Wilder-Penfield
Création de :
Daniel Moisan

Récipiendaire

Milner, Brenda

Prix Wilder-Penfield 1993
Catégorie : Scientifique

Neuropsychologue

Née le 15 juillet 1918
Manchester, Angleterre

Brenda Milner - lauréate
Photo : François Brunelle

Pour certains, Brenda Milner est à la mémoire ce qu'étaient Pasteur à la bactériologie et Watson et Crick à la biologie moléculaire. La communauté scientifique internationale salue d'ailleurs en elle l'une des fondatrices de la neuropsychologie, cette nouvelle science qui associe les sciences du comportement à la neurologie. Ses découvertes, fondamentales, sont mention obligatoire dans tout ouvrage ou article de synthèse sur la mémoire.

Les fruits du « hasard »

« Mes découvertes et même mes choix de carrière sont en grande partie dus au hasard », raconte Brenda Milner. Ceux qui suivent sa carrière, qui se déroule depuis plus de 50 ans à l'Institut neurologique de Montréal (INM), préfèrent parler d'intuitions remarquables et d'un sens aigu des questions importantes.

À 18 ans, Brenda Milner entre à l'Université de Cambridge où, après une brève incursion en mathématiques, elle bifurque vers la psychologie expérimentale. En 1944, elle s'engage à titre de professeure-chercheuse à l'Université de Montréal. Cinq années plus tard, elle entreprend un doctorat en psychophysiologie à l'Université McGill, sous la direction de Donald Hebb, devenu célèbre en établissant les premiers liens entre le fonctionnement du cerveau et certains phénomènes psychologiques. Brenda Milner récolte alors les premiers fruits du « hasard » en bénéficiant de la promesse faite à Donald Hebb par Wilder Penfield, fondateur de l'Institut neurologique de Montréal, soit de permettre à l'un de ses étudiants de faire de la recherche auprès des patients de l'Institut.

« Le docteur Penfield travaillait dans un champ tout à fait nouveau, et c'était très stimulant. J'ai tout de suite été passionnée par le travail d'équipe et par le contact avec les malades. Mon talent a été de détecter les petites choses utiles à étudier dans le comportement », explique Brenda Milner. Peu après son arrivée à l'Institut, elle découvre beaucoup plus que des « petites choses ». Elle suit deux patients du docteur Penfield qui, contre toute attente, sont frappés d'amnésie antérograde (impossibilité d'emmagasiner des faits nouveaux) après avoir subi une intervention de routine pour enrayer leur épilepsie. Brenda Milner en soupçonne déjà la cause. Dans les deux cas, un seul des deux lobes temporaux a été touché lors de l'intervention. Si l'hémisphère intact ne peut prendre la relève, c'est qu'il doit également être endommagé sans qu'on le sache. Cette première découverte (1954) permet de démontrer l'importance de l'hippocampe, situé dans les lobes temporaux, pour la mémorisation des faits nouveaux et des expériences vécues.

En 1955, la rencontre avec son plus célèbre patient, H. M., que Brenda Milner suivra pendant une trentaine d'années, confirme ses premières observations. Opéré pour une épilepsie grave par un chirurgien du Connecticut, H. M. se fait enlever le noyau amygdalien ainsi que la partie antérieure de l'hippocampe et du gyrus parahippocampique dans chaque hémisphère du cerveau. Il souffre alors d'une profonde amnésie antérograde. Les examens auxquels Brenda Milner le soumet permettent d'établir de façon très précise le rôle de la région hippocampique. Elle constate que la mémoire immédiate de H. M. est intacte, puisqu'il retient facilement une courte série de chiffres pour une période d'environ quinze minutes, si l'on ne détourne pas son attention. Elle observe également que si, d'une fois à l'autre, H. M. ne se souvient pas d'avoir passé certains tests sensorimoteurs, il les exécute pourtant de mieux en mieux. Elle démontre ainsi que la mémoire des faits et celle des habiletés sensorimotrices sont représentées par des systèmes nerveux différents dans le cerveau. Le docteur Penfield et ses collègues neurologues seront désormais convaincus de l'utilité de la psychologie expérimentale et de ses applications cliniques. Comme le souligne Brenda Milner, « auparavant, même à l'Institut neurologique de Montréal, notre travail était peu considéré et nous devions faire nos recherches sans trop déranger… » Commence alors une cartographie du cerveau qui se révélera vite fort précieuse pour les neurochirurgiens.

