Armand-Frappier
Création de :
Christine Larochelle

Récipiendaire

Labrie, Fernand

Prix Armand-Frappier 2006
Catégorie : Scientifique

Endocrinologue

Né le 28 juin 1937
Laurierville

Fernand Labrie - lauréat
Photo : Alain Désilets
Entrevue

Alors que le cancer continue de faire des ravages, les scientifiques travaillent d'arrache-pied pour trouver des méthodes plus efficaces de traitement et de prévention. Dans cette course contre la montre, une équipe québécoise a réussi des percées impressionnantes qui profitent à des milliers de personnes atteintes ou à risque de cancer partout au monde. « Nous avons remporté la victoire contre le cancer de la prostate », affirme le docteur Fernand Labrie, professeur au Département d'anatomie et de physiologie de l'Université Laval et directeur scientifique du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL) à Québec.

Grâce aux découvertes majeures en endocrinologie moléculaire et à la détermination de ce chercheur de renommée internationale, le cancer le plus fréquent chez les hommes peut désormais être guéri lorsqu'il est diagnostiqué tôt et traité immédiatement après son diagnostic « De 1992 à 2002, au Québec comme aux États-Unis, le taux de décès a aussi baissé de 25 p. 100 chez les hommes souffrant du cancer de la prostate », renchérit le docteur Labrie.

La première découverte du docteur Labrie dans le traitement du cancer de la prostate est d'avoir trouvé, en 1979, le processus de la « castration chimique », méthode de traitement qui a rapidement remplacé la castration chirurgicale et l'administration d'oestrogènes dans le traitement du cancer de la prostate à l'échelle mondiale. L'importance majeure de cette découverte et de son acceptation généralisée est démontrée par le fait que ce traitement est vendu sur le plan international depuis 15 ans pour une valeur annuelle de 3 milliards de dollars.

Le Centre de recherche du CHUL, que le docteur Labrie dirige depuis plus de 24 ans, s'apprête aussi à vivre un cinquième agrandissement en près de 30 ans. Dès 2007, s'ajoutera une infrastructure unique de recherche fondamentale et clinique en génomique, protéomique et bio-informatique, ce qui augmentera du même souffle le nombre d'employés : il passera ainsi de 1 200 à 1 600. À lui seul, ce centre accomplit la moitié des travaux de recherche en santé de l'Université Laval.

Quelle est la recette d'un tel succès? « Il n'y a pas de miracle, explique le docteur Labrie. Il faut suivre une idée sans se laisser ralentir et travailler plus fort que les autres, c'est tout. » Ayant côtoyé le professeur Frederick Sanger, lauréat à deux reprises du prix Nobel de médecine, à l'Université Cambridge en Angleterre durant les années 60 pendant sa formation postdoctorale, Fernand Labrie a appris à « accorder une importance relative aux choses ». « En travaillant près de lui, j'ai vu comment il procédait. Il faisait très peu d'administration. Le secret, c'est d'établir des règles très claires que tout le monde connaît et suit », avance-t-il. Et ces règles sont celles de la performance. La solide équipe de chercheurs de son centre, dont plusieurs sont originaires de Chine, d'Argentine ou d'Espagne, sait que, selon le nombre de publications, de subventions obtenues et d'étudiants encadrés, l'espace accordé ainsi que le soutien technique et de bureau suivront : « L'idée, c'est de faire les choses comme il faut, de constamment essayer d'être le meilleur possible : cela a toujours été mon ambition. »

