Marie-Victorin
Création de :
Daniel Moisan

Récipiendaire

Charette, André

Prix Marie-Victorin 2008
Catégorie : Scientifique

Chimiste

Né le 9 septembre 1961
Montréal

André Charette - lauréat
Photo : Rémy Boily
Entrevue

La science est véritablement une affaire de créativité. André Charette, professeur titulaire au Département de chimie de l’Université de Montréal, a su inventer de puissantes techniques permettant de constituer des molécules de formes et de caractéristiques précises. En plus d’avoir une importance fondamentale en chimie, ses découvertes suscitent un fort intérêt de la part des fabricants de produits chimiques et pharmaceutiques. Pour ce chimiste de calibre international, la chimie organique, son domaine d’excellence, peut d’ailleurs être comparée à l’architecture. « Ce qui me fascine, c’est de partir de molécules simples et de bâtir des molécules complexes, explique-t-il. Un peu comme un architecte qui envisagerait de faire un édifice très complexe. »

Le parcours d’André Charette est exceptionnel. Titulaire de la Chaire industrielle en synthèse stéréosélective des médicaments, financée par les entreprises Merck Frosst et Bio-Méga (filiale de Boehringer-Ingelheim) et de la Chaire de recherche du Canada sur la synthèse stéréosélective des molécules bioactives, le professeur Charette a, à son actif, une liste impressionnante de distinctions témoignant de façon éloquente de son apport exceptionnel à la synthèse organique. Ces deux chaires consacrent, en quelque sorte, la nature fondamentale des travaux du chercheur qui se traduisent souvent en applications courantes pour l’industrie pharmaceutique en vue d’améliorer ses procédures et sa production. Le travail réalisé au laboratoire d’André Charette a permis la synthèse efficace de nombreux produits pharmaceutiques, comme des anticancéreux, des agents anti-HIV ou des immunosuppresseurs.

Les résultats de ses travaux figurent maintenant dans les manuels de référence de chimie organique. Régulièrement invité à présenter ses découvertes lors de conférences dans les plus grandes universités notamment en France, au Japon, en Chine et en Grande-Bretagne, André Charette est aussi reconnu pour le nombre et la qualité de ses publications. Depuis les cinq dernières années seulement, il a publié une douzaine de fois dans l’un des plus prestigieux périodiques en chimie, le Journal of the American Chemical Society, à raison de trois articles par an – un record que peu de chimistes peuvent atteindre.

Chercheur prolifique depuis vingt ans, André Charette dirige aujourd’hui l’un des laboratoires les plus importants au monde dans le domaine de la chimie organique de synthèse. Ses travaux sur la synthèse stéréosélective de composés organiques profitent à de nombreux domaines, dont la médecine et les sciences pharmaceutiques en particulier. Considéré comme le meilleur chimiste canadien en synthèse organique et l’un des plus grands à l’échelle mondiale, André Charette s’est taillé une réputation internationale pour avoir posé de nouveaux jalons et trouvé des raccourcis dans la synthèse de molécules complexes actives sur le plan biologique.

André Charette est né à Montréal en 1961. Dès l’adolescence, il a su que la chimie allait marquer sa vie. Sourire en coin, il se plaît à raconter que, lors de ses études au Collège Notre-Dame, il avait de la difficulté à réussir son cours de sciences en troisième secondaire. Pour tenter de le motiver davantage, ses parents lui ont offert à Noël un jeu de chimie. « Ce fut le coup de foudre, raconte-t-il. Le jeu de chimie est devenu un peu plus gros, ma passion a pris de l’ampleur, au grand désespoir de mes parents, dans le sous-sol de la maison. »

Ayant lu tous les livres de base de chimie, André Charette se retrouve nettement en avance devant ses collègues de classe. Il réussit haut la main ses études de premier cycle à l’Université de Montréal pour ensuite, selon les conseils de Stephen Hanessian (prix Marie-Victorin, 1996), faire ses études supérieures à l’Université Rochester et un stage post-doctoral à l’Université Harvard sous la direction du professeur David A. Evans, une sommité dans le domaine de la chimie organique.

À 27 ans, André Charette commence sa carrière à l’Université Laval. Trois ans plus tard, en 1992, il se joint au Département de chimie de l’Université de Montréal. Rapidement, il développe un imposant groupe de recherche qui compte aujourd’hui 27 chercheurs et attire l’attention de ses pairs par la qualité et l’originalité de ses travaux. « Mon groupe s’intéresse principalement à la synthèse de nouvelles molécules et à développer des voies de synthèse qui sont beaucoup plus efficaces que celles qui existent déjà, explique André Charette. En fin de compte, cela permet de produire des médicaments plus performants et des indices sur des mécanismes d’action de certaines molécules. »

Outre les nombreuses avancées issues de son laboratoire dans le domaine de la chimie organique, André Charette apprécie plus que tout d’enseigner auprès de ses étudiants et de les voir évoluer en recherche. Son laboratoire s’est fait connaître aussi pour la richesse de son climat intellectuel et son dynamisme. Ce passionné de pédagogie a formé de nombreux chimistes qui travaillent aujourd’hui dans les plus grandes compagnies pharmaceutiques, à tel point qu’il est question dans le milieu du « pipeline Charette ».

Humble devant ses propres découvertes, le professeur Charette estime d’ailleurs que la formation d’un grand nombre de chercheurs de haut calibre, dont la plupart travaillent à Montréal, marque le point le plus fort de sa carrière. « Interagir avec les étudiants est ce qui me plaît le plus, affirme-t-il. Mon but, c’est de leur permettre d’accomplir ce qu’ils veulent pour leur carrière. Les aider à atteindre cet objectif est plus important que dix publications par année! »

Soucieux de l’impact de ses recherches sur l’environnement, André Charette et son équipe prévoient consacrer les prochaines années à la recherche, entre autres, d’une nouvelle façon de rendre les synthèses organiques plus efficaces, moins nuisibles pour l’environnement. « Puisque nous devons utiliser beaucoup de solvants pour obtenir une réaction donnée, nous devons trouver une façon de les recycler ou de ne pas en utiliser du tout », explique-t-il.

Grand sportif, André Charette n’a plus le temps de jouer trois heures par jour au tennis comme il le faisait avant d’aller étudier aux États-Unis. En revanche, convaincu de l’importance de mener une vie équilibrée, il continue de pratiquer le jogging et la bicyclette. Père de famille très impliqué, il arrive dès 6 h à son laboratoire pour pouvoir s’occuper en fin de journée de ses deux enfants. Bien que sa conjointe soit aussi professeure en génie biomédical, il assure « qu’on ne parle pas de science à la maison! »

Ce chimiste a reçu certains des prix les plus prestigieux au Canada et, en particulier, la Bourse Steacie, offerte aux chercheurs les plus prometteurs âgés de moins de quarante ans par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. La Société chimique canadienne lui a aussi remis le célèbre prix Lemieux et la Société chimique américaine, le prix Arthur C. Cope. Le professeur Charette a été récemment élu membre de la Société royale du Canada et se joint à un groupe très restreint de chercheurs ayant obtenu cet honneur avant l’âge de cinquante ans.

« L’important dans la vie, c’est de trouver ce qui nous passionne, affirme-t-il. Je ne vois pas les journées passer! Tous les matins, j’arrive au laboratoire avec la même passion qui m’habite depuis trente ans pour la chimie. »


Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Membres du jury :
Michel J. Desrochers (président)
Charles A. Lin
Jean-Claude Kieffer
Céline Audet
Anna M. Ritcey



Texte :
Nathalie Dyke