Paul-Émile-Borduas
Création de :
Catherine Tremblay

Récipiendaire

Derouin, René

Prix Paul-Émile-Borduas 1999
Catégorie : Culturelle

Né le 28 avril 1936
Montréal

René Derouin - lauréat
Photo : Louis-Michel Major

Depuis sa maison de Val-David, qu'il a construite de ses mains, René Derouin rayonne sur les Amériques. La longue marche intérieure, qui l'a conduit de l'enfant délicat à l'homme dont la puissante énergie s'inscrit dans des œuvres de plus en plus bouleversantes, l'a mené à étendre ses racines du nord au sud, de la terre-mère aux profondeurs marines. Maintenant sans cesse l'équilibre fragile entre la permanence et l'éphémère, toujours ancré dans la réalité du monde dans lequel il évolue, René Derouin est parvenu à créer un corpus artistique dont la portée universelle et la pérennité sont désormais assurées.

René Derouin, parti à la recherche de lui-même en 1955, pose son regard sur le monde, sur les autres, sur l'autre, il veut traduire ce qu'il voit. Cependant, son regard plonge vers l'intérieur. C'est ainsi qu'il parvient à faire affleurer à la surface de la toile, du papier, du bois, du bronze, bref de toute matière qu'il touche, l'essence de la tragédie humaine.

De 1955 à 1970, René Derouin travaille, voyage, expérimente : Mexique, Canada, États-Unis, Japon. Il fréquente de prestigieux ateliers, rencontre des maîtres qui marqueront son évolution, Pablo O'Higgins et Rufuno Tamayo au Mexique, les maîtres graveurs japonais Toshi Yoshida ainsi que Munakata, de qui il apprend le contrôle de l'énergie physique et mentale. Il étudie l'espagnol, la peinture de murales, la gravure. Tous les éléments clés qui seront la base de l'élaboration de son œuvre sont désormais présents : identité, migration, métissage.

René Derouin a produit depuis le début des années quatre-vingts quelques-unes de ses œuvres majeures dont Suite nordique, Between, Empreintes et Reliefs. De 1989 à 1992, il prépare l'installation Migrations, un projet qu'il réalise au Québec et au Mexique, pour lequel il crée 20 000 figurines. L'événement important des dernières années sera, en 1994, le largage dans le fleuve de 19 000 de ces figurines en céramique, qu'il explique ainsi : « Un geste délinquant mais réfléchi, un geste d'artiste avec tout ce que ça a de transcendant. Un geste gratuit, de l'ordre du sacré, dans une société qui a évacué tout sacré. » Il ajoute : « Le largage, c'est un geste qui m'a donné naissance, me permettant de me larguer moi-même. C'est aussi un geste d'enracinement à l'intérieur du Québec. C'est l'œuvre la plus publique, la plus permanente, désormais rien ni personne ne peut la contrôler. »


Paul-Émile Borduas
Qui était Paul-Émile Borduas ?
 

Date de remise du prix :
23 novembre 1999

Membres du jury :
Rose-Marie Arbour (présidente)
Paul Béliveau
Yvon Cozic
Rosie Godbout



Texte :
Janette Biondi et Claude Janelle