Lionel-Boulet
Création de :
Christine Larochelle

Récipiendaire

Guindon, Yvan

Prix Lionel-Boulet 2006
Catégorie : Scientifique

Chimiste

Né le 7 novembre 1951
Montréal

Yvan Guindon - lauréat
Photo : Alain Désilets
Entrevue

Certaines personnes traversent la vie à une vitesse peu commune. Le docteur Yvan Guindon, directeur de l'Unité de recherche en chimie bio-organique de l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), fait décidément partie des gens dont la trajectoire professionnelle ressemble à un météore. Ce chimiste et administrateur de haut niveau a gravi les échelons du succès à un rythme fulgurant et contribué au rayonnement international non seulement de Merck Frosst Canada et de Bio-Méga/Boehringer Ingelheim à une époque où l'industrie pharmaceutique battait de l'aile, mais aussi de l'IRCM, fleuron québécois de la recherche biomédicale.

Tout au long de sa carrière, Yvan Guindon a acquis une grande renommée grâce à ses recherches en chimie thérapeutique, qui sont à l'origine de plus de 45 brevets. Il est considéré aujourd'hui comme l'un des chefs de file mondiaux dans le domaine des radicaux libres. Ses travaux actuels permettent d'entrevoir des solutions thérapeutiques en vue de contrôler, entre autres, les problèmes d'inflammation et les métastases cancéreuses. Outre ses découvertes scientifiques, ses qualités d'administrateur ont aussi permis de contribuer à la vigueur de l'industrie biopharmaceutique au Québec.

« La chimie m'a toujours attiré pour son côté artisanal, manuel, et son côté théorique, plus intellectuel », affirme l'éminent chimiste. Cet intérêt s'est effectivement traduit par une grande capacité de concilier la recherche biomédicale appliquée et la recherche fondamentale. En l'espace d'une vingtaine d'années, Yvan Guindon a occupé des postes de leadership dans deux grandes entreprises pharmaceutiques, soit Merck Frosst Canada et Bio-Méga devenue Bio-Méga/Boehringer Ingelheim, dont il a contribué au développement et à la survie au Québec, alors que l'industrie connaissait une « descente aux enfers », selon le chercheur.

« Pendant les années 70, il était très difficile de trouver un emploi comme chimiste au Québec, relate le docteur Guindon. Les postes de professeur dans les universités canadiennes étaient pratiquement inexistants et plusieurs compagnies pharmaceutiques fermaient leurs activités de recherche. » Yvan Guindon s'est finalement joint à une petite équipe de chercheurs chimistes chez Merck Frosst Canada. En un bref laps de temps, soit à peine quatre ans, sa créativité et la richesse de ses méthodes de travail ont vite été remarquées et l'ont propulsé au poste de directeur principal. Pendant cette période, ses intérêts de recherche ont porté sur la découverte de nouveaux traitements de l'asthme. Les efforts de toute l'équipe de recherche ont abouti à la mise au point du médicament Singulair. Cette percée thérapeutique considérable est utilisée de nos jours à grande échelle.

En 1987, Bio-Méga, une des premières entreprises québécoises spécialisées en biotechnologie, lui offre un poste de directeur scientifique. « L'entreprise n'allait pas bien, avance le docteur Guindon. Or, nous avons réussi ici aussi à bâtir un groupe de chimie très fort. » Son équipe a travaillé d'arrache-pied à la mise au point de médicaments antiviraux, liés notamment au VIH et à l'herpès, ainsi que pour le traitement des maladies cardiovasculaires. Ses efforts ont porté des fruits, car, en moins de un an, il est nommé vice-président à la recherche et au développement chez Bio-Méga/Boehringer Ingelheim et a directement contribué au positionnement nord-américain de cette multinationale. « Il faut être rêveur dans la vie, déclare-t-il. Les découvertes n'arrivent pas seules. La façon moderne de trouver des médicaments consiste à faire travailler beaucoup d'individus ensemble sur des cibles bien précises. »

« À 43 ans, j'ai décidé de faire le saut dans le milieu universitaire, explique Yvan Guindon, alors que le passage d'un chercheur industriel vers ce milieu est plutôt rare. » Michel Bélanger (« l'un des grands bâtisseurs de la Révolution tranquille », selon Yvan Guindon), président en 1994 du conseil d'administration de l'IRCM, le sollicite alors d'occuper le poste de directeur scientifique de l'IRCM, affilié à l'Université de Montréal. Une fois sur place, le docteur Guindon, convaincu que l'IRCM peut se positionner dans les grandes ligues internationales de la recherche, engage des scientifiques de haut niveau, met en oeuvre un plan de développement des infrastructures de recherche et s'entoure d'une solide équipe de gestion. Sa vision sera concrétisée. En 2004, au terme de son mandat, l'IRCM se classe au premier rang des institutions et centres de recherche du Québec. Les chercheurs de l'IRCM bénéficient désormais d'un environnement de travail exceptionnel, unique à Montréal et parmi les meilleurs au Canada.

Parallèlement à ses responsabilités de directeur, le docteur Guindon a démarré l'unité de recherche en chimie bio-organique à l'IRCM où il travaille maintenant à temps plein. Ce chercheur a réussi à créer une ambiance de travail chaleureuse dans son laboratoire où de jeunes chimistes se penchent sur leurs fioles tout en écoutant du soft rock. Les conférences à l'étranger sont en outre agrémentées de pauses à la mer, photos à l'appui! « Comme l'un de mes anciens professeurs m'a déjà dit un jour, notre métier doit aussi être notre passe-temps », soutient le docteur Guindon.

Yvan Guindon se démarque également par son attachement à Montréal et au Québec en particulier. Il a fait toutes ses études universitaires, y compris en vue de l'obtention de son doctorat, à l'Université de Montréal. Tout au long de sa carrière, il a choisi de rester au Québec, alors qu'il aurait pu assumer un prestigieux poste de direction du volet international de chimie chez Merck Frosst au New Jersey. « Lorsque j'ai refusé, mes amis se sont inquiétés de ma faculté de jugement », raconte-t-il, sourire aux lèvres. « La qualité de la chimie au Québec est certainement l'une des raisons pour lesquelles l'industrie pharmaceutique s'est établie au Canada », souligne-t-il, fier de l'impulsion qu'il a donnée à ce secteur.

À l'heure actuelle, le docteur Guindon mise énormément sur la formation de la relève scientifique : « En tant que chercheur, on ne sait jamais quand on va faire une grande découverte; par contre, nous savons que nous formons des étudiants. » Persuadé que l'économie du savoir exige une main-d'oeuvre de haut niveau, le docteur Guindon fait du réinvestissement dans l'enseignement supérieur son cheval de bataille. « L'avenir du Québec repose sur ses ressources humaines hautement qualifiées », prédit-il.

Le docteur Guindon a reçu d'importantes distinctions durant sa carrière. Il est membre de l'Institut de chimie et de la Société royale du Canada. Il s'est vu décerner le prix Marcel-Piché, remis à un chercheur de l'IRCM pour souligner la qualité de ses réalisations et sa contribution à l'avancement de la communauté scientifique québécoise. Il est également membre de l'Ordre du Canada, soit la plus haute distinction honorifique canadienne pour l'oeuvre d'une vie entière.


Lionel Boulet
Qui était Lionel Boulet ?
 

Date de remise du prix :
8 novembre 2006

Membres du jury :
Paul L'Archevêque (président)
Denis N. Beaudry
Robert Corriveau
Charles Despins
Lucie Lapointe


Texte :
Nathalie Dyke