Fernand Labrie est né à Laurierville dans la région du Centre-du-Québec en 1937. Étudiant au Séminaire de Québec dès l'âge de 12 ans, il se démarque sans cesse par ses réussites et son leadership. Lauréat du prix Prince-De Galles et ayant obtenu la Médaille du Gouverneur général du Canada à 20 ans, il se place au deuxième rang de sa promotion en médecine à l'Université Laval tout en étant président de classe. Il entreprend d'abord ses études doctorales avec Claude Fortier, chercheur réputé en endocrinologie à l'Université Laval, de 1962 à 1965, et termine ensuite des études postdoctorales à Cambridge en Angleterre - « un endroit incroyable, là où il fallait être présent dans le peloton de tête en science » - accompagné de son épouse et de ses trois premiers enfants. En 1969, il revient au Québec et fonde le premier laboratoire d'endocrinologie moléculaire au monde. « J'ai toujours été attiré par le quantitatif et, dans le domaine de l'endocrinologie, on peut mesurer de façon très précise chaque hormone, explique le docteur Labrie. C'est une discipline beaucoup plus quantitative que n'importe quelle autre discipline médicale. »

Les projets actuels du docteur Labrie portent sur le cancer du sein et les thérapies hormonales de remplacement durant la ménopause : « Notre objectif est d'atteindre la même victoire que pour le cancer de la prostate, et mieux encore : nous voulons prévenir le cancer du sein avant de le guérir. » Son laboratoire a d'ailleurs mis au point l'acolbifene. Ce puissant médicament, qui en est au stade des dernières études cliniques avant sa mise en marché, pourrait prévenir et traiter le cancer du sein dont une femme sur huit est atteinte au cours de sa vie.

La quantité de travail que ce chercheur abat est tout simplement phénoménale. Infatigable, il travaille six jours par semaine jusqu'à 22 h. En plus de ses activités de recherche, il a été très engagé pendant toute sa carrière dans le domaine sportif. Président à quelques reprises des compétitions de la Coupe du monde de ski alpin, il a aussi présidé le comité de candidature de la Ville de Québec comme ville hôte pour les Jeux olympiques d'hiver de 2010. Père de cinq enfants et grand-père de treize petits-enfants, il a transmis à sa famille l'ambition de la réussite et le plaisir de la compétition. Deux de ses filles ont fait partie des équipes canadiennes de ski alpin et de ski nautique.

Alors qu'il aurait pu faire carrière en Angleterre, le docteur Labrie a, sans conteste, contribué directement au rayonnement de sa région. « Je me suis toujours dit qu'il y avait moyen de réussir à Québec, affirme-t-il. Le milieu des affaires m'a beaucoup aidé, ces gens comprennent l'importance d'investir en recherche. » Plusieurs compagnies - dont Æterna Zentaris, BioChem Vaccins, Anapharm et Infectio Diagnostic - ont démarré à la suite des découvertes réalisées au Centre de recherche du CHUL. Le chercheur Labrie a d'ailleurs été nommé « Entrepreneur de l'année 2006 » par la Chambre de commerce de Québec à la suite d'un vote populaire.

Pour le docteur Labrie, le Québec gagne à investir davantage en recherche. « Le savoir, c'est ce qui rapporte aujourd'hui. Pour faire de l'argent, il faut vendre aux autres et pour vendre, il faut découvrir ce que les autres n'ont pas », déclare-t-il, convaincu. Il souhaiterait aussi que les jeunes soient davantage attirés par une carrière scientifique. « Notre avenir dépend de la science qui va supporter l'économie. Ceux qui ont du talent doivent l'exploiter, mais c'est une responsabilité collective, avance-t-il. La science devrait être mieux enseignée. »

Chercheur canadien le plus cité dans la littérature scientifique internationale, toutes disciplines confondues, le docteur Labrie a reçu la Médaille du Collège de France de même que le titre d'officier de l'Ordre national du Québec et de l'Ordre du Canada. Il est membre également de la Société royale du Canada. Le Conseil des arts du Canada lui a accordé le prestigieux prix Isaac-Walton-Killam en reconnaissance de son exceptionnelle contribution à l'avancement des sciences de la santé.


Armand Frappier
Qui était Armand Frappier ?
 

Date de remise du prix :
8 novembre 2006

Membres du jury :
Robert L. Papineau (président)
Claire V. de la Durantaye
Janyne M. Hodder
Jacques G. Martel
Carole Voyzelle


Texte :
Nathalie Dyke