Georges-Émile-Lapalme
Création de :
MARC - Marinescu Constantin

Récipiendaire

Duval, Jacques

Prix Georges-Émile-Lapalme 2011
Catégorie : Culturelle

Né le 21 juin 1934
Lévis

Jacques Duval - lauréat
Photo : Rémy Boily
Entrevue

« C’est de loin la plus belle récompense, le plus touchant hommage qu’on m’ait jamais offert », avoue le respecté communicateur Jacques Duval en apprenant qu’il recevra le prix Georges-Émile-Lapalme. Jacques Duval est celui-là même qui a enseigné aux Québécois et aux Québécoises à parler d’automobile en français. À la fin des années 1960, l’univers des voitures, de la mécanique comme celui de la machinerie lourde se déclinaient dans un charabia d’anglicismes parfaitement incompréhensibles ailleurs dans la francophonie. « Ça a été mon combat personnel et je m’y suis tenu, envers et contre tout », déclare-t-il. On peut imaginer qu’à l’époque, cette bataille tenait un peu de la prouesse… sportive!

Autodidacte, Jacques Duval doit son plaisir du mot juste à une autre de ses passions immodérées : la chanson française. C’est pour s’approprier les termes inconnus des paroliers qu’il a parcouru en tous sens les pages du Larousse. Adolescent, il arpentait Paris en pensée par l’entremise des chansons de Charles Trenet, Édith Piaf, Boris Vian ou Yves Montand. La musique des bals musettes le ravissait. Il connaissait des centaines de textes et d’interprètes, il écoutait tout, lisait tout. « Je pourrais encore décrire la couleur et le design des pochettes de disques! Toutes mes économies y passaient. » Sa voix chaude et sa connaissance de la chanson allaient d’ailleurs lui donner accès aux ondes… à 16 ans.

En 1951, Duval n’est pas peu fier d’avoir vaincu sa timidité et remporté un concours d’amateurs à Québec dont le prix est un emploi d’été à CHRC. Finalement, c’est la station rivale, CKCV, qui lui offre un poste à temps plein. Enfant unique d’un couple de Lévis largement épris de commerce et de la nécessaire maîtrise de l’anglais, Jacques Duval se rappelle la déception de sa mère quand il quitte l’école sur-le-champ, en 11e année, martelant qu’il ne deviendra jamais directeur de banque. Sachant son fils inflexible, madame Duval vient à Montréal demander conseil au grand Miville Couture. Y a-t-il de l’avenir dans ce nouveau métier dont s’est entiché son garçon? L’animateur vedette de Radio-Canada la rassure. Si le jeune homme est prêt à travailler très fort et s’il lit énormément, il ne regrettera sans doute pas ses études interrompues. Et sa mère non plus.

À Québec, Jacques Duval a tout fait : annonceur, reporteur aux faits divers, aux émissions de nuit, à la couverture de la visite de la princesse Élisabeth. Mais ce qu’il préfère, c’est le travail d’animateur de Paris Chante et de France Dimanche, consacrées à la chanson française. Embauché à CKVL en 1954, il s’établit à Montréal à l’âge de 19 ans et devient le plus jeune animateur à captiver l’auditoire d’une grande radio montréalaise.

Pendant plus de 15 ans, Jacques Duval se fait connaître surtout grâce à des émissions qui traitent des succès de l’heure. Il interviewe tous les grands de la chanson venus présenter leur tour de chant dans les cabarets de Québec et de Montréal. Mais il a surtout l’audace de créer des émissions comme Le Club du disque canadien qui, dès 1955, fait la promotion de la chanson québécoise. En 1960, il passe à Télé-Métropole. Il anime 33 tours, Le monde du spectacle, Le Club du disque et inaugure sa célèbre chronique Le cimetière du disque, qui enterre (!) les plus mauvaises chansons, souvent des traductions pitoyables de l’anglais… Il veut faire connaître et aimer les interprètes et chansonniers québécois débutants. Ginette Reno, Claude Gauthier, Robert Charlebois et Pierre Létourneau lui doivent une fière chandelle. Certains deviennent ses copains. Jean-Pierre Ferland aurait composé Les fleurs de macadam sur le siège du passager de sa Porsche super 90, en 1961.

