Marie-Victorin
Création de :
MARC - Marinescu Constantin

Récipiendaire

Payette, Serge

Prix Marie-Victorin 2011
Catégorie : Scientifique

Écologiste

Né le 30 mars 1943
Montréal

Serge Payette - lauréat
Photo : Rémy Boily
Entrevue

Un voyage imprévu en Arctique est à l’origine de l’impressionnante carrière de Serge Payette, carrière qu’il a essentiellement consacrée à la connaissance des environnements nordiques. Après avoir obtenu son baccalauréat en agronomie, il décide d’élargir ses horizons en entamant un baccalauréat en géographie. Nous sommes en 1966. Le Centre d’études nordiques (CEN), qui venait tout juste d’être créé, recherche alors une personne spécialisée dans l’étude des sols. Tous les professionnels dans ce domaine étant déjà engagés par le gouvernement, on approche le jeune étudiant, qui est formé en la matière. C’est ainsi que Serge Payette passera les quelques mois suivants à travailler et à camper en milieu sauvage, dans la région du cours d’eau qui porte maintenant le nom de rivière Arnaud. « Ce fut une révélation pour moi », confie celui qui faisait ses premiers pas dans ce qui deviendrait plus tard l’équivalent de sa seconde maison ou, pour être plus juste, de sa cour arrière. « À partir de ce moment-là, j’ai travaillé dans le Nord-du-Québec plusieurs mois par année, été comme hiver, ajoute-t-il. J’y ai aussi emmené ma femme, mon fils et ma fille en camping presque chaque été. » Depuis cette époque, il poursuit sans relâche et avec enthousiasme une carrière entamée un peu par hasard, durant laquelle il complète également une maîtrise en biologie végétale à l’Université Laval et un doctorat d’État en sciences naturelles de l’Université de Montpellier, en France.

Sur le chemin du Nord
Géographe, agronome, professeur titulaire d’écologie végétale au Département de biologie de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche nordique en écologie des perturbations, ce chercheur actif cumule plus de 40 ans d’expérience dans le décodage des écosystèmes du Nord-du-Québec. Doyen de la recherche nordique au pays, il a, durant toutes ces années, parcouru cette région éloignée jusque dans ses confins les moins accessibles afin de mieux saisir les changements profonds qui y avaient lieu. Il étudie d’ailleurs l’impact des changements climatiques sur la végétation depuis la fin des années 1970, soit bien avant que cette problématique ne fasse les manchettes. Ses découvertes figurent parmi les cas les mieux documentés (et les plus cités) et s’inscrivent au cœur des grands débats qui animent aujourd’hui la communauté scientifique. De plus, ses travaux sur la dynamique de la limite des forêts ainsi que sur la réponse des écosystèmes nordiques aux perturbations et au climat ont le mérite d’être reconnus partout dans le monde et d’avoir influencé un grand nombre de scientifiques de premier plan.

Auteur prolifique, ce professeur curieux et polyvalent a touché, durant sa carrière, à une multitude de sujets diversifiés, mais complémentaires, tous à la base d’une meilleure compréhension des phénomènes centraux à l’origine des paysages nordiques. Difficile de passer sous silence les travaux qui ont fait les manchettes dans les médias, notamment dans la presse internationale, et qui concernent la fonte du pergélisol, un sol qui se maintient constamment à une température égale ou inférieure à 0 °C durant au moins deux ans. Le dégel d’une partie de ces types de sol a pour résultats de déstabiliser les surfaces et de menacer l’intégrité des terrains et des infrastructures routières et aéroportuaires du Nord-du-Québec. C’est donc la croissance harmonieuse des communautés nordiques qui est en jeu, ce qui préoccupe grandement notre chercheur. De plus, près des deux tiers du pergélisol risquent de disparaître d’ici 2200, avec pour conséquence la libération d’une immense quantité de méthane dans l’atmosphère. Le réchauffement du climat demeure la plus probable des explications à ce phénomène criant d’actualité.

