Armand-Frappier
Création de :
François Dallegret

Récipiendaire

Lacroix, Robert

Prix Armand-Frappier 2002
Catégorie : Scientifique

Économiste

Né le 15 avril 1940
Montréal

Robert Lacroix - lauréat
Photo : Alain Désilets

Robert Lacroix en est intimement persuadé : le développement du Québec passe par la croissance de ses universités. Dans une société qui repose de plus en plus sur le savoir, ces institutions ont un rôle crucial à jouer, puisqu'elles sont à la fois sources d'innovations et de découvertes et lieux de formation des futurs acteurs de la société. Le discours est clair, l'homme est convaincant. Depuis sa nomination en 1998 au poste de recteur de l'Université de Montréal, un vent de renouveau souffle sur cette institution plus que centenaire. Le temps des tours d'ivoire est révolu et la croissance passe désormais par des partenariats avec la société et le monde des affaires. Pour inaugurer cette ère de changement, Robert Lacroix lance en 2000 la plus grande campagne de financement jamais menée par une université francophone. Le recteur relève ses manches et entame une mémorable tournée des personnalités susceptibles de s'engager dans le développement de l'Université de Montréal : Paul Desmarais, André Caillé, Robert Brown, Jean Coutu et bien d'autres se laissent convaincre par cet homme sérieux, qui sait parler leur langage. Le recteur Robert Lacroix persuade même des chefs d'entreprise habituellement peu communicatifs de tourner des messages publicitaires télévisés en faveur de l'Université ! L'opération est un franc succès.

La réussite exceptionnelle de cette campagne de financement ne doit rien au hasard, mais beaucoup à la détermination d'un homme, brillant économiste et administrateur avisé, qui a consacré plus de 30 ans de sa vie à « son » université. Pourtant, rien ne prédestinait ce fils d'ouvrier, huitième de neuf enfants, à une telle carrière. Après l'un de ses frères aînés, il est le second enfant de la famille à accéder au cours classique, grâce aux sacrifices de ses parents. En 1960, Robert Lacroix franchit pour la première fois les portes de l'Université de Montréal et se prend d'une véritable passion pour l'économie, une matière dans laquelle il excelle. Il quitte le Québec après sa maîtrise, pour voir du pays, et passe quatre ans en Belgique où il obtient son doctorat à l'Université de Louvain en 1970. Dès son retour, il est nommé professeur au Département de sciences économiques de l'Université de Montréal. Il se lance alors tête baissée dans la recherche sur ses deux sujets de prédilection : l'économie des ressources humaines et l'économie de l'innovation. Ses travaux donnent lieu à la publication de quinze ouvrages et de nombreux articles scientifiques.

Au fil des ans, Robert Lacroix s'engage aussi dans le développement des centres de recherche, à commencer par le Centre de recherche et de développement en économique, qu'il dirige de 1985 à 1987. En 1994, il fonde le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). Ce dernier, qui acquiert rapidement une réputation internationale, devient aussi un modèle de transfert de connaissances et de collaboration avec les secteurs public et privé. Au cours des quatre années qu'il passe à la tête du CIRANO, le futur recteur côtoie le monde des affaires et tisse de précieux liens avec plusieurs chefs d'entreprise. Le secteur privé doit consacrer d'importants fonds à la recherche universitaire, croit-il, mais il doit également pouvoir s'attendre à un bon retour sur son investissement.

En parallèle, Robert Lacroix se dévoue corps et âme au développement de l'Université de Montréal. Dès 1977 et jusqu'en 1983, il dirige le Département de sciences économiques où il instaure une série de mesures en vue d'améliorer les performances en matière de recherche du corps professoral. Grâce à cette nouvelle approche qui sera maintenue par la suite, le département en question se classe aujourd'hui dans le peloton de tête des universités nord-américaines. En 1985, l'économiste remet au recteur alors en poste un document de 400 pages qui expose sa vision de l'avenir de l'Université de Montréal. Le rapport Lacroix rompt avec les traditions établies : en présentant notamment un tableau de la performance comparée des différents départements en termes de fonds de recherche et de publications, il affirme clairement que la recherche constitue la clé de voûte de l'entreprise universitaire, dans toutes les disciplines. Le message est entendu ; il guidera les transformations de l'institution pour la décennie suivante.

