Marie-Victorin
Création de :
François Dallegret

Récipiendaire

Hillaire-Marcel, Claude

Prix Marie-Victorin 2002
Catégorie : Scientifique

Géologue

Né le 1er avril 1944
Salies-de-Béarn, France

Claude Hillaire-Marcel - lauréat
Photo : Alain Désilets

Claude Hillaire-Marcel est un grand voyageur, dans le temps comme dans l'espace. Spécialiste mondial de la géochimie isotopique, il raconte l'histoire de la Terre, de ses déserts et de ses océans, en sillonnant le monde du Sahara à l'océan Arctique, du fjord du Saguenay aux îles Canaries. Depuis plus de 30 ans, ses découvertes permettent de mieux comprendre les transformations géologiques et climatiques en cours, résultantes de la dynamique propre à la planète ou conséquences de l'activité humaine.

Ce goût du voyage lui vient peut-être de son enfance, à l'époque où Claude Hillaire-Marcel résidait en France, allant d'un pensionnat à un autre dans les années 40 et 50. Originaire du Sud-Ouest, il vit aussi à Nice, puis à Paris. C'est déjà un naturaliste dans l'âme, collectionneur de cailloux et de végétaux. Il se passionne également pour la philosophie, qu'il considère comme très proche de la démarche scientifique. Dans les années 60, Claude Hillaire-Marcel opte finalement pour les sciences naturelles et s'inscrit à la Sorbonne. Il se spécialise en géologie, une discipline à son image, réclamant à la fois des études sur le terrain propres à satisfaire son goût du voyage, mais aussi une grande rigueur intellectuelle pour interpréter les données et en tirer des conclusions de large portée. À la fin de ses études, il choisit la coopération internationale. Deux pays s'offrent à lui : le Liban, « le paradis sur la terre à cette époque », et le Canada, qui lui permettra d'entamer une carrière en recherche sans pour autant couper les ponts avec le milieu universitaire français.

Claude Hillaire-Marcel arrive au Québec en pleine Révolution tranquille. En 1969, il est engagé comme professeur au Département des sciences de la Terre et de l'Atmosphère de la toute nouvelle Université du Québec à Montréal (UQAM), auquel il restera toujours fidèle. Rapidement, il met en place un programme de recherche d'envergure en géochimie isotopique. Cette discipline est basée sur l'étude des isotopes stables et radioactifs de différents éléments chimiques présents dans les roches. Comme les isotopes radioactifs se décomposent naturellement à un certain rythme, ils permettent, par exemple, de dater des échantillons et de reconstruire ainsi l'histoire géologique, océanique ou climatique de la planète, les roches conservant des traces de l'environnement auquel elles ont été soumises par le passé. La géochimie isotopique constitue ainsi une fantastique machine à voyager dans le temps, aux commandes de laquelle Claude Hillaire-Marcel multiplie les découvertes.

En 1979, le chercheur met sur pied le Centre de recherche en géochimie et géodynamique, mieux connu sous le nom de GEOTOP. Aujourd'hui, ce dernier est reconnu sur le plan mondial. Il compte vingt chercheurs principaux ainsi qu'une quinzaine de chercheurs associés et forme de nombreux étudiants des deuxième et troisième cycles. Depuis ses débuts, Claude Hillaire-Marcel a supervisé une cinquantaine d'étudiants à la maîtrise et au doctorat : laisser libre cours à leur imagination tout en assurant leur formation universitaire, voilà l'une des plus grandes joies de sa carrière. Les anciens lui en sont reconnaissants : le Cercle des anciens et amis du GEOTOP, créé en 1996, compte plus de 100 membres répartis dans une vingtaine de pays, sur tous les continents.

Avec un professeur aussi curieux, nul doute que les étudiants sont à bonne école. Au cours de sa carrière, Claude Hillaire-Marcel se penche en effet sur des sujets de recherche d'une rare diversité. Avec d'autres chercheurs de l'UQAM, il met au point, par exemple, une méthode basée sur l'étude des isotopes pour distinguer le véritable sirop d'érable du « sirop de poteau ». Il s'intéresse aussi à la physiologie de l'effort et conçoit même, toujours grâce aux isotopes, un test respiratoire pour les veaux ! Cependant, l'histoire qui ne cesse de le passionner, c'est celle de la Terre, dont il étudie sans relâche l'évolution géologique et climatique.