Une neuropsychologue reconnue

Poursuivant ses travaux avec d'autres chercheurs, Brenda Milner met au point une série de tests à l'intention des personnes devant subir une intervention majeure au cerveau. Elle adapte à l'étude de la mémoire le test du professeur Wada qui consiste à injecter du sodium amobarbital dans la carotide pour interrompre momentanément l'activité d'un hémisphère et étudier le fonctionnement du second. Ces tests permettent de latéraliser, pour chaque personne, le siège des fonctions importantes, ce qui minimise les risques de perte de la parole et de la mémoire.

Fondatrice du Département de psychologie de l'Institut neurologique de Montréal et professeure titulaire au Département de neurologie et de neurochirurgie de l'Université McGill depuis 1970, Brenda Milner demeure la neuropsychologue la plus connue et la plus respectée. Au cours des 50 dernières années, ses travaux ont eu une influence prépondérante sur le développement des connaissances sur la mémoire, en particulier les fonctions du lobe temporal et du lobe frontal. La longue liste de prix et de distinctions à son actif, qui compte pas moins de quinze diplômes honoris causa, reflète la reconnaissance sans borne que lui témoigne le milieu scientifique partout dans le monde.

À 83 ans, Brenda Milner ralentit à peine son rythme. Au travail six jours sur sept, quand elle ne donne pas de conférences en Europe ou aux États-Unis, elle prépare sa prochaine publication, supervise le travail des étudiants de troisième cycle et dirige des expériences sur les mécanismes de la mémoire du langage chez des sujets sains. La scientifique s'intéresse notamment à la région médiane du lobe temporal droit qui, d'après des études de comportement chez des patients ayant subi une opération au cerveau pour enrayer l'épilepsie et des études de neuro-images fonctionnelles chez des volontaires normaux, jouerait un rôle critique dans la mémoire de la localisation des objets dans l'environnement.

Brenda Milner se plaît à évoluer au sein d'une équipe interdisciplinaire : « J'espère que les personnes qui travaillent dans un tel esprit acquerront une vision plus globale que les chercheurs de ma génération. »


Résumé de carrière

1952
Doctorat en psychophysiologie de l'Université McGill

1973
Distinguished Scientific Contribution Award de l'Association américaine de psychologie

1984
Officier de l'Ordre du Canada

1985
Officier de l'Ordre national du Québec

1987
Académie des grands Montréalais

1993
Prix Wilder-Penfield

1993-1994
Présidente d'honneur de l'Association canadienne de psychologie

1993-
Titulaire de la Chaire Dorothy J. Killam de l'Institut neurologique de Montréal

1997
Intronisation au Temple de la renommée médicale du Canada

2001
Prix John P. McGovern de l'American Association for the Advancement of Sciences

2001
Prix D.O. Hebb de la Canadian Society for Brain Behaviour and Cognitive Science

2001
Femme de mérite en sciences et technologie, Fondation Y des femmes de Montréal

2014
Prix Dan David pour sa contribution fondamentale à la science de la mémoire et du cerveau

Wilder Penfield
Qui était Wilder Penfield ?
 

Date de remise du prix :
28 novembre 1993

Membres du jury :
Bernard Robaire (président)
Suzanne Lemieux
Normand Marceau
Claude-Lise Richer
Johan E. Van Lier


Texte :
Marie-Claude Ducas

Mise à jour :
Nathalie Kinnard