Wilder-Penfield
Création de :
Denys Michaud

Récipiendaire

Quirion, Rémi

Prix Wilder-Penfield 2004
Catégorie : Scientifique

Spécialiste en neurosciences

Né le 9 janvier 1955
Lac-Drolet

Rémi Quirion - lauréat
Photo : Denis Chalifour
Entrevue

Nul doute qu’un cerveau exceptionnellement brillant se cache derrière le regard taquin du docteur Rémi Quirion. Spécialiste à la fois de la maladie d’Alzheimer, de la douleur, de la schizophrénie et des neuropeptides, il est l’auteur de plus de 500 publications scientifiques et de 5 ouvrages. À 49 ans seulement, il figure déjà parmi les chercheurs en neurosciences les plus cités au monde. Professeur au Département de psychiatrie de l’Université McGill, membre associé du Département de pharmacologie et du Département de neurologie et de neurochirurgie, professeur associé au Centre d’études sur le vieillissement, directeur scientifique du Centre de recherche de l’Hôpital Douglas, directeur fondateur du Réseau en santé mentale du Québec et premier directeur scientifique de l’Institut canadien des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies, le chercheur se double d’un organisateur hors pair qui, tout en assumant ses multiples responsabilités, sait mobiliser les énergies pour faire reculer la maladie mentale.

Le docteur Rémi Quirion fait cependant preuve d'une grande humilité. Pour expliquer sa réussite, il invoque avant tout la grande capacité de travail que lui a inculquée son père. À 7 ans, il met déjà la main à la pâte dans le restaurant familial du petit village de Lac-Drolet, entre Beauce et Estrie, aux côtés de ses huit frères et sœurs. Il y travaillera jusqu’à l’obtention de son baccalauréat. À l’école, il excelle et arrive au collégial avec deux années d’avance. Il est le seul enfant de la famille à entrer à l’université. Optimiste né, Rémi Quirion fait confiance au hasard pour choisir son domaine d’étude. Il obtient à l'Université de Sherbrooke son baccalauréat en biologie en 1976, puis il termine en un an ses études de deuxième cycle en pharmacologie. À 25 ans, il est titulaire d’un doctorat. Par la suite, il est accueilli à l’Institut national de santé mentale de Bethesda, au Maryland, pour trois ans d’études postdoctorales. Rémi Quirion découvre alors un autre visage de la recherche, où les équipes se livrent une bataille sans merci à grand renfort de publications. Sur un coin de paillasse, il travaille comme un fou, aux côtés de sa conjointe Pierrette, neuroendocrinologue, qui termine ses études menant à l’obtention d’un doctorat. L’expérience s’avère très enrichissante. Le couple pense s’installer à Washington lorsque l’Hôpital Douglas de Montréal offre à Rémi Quirion de prendre la direction de ses laboratoires et de construire de toutes pièces un centre de recherche en neurosciences et en santé mentale. À 28 ans, le jeune chercheur ne peut résister au défi.

Dès lors, Rémi Quirion se dévoue entièrement à sa mission, avec une fougue et un esprit d’à-propos remarquables, recrutant des collaborateurs au gré des rencontres et des occasions, alignant subventions et découvertes à un rythme étourdissant. Au cours des vingt dernières années, plus de 60 étudiants diplômés et qui mènent des études postdoctorales seront formés dans les laboratoires du docteur Quirion qui engagent aujourd’hui une quinzaine de personnes. Depuis plus de dix ans, cette équipe s’est acquis une réputation internationale non seulement pour la qualité de la recherche et l’excellence de la formation, mais aussi pour l’esprit de franche camaraderie qui règne entre chercheurs et l’enthousiasme communicatif de son directeur.

C’est au cours de ses études de troisième cycle que Rémi Quirion commence à se passionner pour le fonctionnement du cerveau. En choisissant d’étudier simultanément la maladie d’Alzheimer, la douleur, la schizophrénie et le rôle de certains neuropeptides dans l’anxiété et la dépression, ce touche-à-tout a toujours gardé une vision d’ensemble, car il est persuadé que le brassage d’idées qui en résulte ne peut qu’aboutir à une meilleure compréhension des choses. Fait exceptionnel, Rémi Quirion s’est illustré dans ces quatre domaines. Dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer, il est particulièrement reconnu pour avoir établi des liens entre différents phénotypes retrouvés dans le cerveau de personnes atteintes. Ses travaux, abondamment cités, mènent à l’élaboration de nouveaux médicaments. En étudiant par ailleurs le neuropeptide Y, Rémi Quirion découvre que cette substance connue pour stimuler l’appétit semble aussi jouer un rôle majeur dans l’anxiété et la dépression. Ses recherches sur le neuropeptide CGRP, quant à elles, pourraient conduire à la conception d’analgésiques plus efficaces, notamment contre les migraines. Depuis dix ans, enfin, le chercheur tente de comprendre pourquoi la schizophrénie se manifeste souvent au moment de la puberté, ce qui permettra peut-être de percer enfin les mystères de cette terrible maladie.

Proche de ses étudiants et collaborateurs avec qui il partage souvent une véritable complicité, toujours aussi épris de la découverte et du travail de recherche, Rémi Quirion excelle également dans son rôle d’administrateur, où il est entièrement dévoué à la cause de la santé mentale. Il sera éditeur en chef du Journal of Chemical Neuroanatomy et membre des comités éditoriaux de dix-huit publications savantes. Le Québec puis le Canada lui confient la supervision de leurs activités de recherche en santé mentale : de 1994 à 2001, il coordonne ainsi le Réseau de santé mentale du Fonds de recherche en santé du Québec; depuis décembre 2000, l’Institut canadien des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies des Instituts de recherche en santé du Canada.

Rémi Quirion a déjà reçu de nombreuses distinctions, dont le Prix du jeune chercheur du Club de recherches cliniques du Québec en 1989, le prix Heinz-Lehmann du Collège canadien de neuropsychopharmacologie en 1991, le prix Léo-Pariseau de l’Acfas et le prix Galien en 1997. Depuis 2003, il est membre de la Société royale du Canada et chevalier de l'Ordre national du Québec. Éternel bon vivant, il trouve encore un peu de temps pour relaxer en famille, voyager, cuisiner et skier. Passionné d’art, il est membre du conseil d’administration des Impatients. Cet organisme offre aux personnes atteintes d’une maladie mentale l’occasion de s’exprimer par les arts. Rémi Quirion se prend même parfois à rêver d’ouvrir une galerie d’art brut. Qui sait, peut-être un jour? Cependant, Rémi Quirion ne planifie pas. Il fait plutôt confiance à la vie et à l’avenir.


Wilder Penfield
Qui était Wilder Penfield ?
 

Date de remise du prix :
9 novembre 2004

Membres du jury :
Joséphine Nalbantoglu (présidente)
Jacques de Champlain
Gaétan Guillemette
Sylvie Marcoux
Donna Mergler



Texte :
Valérie Borde