De 1987 à 1993, Robert Lacroix est doyen de la Faculté des arts et des sciences, qui compte alors environ 600 professeurs. Sous son mandat, plusieurs regroupements de recherche sont mis sur pied, ainsi qu'un autre centre de liaison et de transfert, le Centre de recherche en calcul appliqué (CERCA). Depuis 1998, le recteur Robert Lacroix préside aux destinées de l'Université de Montréal. Mobiliser les énergies, tout en respectant la liberté essentielle au travail universitaire, trouver les ressources pour réaliser les rêves, voilà, en quelques mots, comment l'économiste envisage sa fonction. Sous son leadership, l'Université de Montréal continue de se transformer. Il convainc le gouvernement du Québec, le gouvernement fédéral et des donateurs privés de financer la construction de quatre nouveaux pavillons qui accueilleront quelque 1 200 chercheurs et étudiants, dès l'été 2004. Le premier édifice, le pavillon J.-Armand-Bombardier, regroupera des chercheurs et des étudiants de l'École polytechnique et de l'Université de Montréal en fonction d'un nouveau concept d'organisation, approprié aux projets de recherche interdisciplinaires et aux partenariats avec le secteur privé. Le deuxième pavillon accueillera les chercheurs du Centre des technologies aérospatiales du Conseil national de recherches du Canada (CNRC). Quant aux pavillons Marcelle-Coutu et Jean-Coutu, ils abriteront respectivement la Faculté de pharmacie et le nouvel Institut de recherche en immunovirologie et cancer (IRIC). Notons aussi l'arrivée de nouveaux acteurs sur le campus, tels que l'Institut de statistique de l'UNESCO et même le Centre national de la recherche scientifique de France, dont l'un des quatre laboratoires situés hors de l'Hexagone sera logé à l'Université de Montréal.

Tout au long de sa carrière, Robert Lacroix s'engage au sein de nombreux comités et conseils d'administration d'organisations vouées aux sciences économiques, à la recherche ou aux affaires, telles que la Canadian Economic Association, l'Institut canadien de recherches avancées, le Fonds pour la formation de chercheurs et l'aide à la recherche (FCAR), Emploi-Québec, l'Institut des banquiers canadiens ou la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. L'économiste est élu membre de la Société royale du Canada en 1989 et nommé membre de l'Ordre du Canada en 2000, ainsi qu'officier de l'Ordre national du Québec en 2001. Lorsque sonnera l'heure de sa retraite, qu'il a déjà fixée en mai 2005, Robert Lacroix aura passé 35 ans au service de son alma mater. S'ennuiera-t-il ? Certainement pas. Il compte bien continuer de servir la cause des universités, en gardant cette fois quand même un peu de temps pour recommencer à écrire, faire du sport et pour se consacrer aux onze femmes de sa vie : son épouse ainsi que leurs trois filles et sept petites-filles.


Résumé de carrière

1970
Doctorat en économique de l'Université de Louvain

1977-1983
Directeur du Département de sciences économiques de l'Université de Montréal

1979-
Professeur titulaire au Département de sciences économiques de l'Université de Montréal

1985-1987
Directeur du Centre de recherche et de développement en économique de l'Université de Montréal

1987-1993
Doyen de la Faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal

1989
Membre de la Société royale du Canada

1994-1998
Président-directeur général du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO)

1998-
Recteur de l'Université de Montréal

2000
Membre de l'Ordre du Canada

2001
Officier de l'Ordre national du Québec

2001
Prix de la carrière exceptionnelle, projet de recherche sur les politiques à Ottawa

2002
Membre de l'Académie des grands Montréalais

Armand Frappier
Qui était Armand Frappier ?
 

Date de remise du prix :
5 novembre 2002

Membres du jury :
Paule Leduc (présidente)
Monique Charbonneau
Maurice Labbé
Yves Rousseau
Jacques Valade



Texte :
Valérie Borde