Albert-Tessier
Création de :
Hélène Sénécal

Récipiendaire

Poirier, Anne Claire

Prix Albert-Tessier 1988
Catégorie : Culturelle

Née le 6 juin 1932
Saint-Hyacinthe

Anne Claire Poirier - lauréate
Photo : Marc Lajoie

Cinéaste de la conscience, Anne Claire Poirier amorce son parcours comme monteuse, apprenant à faire surgir le sens par la juxtaposition des images, apprenant à manier les plans comme un écrivain manie les mots et les phrases.

Cette expérience acquise au début de la décennie 1960 est déterminante car le cinéma d'Anne Claire Poirier va reposer sur une conception ouverte du montage, sur une dialectique du collage qui entraîne la cinéaste à utiliser dans ses films des éléments provenant de diverses sources. L'écrivaine Louky Bersianik fait remarquer que « le point de vue d'Anne Claire Poirier sur les femmes d'ici a créé une sorte de cinéma nouveau, insolite, situé entre le documentaire – le paysage soudain dévoilé, l'anthropologie féminine à faire de toute urgence – et la fiction comme effet de distanciation par rapport à cette grande noirceur ». Concrètement, on peut citer Mourir à tue-tête (1979) – qui reste à ce jour son meilleur film – dans lequel elle assemble des séquences hyperréalistes (le viol) et des scènes stylisées (le tribunal), des images d'archives (sur la guerre et la clitoridectomie) et des discussions fictives entre une réalisatrice et une monteuse. Dans cette même veine, Anne Claire Poirier a signé Les Filles du Roy (1974) et Il y a longtemps que je t'aime (1989), deux films dont les dispositifs narratifs reposent sur le montage. Dans le premier, une construction élaborée dont ressortent huit personnages permet à la cinéaste de dessiner l'histoire de la servitude des femmes au Québec. Dans le second, qui est une suite logique aux Filles du Roy, l'assemblage d'extraits de films de l'Office national du film (ONF) sert à analyser l'évolution de l'image de la femme tout au long d'un demi-siècle de cinéma. En 1996, Poirier termine Tu as crié LET ME GO, exercice douloureux et émouvant dans lequel elle s'inspire de la mort tragique de sa propre fille pour organiser une réflexion intime sur la toxicomanie et la violence.

Mais cette conscience, au centre de l'œuvre d'Anne Claire Poirier, c'est avant tout la conscience d'être femme. Cela transparaît bien sûr dans le choix des sujets, mais aussi dans une activité cinématographique qui dépasse la réalisation. Pionnière du cinéma féministe, Poirier est en première ligne avec Jeanne Morazain, dès 1971, pour formuler le désir d'un groupe de femmes de coordonner la production d'un ensemble de films. Et lorsque ce projet se concrétise, lorsque l'ONF crée le programme Regards de femmes, c'est tout naturellement que Poirier devient productrice pour Mireille Dansereau (J'me marie, j'me marie pas), Aimée Danis (Souris, tu m'inquiètes) et Hélène Girard (Les Filles, c'est pas pareil). C'est donc à travers l'ensemble de son action qu'Anne Claire Poirier prend sa pleine dimension, c'est-à-dire celle d'une femme de cinéma, comme on dit femme de lettres.


M<sup>gr</sup> Albert Tessier
Qui était Mgr Albert Tessier ?
 

Date de remise du prix :
17 octobre 1988

Membres du jury :
Josée Beaudet (présidente)
Claude Beauregard
Michel Larouche
Werner Nold


Texte :
Marcel Jean