À ses débuts, Claude Hillaire-Marcel cherche surtout à retracer les variations du niveau de la mer et les changements du milieu marin qui ont marqué les basses-terres du Saint-Laurent et le nord du Québec à l'époque du quaternaire. Dans les années 80, il dirige le Laboratoire de géologie du quaternaire du Centre national de la recherche scientifique de France en parallèle avec le GEOTOP. Avec ses collègues français, il diversifie ses champs de recherche vers les régions tropicales, en Afrique notamment. Entre autres résultats, il démontre l'existence de climats humides dans des régions aujourd'hui désertiques. De 1989 à 2000, Claude Hillaire-Marcel dirige ensuite la Chaire industrielle Hydro-Québec/Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada/Université du Québec à Montréal (Hydro-Québec/CRSNG/UQAM), où il s'intéresse notamment au cycle du mercure et aux gaz à effet de serre dans les réservoirs hydroélectriques. Ses travaux sur les changements dans la circulation des océans et leurs effets sur le climat donnent lieu notamment à de nombreuses publications dans des revues prestigieuses, telle que Nature. Depuis 2000, le chercheur est titulaire d'une chaire de l'Unesco sur les changements à l'échelle du globe, une problématique dans laquelle il se sent aujourd'hui obligé de s'engager personnellement. Toutefois, c'est encore d'un ton passionné qu'il parle de ses recherches en cours sur l'histoire de la circulation des masses d'eau dans l'océan Arctique, dont les résultats permettent de valider des modèles de prédiction climatique tant discutés.

En vingt ans, Claude Hillaire-Marcel a conduit sept missions en mer et plus d'une vingtaine d'expéditions hors du Canada. Cette vie physiquement exigeante sur le terrain, il la dit nécessaire à son équilibre mental. N'être aux prises qu'avec des problèmes immédiats, un moteur qui casse en plein désert ou une tempête en mer, lui semble paradoxalement reposant. Ses paysages préférés sont sans limites, ils n'offrent aucune barrière au regard. Le Nouveau-Québec, le Sahara, la mer, voilà où l'homme puise son énergie. Pour s'évader entre deux missions, il y a aussi les livres, de la littérature anglaise du XVIIIe et du XIXe siècle aux intrigues policières du bush australien, et la musique.

Réputé pour son ouverture d'esprit, son intégrité et sa rigueur scientifique, Claude Hillaire-Marcel est invité à participer à de nombreux comités scientifiques tout au long de sa carrière. Il est actuellement membre, entre autres, du comité scientifique de l'Institut du Sahel et du comité exécutif du Fonds québécois de recherche sur la nature et les technologies (NATEQ), dont il est aussi vice-président. Éditeur au fil des ans de plusieurs revues spécialisées, il est membre d'une douzaine de sociétés savantes et de la Société royale du Canada, depuis 1991. Ses travaux lui ont déjà valu de nombreuses récompenses, dont le prix Michel-Jurdant de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) en 1992.


Résumé de carrière

1969-
Professeur titulaire au Département des sciences de la Terre et de l'Atmosphère de l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

1979
Doctorat d'État ès sciences de l'Université Pierre et Marie Curie (Paris VI)

1981-1989
Directeur du Centre de recherche en géochimie isotopique et géodynamique (GEOTOP) de l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

1983-1985
Directeur du Département des sciences de la Terre et de l'Atmosphère de l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

1984-1989
Directeur du Laboratoire de géologie du quaternaire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), France

1989-2000
Titulaire de la Chaire industrielle Hydro-Québec/Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada/Université du Québec à Montréal (Hydro-Québec/CRSNG/UQAM)

1991-
Membre de l'Académie des sciences de la Société royale du Canada

1992
Prix Michel-Jurdant de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS)

1997-2000
Directeur du Centre de recherche en géochimie isotopique et géodynamique (GEOTOP) de l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

2000
Médaille du mérite scientifique en environnement de l'Association professionnelle des géologues et des géophysiciens du Québec (APGGQ)

2001
Titulaire d'une chaire de l'Unesco sur les changements à l'échelle du globe de l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

2002
Vice-président du conseil d'administration du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (NATEQ)

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
5 novembre 2002

Membres du jury :
John J. Jonas (président)
Gérard Ballivy
Marie Bernard
Rung Tien Buï
Suzanne Lemieux



Texte :
Valérie Borde