charge, Ashok K. Vijh a l'idée de recourir à la physique de l'état solide. Il établit ainsi que les propriétés physicochimiques de l'interface métal-électrolyte sont bien celles d'un semi-conducteur. Sa découverte débouche d'emblée sur un éventail de nouvelles pistes de recherches appliquées dans des domaines variés : énergie (stockage et piles à combustible), industrie (amélioration de l'électrocatalyse, stabilité électrochimique des matériaux, apprêt des surfaces des métaux), environnement (contrôle des émissions polluantes, déshydratation et détoxification des sols).

Cette première grande percée d'Ashok K. Vijh permet des perspectives particulièrement fructueuses sur le plan fondamental. En effet, sitôt les propriétés de l'état solide des électrodes admises, les études se multiplient sur la cinétique des transferts électroniques sur des interfaces électrode-solution, électrode-vide, électrode-plasma et d'autres. Si bien qu'en 1973 les manières d'appréhender l'électrochimie sont grandement modifiées par suite des résultats des travaux d'Ashok K. Vijh et de ceux qui sont menés dans son sillage. Un bilan s'impose alors. La monographie Electrochemistry of Metals and Semicondutors, rédigée par Ashok K. Vijh, arrive à point nommé et comble autant les attentes des scientifiques les plus exigeants que celles des ingénieurs soucieux d'appliquer au mieux les connaissances nouvelles. Favorablement accueilli par la presse scientifique, l'ouvrage vaut à son auteur le prix Lash Miller de l'Electrochemical Society (Canada) et une notoriété internationale, qui ne se dément pas depuis.

Entre science et innovations technologiques

Infatigable découvreur, Ashok K. Vijh collectionne les percées scientifiques. Il dénombre ainsi une soixantaine de « premières  », c'est-à-dire de découvertes qui ouvrent la voie et qui entraînent à leur suite des cascades d'innovations et d'applications. Elles portent notamment sur les phénomènes à l'origine des chutes de tension, sur les effets des microfissures, sur les modes de prévention et de ralentissement de la corrosion, sur les phénomènes de transfert de charge aux interfaces métal-polymère, métal-oxyde, métal vide, si utiles pour assurer la stabilité des composants électroniques semi-conducteurs à base de polymères. En vue d'évaluer la semi-conductivité des matériaux à la surface des électrodes, Ashok K. Vijh met au point une méthode qui évite à la fois le recours au formalisme de la mécanique quantique et la mesure expérimentale des largeurs des bandes multiatomiques qui structurent les films semi-conducteurs à la surface des électrodes. Cette méthode permet de déduire les largeurs des bandes à partir de la température des formations. Elle permet aussi d'évaluer les lacunes dans les oxydes, ainsi que les phénomènes de claquage.

Honorée plusieurs fois, entre autres par trois doctorats honoris causa, la vie professionnelle d'Ashok K. Vijh illustre très bien qu'il est possible de mener une brillante carrière animée par la curiosité intellectuelle au sein d'un laboratoire de recherche indépendant du milieu universitaire.


Résumé de carrière

1966
Doctorat en électrochimie de l'Université d'Ottawa

1973
Prix Lash Miller de l'Electrochemical Society

1979
Prix Noranda de l'Institut de chimie du Canada

1984
Prix Urgel-Archambault de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1986
Chevalier de l'Ordre national du Québec

1987
Prix Izaak Walton Killam du Conseil des arts du Canada

1989
Officier de l'Ordre du Canada

1989
Médaille Thomas W. Eadie de la Société royale du Canada

1990
Médaille de l'Institut de chimie du Canada

1994-1997
Directeur des sciences physiques et mathématiques à l'Académie des sciences de la Société royale du Canada

1995-
Vice-président du Comité canadien des savants et scientifiques

1998
Prix Marie-Victorin

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
5 décembre 1998

Membres du jury :
Joseph Hubert (président)
Pierre Aïtcin
Jacques Bovet
Claire G. Cupples
Rung Tien Bui


Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour :
Nathalie Kinnard