Wilder-Penfield
Création de :
Catherine Béchard

Récipiendaire

Sourkes, Theodore L.

Prix Wilder-Penfield 1998
Catégorie : Scientifique

Neurochimiste

Né le 21 février 1919
Montréal

Theodore L. Sourkes - lauréat
Photo : Marc-André Grenier

On doit à Theodore L. Sourkes d'avoir contribué à démontrer que la maladie de Parkinson est causée par la déficience dans la périphérie d'un métabolite du cerveau : la dopamine. Cette percée le conduira à prouver, avec ses collègues André Barbeau et Gérard Murphy, l'efficacité de la L-Dopa comme substance substitutive permettant d'atténuer les symptômes de cette pathologie qui frappe des millions de gens. Surtout, ce succès constitue le premier traitement médical d'une maladie dégénérative du système nerveux.

Pousser la recherche toujours plus loin

« J'aimais tout autant la chimie que la biologie, raconte Theodore L. Sourkes. Alors j'ai choisi la discipline qui combine ces deux matières : la biochimie. » Après un baccalauréat dans cette spécialité à l'Université McGill (1939), il participe à l'effort de guerre en travaillant comme chimiste à Toronto dans une entreprise qui met au point des munitions. Une fois la guerre terminée, il consacre sa thèse de maîtrise, aussi à l'Université McGill, aux propriétés nutritives des protéines sous la direction d'Earle Crampton, l'un des plus grands nutritionnistes canadiens (1946). Aussitôt après, il commence un doctorat en biochimie à l'Université Cornell, sous la direction de James Sumner, lauréat du prix Nobel de chimie en 1946, sur le rôle métabolique de la méthylation. Ses travaux, ses connaissances des enzymes et son expérience de deux ans comme membre du Département de pharmacologie à la Georgetown University School of Medecine, à Washington, intéressent l'Institut de recherche thérapeutique Merck du New Jersey, aux États-Unis, qui s'efforce alors de découvrir des agents antihypertenseurs. Theodore L. Sourkes est engagé comme chimiste spécialiste des enzymes. Il observe que l'action de l'enzyme dopa décarboxylase, que l'on pense associée à l'hypertension essentielle, est atténuée par l'inhibiteur qu'est l'alpha méthyldopa. Cette propriété donnera naissance à l'un des premiers médicaments efficaces contre l'hypertension, commercialisé par la compagnie Merck sous le nom d'«  Aldomet ».

C'est déjà la célébrité pour Theodore L. Sourkes. Toutefois, il ne s'en soucie guère. Plutôt animé par la curiosité d'en savoir davantage sur la nouvelle catégorie d'agents pharmacologiques que constituent les dérivés et les analogues de l'alpha méthyldopa, il pressent que leur étude devrait lui permettre de mieux décrypter le mécanisme d'action des neurotransmetteurs. L'Université McGill lui offre en 1953 l'occasion de poursuivre ses travaux dans cette voie. Robert Cleghorn, directeur du Laboratoire de thérapies expérimentales, lui propose un poste de chercheur et l'invite à installer un nouveau laboratoire de neurochimie à l'Institut de psychiatrie Allan Memorial. Le scientifique emménage donc sous les combles de l'édifice qui abrite l'Institut.