Un parcours réussi
L’œuvre du professeur Payette, d’une grande richesse, est loin de s’arrêter là. Chef de file en écologie végétale, historique et des perturbations, ce scientifique accompli possède un curriculum vitæ qui témoigne d’une productivité exceptionnelle. Jusqu’à ce jour, il compte environ 200 publications scientifiques, dont quatre articles parus en moins de cinq ans dans la très prestigieuse revue Nature (une performance enviable et égalée par très peu de chercheurs!). Et malgré cet agenda déjà très chargé, il a tenu le rôle de rédacteur principal pour des ouvrages collectifs et celui de rédacteur en chef ou adjoint pour quelques revues, en plus d’avoir fondé la revue scientifique internationale Ecoscience.   

Épris de la botanique, il est aussi conservateur de l’Herbier Louis-Marie de l’Université Laval. Il publiera d’ailleurs sous peu, de concert avec plusieurs collègues, le premier des quatre volumes de la Flore du Québec-Labrador nordique, un ouvrage très attendu par les gens du milieu. Ce projet à long terme, dirigé conjointement par le Centre d’études nordiques et l’Herbier Louis-Marie, a été entamé par le professeur Payette lui-même au cours des années 1980. « Cette réalisation, qui me tient énormément à cœur depuis plus de 30 ans, est probablement la plus importante de ma carrière », explique ce grand passionné et travailleur infatigable.

Outre sa production scientifique abondante, soutenue et remarquable à de nombreux égards, le professeur Payette a dirigé le Centre d’études nordiques (CEN) pendant 12 ans et en est membre depuis maintenant 40 ans. Ce centre d’excellence interuniversitaire regroupe plusieurs universités et instituts ainsi que quelque 200 chercheurs, étudiants, stagiaires et professionnels venant de diverses disciplines. Avec son leadership scientifique hors du commun, le professeur Payette a en effet su réunir une grande équipe multidisciplinaire au sein du CEN, qui fête cette année ses 50 ans d’existence. Pas mal du tout pour un organisme dont l’avenir semblait plus qu’incertain au début des années 1980. « J’ai travaillé très fort pour éviter sa disparition, en relation étroite avec le gouvernement du Québec et l’Université Laval. C’est un des rares centres de recherche qui peut se vanter d’avoir atteint cet âge vénérable! », précise le professeur, qui a tout mis en œuvre pour en faire un centre de recherche d’envergure nationale et internationale.

La transmission du savoir : une vocation
On ne peut parler de la carrière de cet éminent chercheur sans souligner sa contribution en tant qu’enseignant. Depuis plus de 40 ans, le professeur Payette consacre sa vie à ce qui le passionne le plus, soit la recherche et la formation de chercheurs. Très attaché à sa mission d’enseignement, il prend plaisir à transmettre à ses étudiants son amour pour le Nord et les grands espaces. Depuis ses débuts, il a formé très exactement 81 étudiants aux cycles supérieurs. De nombreuses générations de chercheurs ont donc eu la chance de bénéficier de son enthousiasme légendaire, de sa passion contagieuse pour l’écologie et de sa vaste expérience en recherche. De quoi assurer une relève scientifique compétente et recherchée. « Enseigner, pour moi, c’est former des professionnels de grande qualité pour notre société. C’est ce que j’ai fait et j’en suis particulièrement fier », rapporte ce pédagogue extrêmement apprécié. D’ailleurs, pour lui prouver leur reconnaissance, ses étudiants lui ont décerné le titre de « professeur étoile de la Faculté des sciences et de génie » à deux reprises ainsi que le Prix d’excellence en enseignement au premier cycle. 

La qualité de ses travaux de recherche a également été reconnue à de nombreuses occasions. Nommé boursier Killam par le Conseil des Arts du Canada entre 1989 et 1991, le professeur Payette est notamment titulaire de l’une des six prestigieuses chaires du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada depuis 2003, une reconnaissance nationale de ses accomplissements scientifiques. De plus, il est le premier lauréat du prix de la famille Weston, la plus importante récompense décernée à un chercheur en sciences naturelles actif en recherches nordiques au Canada.

Les maintes réalisations de Serge Payette et son parcours riche en expériences ont quelque chose de vertigineux. Pas étonnant qu’il trouve du réconfort dans la musique ainsi que dans la contemplation de la nature et du cosmos. Quoi qu’il en soit, on ne peut faire autrement que d’admirer le cheminement de ce grand professeur en symbiose avec les éléments, qui a su bâtir sa vie sur les bases solides de la passion et de la détermination

En janvier 2014, Radio-Canada a nommé M. Payette « Scientifique de l'année 2013 ».


Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 



Texte :
MDEIE