Wilder-Penfield
Création de :
Christine Larochelle

Récipiendaire

Karpati, George

Prix Wilder-Penfield 2006
Catégorie : Scientifique

Neurologue

Né le 17 mai 1934
Debrecen (Hongrie)
Décédé le 6 février 2009
Montréal

George Karpati - lauréat
Photo : Alain Désilets
Entrevue

Malgré les fulgurants progrès scientifiques, les maladies du système nerveux chez l'être humain posent encore de sérieux défis aux chercheurs et aux cliniciens. Pouvant frapper n'importe qui et survenir à tout âge, ces maladies sont connues pour être difficiles à diagnostiquer et à traiter. Or, grâce au travail et à la persévérance du docteur George Karpati, directeur du Groupe de recherche neuromusculaire à l'Institut et hôpital neurologiques de Montréal (INM), communément appelé « le Neuro » de l'Université McGill, des milliers de patients aux prises avec ces maladies dévastatrices peuvent espérer voir un traitement être mis en marché au cours des prochaines années. « Nous y sommes presque, affirme cet éminent neurologue. Plusieurs de nos procédés expérimentaux sont sur le point d'être testés sur des sujets humains. »

Discret en ce qui a trait à sa propre contribution, le docteur Karpati, titulaire aussi depuis 1985 de la Chaire de neurologie Isaac Walton Killam, est spécialisé dans le domaine des dystrophies musculaires. Parmi la communauté de chercheurs, il sera le premier à démontrer où se trouve la dystrophine dans les fibres musculaires. Ses recherches ont permis de constater que cette protéine était absente chez les patients qui souffrent de la dystrophie musculaire de Duchenne, celle sur laquelle s'est particulièrement penché le neurologue. Outre cette découverte, il sera aussi le premier à établir que le profil histochimique des fibres neuromusculaires peut être transformé par le croisement des nerfs moteurs lents et rapides, indication que les nerfs moteurs contrôlent les mécanismes chimiques des fibres musculaires.

En thérapie génique, la recherche médicale a fait des bonds énormes depuis vingt ans. « L'arrivée de la science moléculaire durant les années 80 a fait avancer les connaissances dans le domaine des dystrophies musculaires plus que dans tout autre champ de la neurologie », souligne le docteur Karpati. Confiant que ces nouvelles formes de traitement ultra-évoluées permettront encore de faire des percées importantes, le neurologue met alors sur pied une solide équipe pluridisciplinaire spécialisée dans la conception de thérapies géniques pour traiter les maladies neuromusculaires.

Né en Hongrie, George Karpati émigre au Canada à la fin des années 50. « Je voulais étudier dans un domaine qui se démarquait et qui était d'envergure internationale, raconte le chercheur. La neurologie était une discipline très avant-gardiste. » Et le Canada est, à ce moment-là, beaucoup plus accessible que les États-Unis où plusieurs de ses compatriotes qui fuient la Hongrie souhaitent émigrer. Le docteur Karpati commence ainsi ses études de médecine en 1960 à l'Université Dalhousie à Halifax et est vite attiré par la qualité des recherches menées à l'INM de l'Université McGill. « La science était en plein essor, se souvient-il. Les troubles neuromusculaires représentaient le champ de la neurologie le plus en vogue. »

Le jeune médecin reçoit en 1965 une bourse pour étudier aux National Institutes of Health à Bethesda dans le Maryland. Or, juste avant son départ, Francis McNaughton (« un saint homme », selon George Karpati), neurologue en chef et l'un des pionniers de l'INM, le pressent pour s'assurer qu'il reviendra au Québec afin de poursuivre ses recherches à l'INM. En 1967, le docteur Karpati crée le Groupe de recherche neuromusculaire à l'INM, lequel, sous sa direction, n'a cessé de se développer et figure aujourd'hui comme l'un des plus importants centres de recherche au monde dans ce domaine. « La suite n'est qu'histoire », affirme-t-il.

En fait, le docteur Karpati voue un attachement très fort à l'INM, à son histoire et à son fondateur, le docteur Wilder Penfield, dont il parle volontiers lors de ses nombreuses conférences à l'étranger. Maintes fois invité à aller travailler aux États-Unis, le docteur Karpati conservera toujours sa loyauté envers l'INM. Mal à l'aise avec le style de vie nomade que certains scientifiques choisissent, il considère comme plus important de bâtir son oeuvre au même endroit, ce qui a porté des fruits. « L'INM est, en quelque sorte, devenu un empire en neurologie au Canada », déclare-t-il, fier d'indiquer que son collègue de l'INM, le docteur Frederick Andermann, a aussi été lauréat du prix Wilder-Penfield en 2003.

Pour ce chercheur déterminé, le succès universitaire ne repose que sur le travail et la créativité. « J'ai tout simplement travaillé fort, je suis resté concentré sur mon travail, j'ai publié le résultat de mes recherches, et cela a fait boule de neige », avance-t-il humblement. Or, le docteur Karpati a apporté une contribution exceptionnelle au développement de la recherche ainsi qu'à la formation de chercheurs et de médecins travaillant maintenant au Québec, au Canada et dans plusieurs autres pays. Très apprécié de ses étudiants, il a reçu le prix « Meilleur professeur » décerné par les résidents en neurologie de l'Université McGill.

Le docteur Karpati tente depuis longtemps d'accroître la formation en neurologie des futurs médecins. « Les maladies neuromusculaires sont difficiles à diagnostiquer avec précision, et la plupart des médecins de famille ne connaissent pas la gamme des symptômes qu'elles peuvent générer », mentionne-t-il. Compte tenu de la méconnaissance qui règne encore en ce qui a trait aux dystrophies musculaires, et du pénible isolement que connaissent les personnes atteintes, le docteur Karpati considère que le public devrait également être sensibilisé davantage à la réalité de ces troubles. « Le travail bénévole des associations de patients est fondamental », affirme-t-il en soulignant que les médecins ne sont pas toujours les meilleures sources d'information. « L'arrivée d'Internet a cependant permis de faire circuler l'information sur ces troubles et de mieux renseigner les personnes atteintes. »

Homme de principes, George Karpati est aussi loyal à sa famille qu'à son lieu de travail. Par exemple, il a pris soin de sa mère âgée jusqu'à son décès. Ce fait explique également sa présence stable à Montréal. « Cela a scellé mon destin à cet égard », reconnaît-il. Père de deux fils dans la vingtaine (l'un a suivi ses traces en santé publique à New York, tandis que l'autre se bâtit une carrière en journalisme), le docteur Karpati est, en outre, amateur d'antiquités. Il a longtemps collectionné les verres et les meubles anciens « à l'époque où ils étaient encore abordables! »,
précise-t-il.

En près de 40 ans de carrière, le docteur Karpati s'est vu remettre de nombreux prix et distinctions : il a reçu la Médaille commémorative du Gouverneur général du Canada; il est membre de la Société royale du Canada et membre élu de l'Académie des sciences hongroises; et il a été nommé officier de l'Ordre du Canada. Le docteur Karpati a aussi obtenu le Prix d'excellence professionnelle de la section du Québec de l'Association canadienne de la dystrophie musculaire et de la Société canadienne de recherches cliniques.


Wilder Penfield
Qui était Wilder Penfield ?
 

Date de remise du prix :
8 novembre 2006


Membres du jury :
Rémi Quirion (président)
Léa Brakier-Gingras
Lucie Germain
Donna Mergler
Raymund J. Wellinger



Texte :
Nathalie Dyke