Albert-Tessier
Création de :
François Dallegret

Récipiendaire

Daudelin, Robert

Prix Albert-Tessier 2002
Catégorie : Culturelle

Né le 31 mai 1939
West-Shefford

Robert Daudelin - lauréat
Photo : Alain Désilets

Tous les amateurs de cinéma, artisans ou cinéphiles, connaissent le nom de Robert Daudelin et savent ce que le cinéma, les cinéastes et le public d'ici lui doivent. Cet homme d'une grande fidélité incarne à lui seul les qualités essentielles à la constitution et au développement d'un patrimoine culturel : stabilité, continuité, détermination, ouverture, passion. Robert Daudelin a su construire sa carrière autour de son amour du cinéma et il a su mettre cet amour au service de toute la communauté québécoise. Si le rôle et la nécessité de la Cinémathèque québécoise ne sont plus à démontrer, si la préservation et la diffusion du patrimoine cinématographique sont assurées, c'est à Robert Daudelin que nous devons dire merci, car c'est sa persévérance et sa foi inébranlable qui lui ont permis d'asseoir sur des bases solides cette institution essentielle à la vie culturelle de la nation québécoise.

Pourtant, rien dans l'enfance de Robert Daudelin ne laissait présager qu'il jouerait un rôle important dans la conservation d'un patrimoine qui en était alors à ses balbutiements. Né à West-Shefford (aujourd'hui Bromont) au Québec en 1939, Robert Daudelin passe son enfance dans son village ; ses premiers souvenirs de cinéma, il les doit à la visite d'un missionnaire et au passage d'un projectionniste itinérant qui s'arrête dans la salle paroissiale une fois la semaine pendant les vacances estivales. Son père Alfred Daudelin, qui travaille pour un marchand, a de grandes ambitions pour son fils et il souhaite que ce dernier réalise ses rêves, qu'il exerce une profession libérale, qu'il soit médecin ou avocat. Il inscrit donc son fils au Collège de Montréal et l'y maintient en faisant d'énormes sacrifices financiers. Mais au collège, Robert Daudelin s'ennuie ; alors il s'évade aussi souvent que possible devant le grand écran.

Le jeune homme est conscient des attentes de ses parents, mais il sent que son chemin ne sera pas celui qu'on lui a tracé. Son amour pour le cinéma va grandissant. Alors, quand arrive le moment de choisir une profession, Robert Daudelin n'entre pas à l'université, il commence à travailler : il rédige des fiches de présentation de films et cherche comment il pourrait gagner sa vie dans les milieux du cinéma. Il travaille à Radio-Canada, entreprend des études littéraires, se marie et, téméraire ou naïf, décide de partir à Paris avec femme et enfants.

À Paris, Robert Daudelin fréquente la Cinémathèque française avec son ami Jean Pierre Lefebvre, il se fait connaître des milieux cinématographiques et passe des heures à discuter cinéma, mais les emplois sont rares et le dénuement de sa petite famille est tel qu'il émeut Guy Joussemet. Ce dernier aide Robert Daudelin à compléter son séjour et à revenir au Québec. En 1960, Robert Daudelin est cofondateur d'Objectif, une revue indépendante de cinéma dont il sera également le rédacteur en chef. En 1962-1963, il publie des textes, notamment dans La Presse, Le Devoir et L'Actualité.

À son retour d'Europe, Robert Daudelin est responsable de la section Cinéma canadien au Festival international du film de Montréal dont il deviendra ensuite le directeur adjoint. Après avoir été responsable de l'audio-vidéothèque du Centre audiovisuel de l'Université de Montréal, il devient directeur général du Conseil québécois pour la diffusion du cinéma et est élu au poste de vice-président du conseil d'administration de la Cinémathèque. En 1971, il est président de la Cinémathèque québécoise et en octobre 1972, il en devient le directeur général. Toute sa vie professionnelle sera désormais consacrée à faire vivre et à faire évoluer la Cinémathèque québécoise. C'est sous sa direction que sera construit, en 1975, le Centre de conservation de Boucherville, qui sera agrandi en 1989 afin de répondre aux besoins sans cesse croissants.

En 1974, le directeur de la Cinémathèque québécoise est élu au Comité directeur de la Fédération internationale des Archives du film où il occupera les postes prestigieux de directeur général, de 1979 à 1985, et de président, de 1989 à 1995. Parallèlement à ses tâches administratives, Robert Daudelin, en vrai passionné, regarde sans se lasser le cinéma d'ici et d'ailleurs et parvient à donner au public et aux cinéastes un accès privilégié au patrimoine cinématographique québécois, canadien et mondial. Il est responsable de la chronique cinéma à l'émission Carnets des Arts, à la radio de Radio-Canada, consultant à la programmation auprès de festivals internationaux, coordonnateur de nombreux événements consacrés à l'histoire du cinéma, membre d'un nombre incalculable de conseils d'administration et de comités ; son influence, sa compétence et sa passion sont partout reconnues. Sa rigueur et son éclectisme font de lui un programmeur exceptionnel et c'est à son dévouement et à son travail que la Cinémathèque doit sa notoriété internationale.

Alors que la Cinémathèque comptait à ses débuts sept ou huit employés, elle en compte aujourd'hui une cinquantaine. Ses collections comportent des films rares d'ici et d'ailleurs, des œuvres anciennes et d'autres inconnues qui enrichissent le patrimoine cinématographique, ainsi que des documents télévisuels, car il faut aussi vivre avec son temps.

Robert Daudelin, autodidacte du cinéma, se définit comme un bon généraliste et affirme que tout dans le monde du cinéma le stimule : voir les films, faire la programmation, bâtir la collection et conserver la trace des objets. Il est fier de constater que l'institution existe, que la place du cinéma dans la vie culturelle est désormais acquise et que le septième art a droit à un lieu de conservation, de réflexion et d'histoire. Il souligne la qualité et le professionnalisme de l'équipe qui l'entoure et qui continuera le travail après son départ. Cet amoureux du cinéma a rédigé et publié de nombreux textes, mais il s'est fait réalisateur une seule fois, parce qu'il est aussi amateur de jazz et aussi par amitié. Konitz  : Portrait of the Artist as a Saxophonist, un long métrage documentaire sur le musicien américain, a été produit avec des amis et les moyens du bord.

En 1994, Robert Daudelin a été fait chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres de la République française et, en 1995, il a été membre du comité d'honneur de l'UNESCO pour la célébration du Centenaire du cinéma. Il accepte le prix Albert-Tessier avec un plaisir sans mélange parce qu'il s'y trouve en compagnie d'amis, de gens qu'il admire, de cinéastes qui ont construit le cinéma québécois.

Robert Daudelin, en quittant la Cinémathèque québécoise, s'éloigne d'un lieu auquel il a consacré 30 ans de sa vie, parfois sept jours sur sept ; il ne saurait cependant s'éloigner du cinéma. Enseignement ? Réalisation ? Écriture ? Il refuse les projets trop précis mais il sait qu'il restera toujours un passionné du grand écran et qu'il ne pourra jamais s'en éloigner.


M<sup>gr</sup> Albert Tessier
Qui était Mgr Albert Tessier ?
 

Date de remise du prix :
5 novembre 2002

Membres du jury :
Michel Poulette (président)
Pascale Bussières
Bernadette Payeur
Thomas Vamos



Texte :
Janette Biondi