Léon-Gérin
Création de :
Pierre-Yves Paquette

Récipiendaire

Adler, Nancy J.

Prix Léon-Gérin 2010
Catégorie : Scientifique

Gestion internationale

Née le 3 octobre 1948
Inglewood, Californie, États-Unis d'Amérique

Nancy J. Adler - lauréate
Photo : Rémy Boily
Entrevue

En cette ère de mondialisation où les frontières entre les pays et les cultures semblent avoir pratiquement disparu, les multinationales et autres organisations internationales composent de plus en plus avec des réalités multiculturelles. Le monde évolue désormais en synergie avec les éléments qui le composent pour ne créer qu’un seul espace où se rencontrent les idées, les compétences et les expériences de chacun. Ce contexte oblige les gestionnaires à revoir leurs modèles de gestion, notamment la gestion des ressources humaines, non plus seulement par souci de gérer de façon efficace la diversité culturelle, mais bien pour pouvoir bénéficier pleinement de la richesse qui émane de ces nouvelles interactions.

À la fin du siècle dernier, alors que la tendance en enseignement des affaires est de comparer entre eux les modèles de gestion des pays, la professeure Nancy J. Adler apporte un éclairage nouveau, en mettant en lumière les forces liées à une approche internationale et interactive. Elle crée alors un nouveau champ d’études, la gestion interculturelle, passant de la comparaison des cultures entre elles à la notion d’interaction culturelle. À ses yeux, il ne s’agissait plus de découvrir comment les gens travaillent ensemble au sein d’une même culture, mais bien de découvrir et de comprendre les différents modèles d’interaction entre les gens issus de diverses cultures. Quelles étaient donc les conditions favorables, ou défavorables, à une collaboration constructive en contexte d’interculturalisme et quels bénéfices pouvait en retirer le monde? Ces questionnements vont motiver les recherches de la professeure Adler pour des années à venir et vont nourrir sa croyance voulant que les humains soient capables d’accomplir de grandes choses lorsqu’ils unissent leurs forces.

Elle-même issue d’une union interculturelle, son père étant originaire des États-Unis et sa mère de l’Autriche, Nancy J. Adler a vu le jour à Los Angeles en 1948. Elle vit au Québec depuis maintenant 30 ans. Elle a fait ses études dans sa ville natale à l’Université de Californie, où elle a décroché un baccalauréat en économie et une maîtrise ainsi qu’un doctorat en gestion. Lorsque Nancy J. Adler arrive à Montréal pour y enseigner, elle découvre une ville des plus cosmopolites, ce qui l’enchante et l’incite à y travailler. Dans les années 1980, elle devient professeure titulaire à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. Elle est la première femme à être promue professeure adjointe et agrégée à cette faculté. Elle y est aussi titulaire, depuis 2007, de la Chaire Samuel-Bronfman en gestion. Au fil des années, Nancy J. Adler est devenue une sommité internationale en matière de gestion interculturelle et de leadership mondial.

L’intérêt de la professeure Adler pour le leadership mondial a revêtu une importance particulière lorsqu’elle a commencé à s’intéresser, dans les années 1980, à la représentation des femmes gestionnaires à l’étranger. L’expatriation de ces femmes dans d’autres pays comportait un lot de préjugés si grand, que les entreprises et les organisations hésitaient à leur confier des mandats à l’international. On alléguait alors que, parce qu’elles étaient des femmes, certains dirigeants étrangers n’allaient pas vouloir faire des affaires avec elles, alors que dans les faits, il en était autrement. Il est ressorti des études de la professeure Adler que, aux yeux de ces dirigeants, le statut d’étrangère de ces femmes primait sur leur genre. La professeure Adler a ainsi contribué à faire tomber les préjugés, en plus de mettre en lumière plusieurs qualités des femmes dirigeantes à l’étranger, dont leurs habiletés interrelationnelles. Ses études sur les femmes lui ont inspiré la rédaction des livres Women in Management Worldwide et Competitive Frontiers: Women Managers in a Global Economy. Elle a aussi reçu le prix Femme de mérite du YWCA.
Reconnue pour sa rigueur et son excellence en recherche, ainsi que pour ses qualités de pédagogue, la professeure Adler a acquis une solide réputation internationale dans son domaine. Elle a donné plus de 500 conférences partout dans le monde et a écrit une dizaine d’ouvrages dont l’International Dimensions of Organizational Behavior, qui a été tiré à plus de 750 000 exemplaires à l’échelle mondiale. En plus de la recherche et de l’enseignement, elle agit à titre de conseillère auprès de diverses organisations, dont de grandes multinationales présentes au Québec. En collaborant avec ces organisations, elle tente d’enseigner l’art d’être un bon gestionnaire, en incorporant la dimension de la créativité et en faisant ressortir le côté humain de la gestion. Tout au long de sa carrière, les travaux de recherche de la professeure Adler et son intervention auprès des organisations ont contribué à révolutionner les pratiques de gestion de plusieurs dirigeants. Ils ont aussi fortement influencé l’intégration de l’enseignement de la gestion interculturelle dans les programmes d'études des universités.

Cette femme d’exception a reçu plusieurs honneurs : en 1992, elle devient la première professeure canadienne à intégrer les rangs de l’Academy of International Business, ce qui fait d’elle la deuxième femme à obtenir ce titre, et, en 2004, elle devient membre de la Société royale du Canada. Au cours des années, elle a reçu plusieurs prix, dont le prestigieux Prix de l’enseignement 3M, à titre de professeure d’université la plus remarquable, toutes disciplines confondues, le Prix Georges Petitpas de la Fédération mondiale des associations en ressources humaines et le Prix leadership international de la Society for Intercultural Education, Training and Research.

Parce que l’exercice du leadership est un art, Nancy J. Adler s’adonne également à la peinture et elle développe avec passion cette facette artistique de sa personnalité. Pour elle, l’art est un moyen unique de renouer avec ce qu’il y a de meilleur en l’humain. Dans une exposition intitulée Reality in Translation: Art Transforming Apathy into Action, présentée à The Banff Center et à la galerie MX de Montréal, elle extériorise ce qu’elle est et ce qui l’anime dans la vie. Dans un monde où tout s’enchaîne si rapidement, elle rêve que les gens prennent le temps de se reconnecter avec eux-mêmes et qu’ils prennent conscience du rôle essentiel qu’ils ont à jouer dans la construction d’un monde meilleur. Aux plus jeunes qui suivront les traces de l’enseignement, la professeure Adler conseille de poser des questions qui ont de la valeur. Selon elle, la société appuie les universités pour nous permettre de continuer à poser les bonnes questions, celles qui ont de l’importance et qui feront une différence dans le monde.


Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Membres du jury :
Jean-Herman Guay (président)
Claire Chamberland
John W. Galbraith
Marie-Andrée Roy



Texte :
MDEIE