Marie-Victorin
Création de :
Jean-Pierre Gauvreau

Récipiendaire

Yaffe, Leo

Prix Marie-Victorin 1990
Catégorie : Scientifique

Chimiste

Né le 6 juillet 1916
Devil's Lake
Décédé le 14 mai 1997
Montréal

Leo Yaffe - lauréat
Photo : Ronald Maisonneuve


Professeur émérite de l'Université McGill, Leo Yaffe mène depuis ses débuts une brillante carrière de chercheur et de professeur de chimie nucléaire. Pendant près de 50 ans, il saura communiquer son enthousiasme et son goût pour la recherche scientifique à des dizaines d'étudiants diplômés, devenus ensuite chefs de file dans leur domaine. Ses publications (au-delà de 150) et ses conférences à l'échelle mondiale (pas moins de 400 dans 20 pays différents dont l'Angleterre, le Japon, l'Italie, l'URSS et la Chine) constituent une contribution éclatante au rayonnement international du Québec.

L'énergie atomique au service de la paix

Leo Yaffe obtient, au début des années 40, un baccalauréat en sciences et une maîtrise en chimie physique de l'Université du Manitoba, qui lui remet quelques années plus tard, un doctorat honoris causa en sciences. Cette période d'initiation à la recherche marque une étape importante de sa formation, car il apprend à mener une expérience à terme tout en conservant le détachement indispensable à l'interprétation de résultats scientifiques. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il déménage à Montréal où il entreprend des études menant à l'obtention d'un doctorat à l'Université McGill. Ses travaux portent sur la mise au point d'un filtre pour la fumée, destiné à des masques antipoison pour les militaires.

En 1943, le nouveau docteur est recruté par Énergie atomique du Canada pour travailler en secret à l'Université de Montréal. « Nous ne travaillions pas sur la fabrication de bombes, précise-t-il, mais plutôt sur des utilisations pacifiques de l'énergie atomique.  » Le jeune chercheur se trouve rapidement plongé dans un univers de recherche à caractère international. Plus de 200 scientifiques renommés qui ont quitté l'Europe dévastée par la guerre y formeront un groupe exceptionnel.

À la fin du conflit, l'équipe déménage à Chalk River, en Ontario, où, pendant sept années, Leo Yaffe dirige le Groupe de recherche en chimie nucléaire. Ce travail de recherche fondamentale débouche sur quelques applications pratiques, particulièrement sur la thérapie au cobalt. En 1952, Leo Yaffe revient à Montréal pour enseigner à l'Université McGill, tout en poursuivant ses travaux de recherche. Il contribue au développement de l'enseignement de la chimie de cet établissement en élaborant deux nouveaux cours de chimie nucléaire. Parallèlement, il poursuit ses travaux de recherche fondamentale sur la fission nucléaire, qui débouchent notamment sur l'utilisation de traceurs radioactifs en médecine. Il agit aussi à titre de consultant dans divers hôpitaux, où il préconise sans relâche une utilisation sécuritaire du matériel de recherche radioactif, comme il le fait d'ailleurs dans les laboratoires de l'université. Par ailleurs, il devient conseiller de la délégation canadienne lors des Atoms for Peace Conferences à Genève, en 1955 et en 1958.

En 1963, le professeur Yaffe profite d'un congé sans traitement pour se rendre à Vienne. Pendant deux années, il y dirige la recherche et les laboratoires de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), organisation sous l'égide des Nations Unies, dont le mandat consiste à diffuser les utilisations pacifiques de l'énergie atomique dans les pays en voie de développement.

Un pédagogue hors du commun

Le séjour de Leo Yaffe à la direction du Département de chimie, de 1965 à 1972, est perçu encore aujourd'hui comme l'âge d'or de la chimie à l'Université McGill. En effet, au cours de ces années, le personnel du Département double et l'on décerne près du quart de tous les diplômes des cycles supérieurs attribués depuis 1910, l'année du premier doctorat! Le Département prend également la tête dans l'élaboration de méthodes d'enseignement innovatrices. Leo Yaffe, reconnu pour son discours éloquent et coloré, attire nombre d'étudiants de toutes les disciplines dans son cours intitulé : « Introduction to Nuclear Chemistry ».

Le professeur-chercheur s'engage aussi dans des associations de chimistes. En 1979, l'Institut canadien de chimie, qu'il préside pendant deux années, lui attribue la Médaille de Montréal. Trois années plus tard, l'Association américaine de chimie lui décerne l'ACS Award for Nuclear Chemistry, la plus prestigieuse reconnaissance au monde en matière de chimie nucléaire.

Malgré l'accumulation de tâches administratives, la recherche et l'enseignement demeurent une priorité pour Leo Yaffe. Son rôle de pédagogue en particulier lui procure beaucoup de joie, car, explique-t-il, « la transmission de connaissances de génération en génération demeure pour moi la plus noble des professions ». D'ailleurs, à l'occasion de son 65e anniversaire de naissance, ses étudiants, collègues et amis profitent d'un colloque sur la chimie nucléaire pour honorer cette facette de son œuvre en créant le prix Leo-Yaffe, accordé chaque année à un professeur de la Faculté des sciences, en reconnaissance de l'excellence de son enseignement.

Au cours des dernières années de sa carrière, Leo Yaffe se passionne pour un nouveau champ de recherche, l'archéométrie. En collaboration avec des archéologues et des anthropologues, il scrute des fragments de poterie. La composition atomique de l'argile qui façonne ces fragments révèle leur origine géographique.

Au fil de sa carrière, Leo Yaffe défend toujours avec acharnement l'utilisation pacifique de l'atome. Ses nombreuses participations à des conférences internationales sur la question en témoignent. Jusqu'à sa mort, le 14 mai 1997, il reste convaincu que l'utilisation sécuritaire du nucléaire à des fins énergétiques est non seulement possible mais essentielle. Son seul regret est de ne pas avoir réussi à dissocier, dans l'esprit de la population, l'image de la bombe de celle de l'énergie atomique dont il a tenté, pendant toute une vie, de percer le secret.

Le souvenir de Leo Yaffe flottera sûrement éternellement entre les murs de l'Université McGill ainsi que dans la communauté scientifique canadienne et internationale. « Il a su intégrer l'honnêteté intellectuelle, l'humanité et la vitalité à tout ce qu'il a fait », se souviennent collègues et amis.


Résumé de carrière

1943
Doctorat en chimie physique de l'Université McGill

1955 et 1958
Conseiller de la délégation canadienne aux Atoms for Peace Conferences

1963-1965
Directeur de recherche de l'Agence internationale de l'énergie atomique

1965-1972
Directeur du Département de chimie de l'Université McGill

1979
Médaille de Montréal du Chemical Institute of Canada

1980
Doctorat honoris causa de l'Université Trent

1982
Prix de chimie nucléaire de l'American Chemical Society

1984
Professeur de chimie émérite William C. Macdonald de l'Université McGill

1988
Prix Union Carbide du Chemical Institute of Canada

1988
Médaille Glen Seaborg de l'American Nuclear Society

1988
Officier de l'Ordre du Canada

1990
Prix Marie-Victorin

1992
Doctorat honoris causa de l'Université McGill

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
30 octobre 1990

Membres du jury :
Alain Caillé (président)
Jacques Martel
Bernadette Pinel-Alloul
Robert Prud'homme
Bernard Robaire


Texte :
Danielle Ouellet

Mise à jour :
Nathalie Kinnard