Ce grenier – car c'en est un – se trouve à l'origine d'une décennie prodigieuse. Les découvertes se succèdent. Par exemple, Theodore L. Sourkes purifie la dopa décarboxylase et la monoamine oxydase, élucide le rôle des catécholamines dans le traitement de la schizophrénie insulinique, effectue les premiers essais de l'alpha méthyldopa en vue de traiter certains cas de schizophrénie, entreprend les essais de la même substance pour traiter la chorée de Huntington (syndrome héréditaire caractérisé par des mouvements anormaux involontaires associés à une détérioration intellectuelle) et met en évidence les troubles hormonaux liés aux dépressions. C'est aussi dans ce laboratoire que le chercheur avance l'idée que la carence de la dopamine est à l'origine de la maladie de Parkinson. Il prouve que l'ingestion de L-dopa entraîne une diminution de la raideur musculaire, l'un des signes caractéristiques de cette pathologie. Un peu plus tard, en 1965, conjointement avec Louis Poirier, anatomiste à l'Université Laval, il localise la voie nerveuse entre la substance noire et le corpus striatum, dont la dégénérescence constitue la source de la maladie de Parkinson. Cette découverte explique l'efficacité de la L-Dopa. Tant de progrès incitent Theodore L. Sourkes à en faire la synthèse. Son ouvrage, Biochemistry of Mental Disease, publié en 1962, demeure un ouvrage de référence dans le domaine de la neurobiologie et dans celui de la psychopharmacologie.

Une reconnaissance bien méritée

À l'Université McGill, Theodore L. Sourkes poursuit une carrière de professeur tout en assurant la formation de chercheurs. Un grand nombre de ceux-ci occuperont des postes importants dans des universités, des centres de recherche publics et privés, sans oublier des entreprises, au Québec, au Canada et à l'étranger. Certains d'entre eux contribueront, à leur tour, à former des scientifiques qu'inspirent toujours les méthodes d'analyse rigoureuses et élégantes du maître. D'ailleurs, le Département de pharmacologie et de thérapeutique de l'Université McGill a créé le prix Theodore Sourkes, qui honore chaque année l'étudiant auteur du meilleur article de pharmacologie.

Au fil des années, les confrères de Theodore L. Sourkes lui expriment leur admiration et leur reconnaissance en lui attribuant de nombreux prix et de prestigieuses distinctions : élection à la Société royale du Canada (1971), prix Heinz-Lehmann du Collège canadien de neuropsychopharmacologie (1982), Ordre Andrés Bello, au Venezuela (1987), doctorat honoris causa de l'Université d'Ottawa (1990), Ordre du Canada (1992). Plusieurs colloques sont organisés en son honneur, particulièrement par le Collège canadien de neuropsychopharmacologie (1988), la Société internationale de neurochimie (1989) et le Symposium international sur la maladie de Parkinson à Haïfa, en Israël (1998).

Theodore L. Sourkes prend officiellement sa retraite en 1991. Infatigable et toujours curieux, il entame alors une carrière d'historien des sciences, notamment des sciences biomédicales. Ses articles s'efforcent en particulier d'éclairer les phénomènes qui conduisent à des découvertes. Véritable phare et figure emblématique de la neurochimie, pionnier de la neuropsychiatrie biologique, Theodore L. Sourkes a mené des travaux qui font partie des fondations des sciences neurologiques modernes; son influence est mondiale et il est impossible de quantifier le nombre de personnes qui ont tiré profit de ses travaux : les témoignages de ce genre, de la part des scientifiques les plus respectés, confirment la renommée de Theodore L. Sourkes, chercheur d'une extraordinaire fécondité.


Résumé de carrière

1948
Doctorat en biochimie de l'Université Cornell

1965-1991
Directeur du Laboratoire de neurochimie au Département de psychiatrie de l'Université McGill

1971
Membre de la Société royale du Canada

1982
Prix Heinz-Lehmann

1987
Ordre Andrés Bello

1990
Médaille du Collège canadien de neuropsychopharmacologie

1990
Doctorat honoris causa de l'Université d'Ottawa

1991
Professeur émérite de l'Université McGill

1992
Officier de l'Ordre du Canada

1998
Prix Wilder-Penfield

2001
Prix de la Société internationale de l'Histoire des neurosciences pour l'article le plus marquant publié dans le journal de la Société en 1998-2001

Wilder Penfield
Qui était Wilder Penfield ?
 

Date de remise du prix :
5 décembre 1998

Membres du jury :
Pierre Potvin (président)
Nicole Beauchemin
Yvette Bonny
Andrée Roberge
Jurgen Sygusch


Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour :
Nathalie Kinnard