« Il y a 50 ans, on ne pouvait faire de la radio que si on possédait un français de grande qualité et une belle voix, comme on disait alors. On rêvait tous d’être embauchés à Radio-Canada, la consécration! Avec le recul, on mesure combien on parlait très pointu ″dans la grande maison″. La langue manquait de naturel, ampoulée pour rien. C’était l’époque… Aujourd’hui, les voix sont de tous ordres et c’est bien ainsi; on valorise davantage les connaissances des gens qui sont derrière le micro que la couleur de leur timbre. Mais la pauvreté du français parlé en ondes, partout au Québec, est inquiétante et désolante. Pourquoi aimons-nous si mal notre langue? Nous aimons-nous donc si peu? » Même au nom de l’humour, Jacques Duval n’admet pas qu’on massacre le français avec une telle jubilation. Il ne comprend pas cet engouement à verser dans la facilité. « On peut être incisif, corrosif sur les travers de sa société en s’exprimant bien, non? »

Au cours des années 1960, son immense passion pour la course automobile allait donner une orientation fulgurante à sa carrière. Il pilote des bolides de rêve, Alfa Roméo, Porsche, Ferrari et autres voitures de sport. À cinq reprises entre 1964 et 1971, il remporte le championnat du Québec, décrochant au passage la première place lors du Grand Prix de Trois-Rivières de 1967. En 1971, il termine premier dans la catégorie GT aux 24 Heures de Daytona, devenant avant Jacques Villeneuve le premier Canadien à remporter une victoire internationale. L’émission Prenez le volant, qu’il a conçue et animée à la télévision de Radio-Canada pendant huit ans (1966-1974), contribue à installer sa forte présence médiatique dans ce créneau. Tout comme les télédiffusions des Grands Prix de formule 1, à Radio-Canada, qu’il coanime. Pendant 15 ans, on dévore ses chroniques dans La Presse. Fondateur du célèbre Guide de l’auto, un repère pendant quatre décennies (1967-2006), il est aussi coauteur de L’auto 2009, L’auto 2010, L’auto 2011, des ouvrages similaires. L’autobiographie qu’il publie en 2006 chez Québec Amérique, De Gilbert Bécaud à Enzo Ferrari, raconte sa trajectoire, certes, mais Duval, reconnu pour son franc-parler, y déploie aussi son sens de l’autodérision et de l’observation caustique à propos du Québec en profond changement sur le plan identitaire.

Pour bien des Québécoises et des Québécois, Jacques Duval demeure la référence incontournable en matière d’automobile au Québec. En mai 2011, il a été intronisé au Temple de la renommée du sport automobile canadien, à Toronto. Précédemment, en 2004, l’Office québécois de la langue française lui a remis le Mérite du français pour la qualité de ses chroniques Info Duval, diffusées sur les ondes d’Info690.

Jacques Duval sait bien qu’on ne se fait pas seul. Il voue une reconnaissance aux « princes des ondes » qu’ont été René Lecavalier et Roger Baulu, ses mentors. Il souligne le bel ascendant qu’a eu sur lui son ami Alain Stanké, « le Lituanien qui s’était juré de mieux parler français que les Français eux-mêmes ».

« Je suis honoré de recevoir le prix Georges-Émile-Lapalme, parce que cet homme s’est battu avec tant d’élégance et de fougue pour donner des institutions aux Québécois et aux Québécoises et faire rayonner notre culture. » Après 50 ans d’un métier de communicateur qu’il pratique encore avec panache, Jacques Duval souhaite le faire lui aussi avec toute l’élégance et la fougue qu’on lui connaît.


Georges-Émile Lapalme
Qui était Georges-Émile Lapalme ?
 

Date de remise du prix :
8 novembre 2011

Membres du jury :
Guy Bertrand (président)
Valérie Borde
Hélène de Billy
Suzanne Laberge



Texte :
Ariane Émond