Marie-Victorin
Création de :
Daniel Moisan

Récipiendaire

Wuest, James D.

Prix Marie-Victorin 2013
Catégorie : Scientifique

Né le 24 octobre 1948
Cincinnati (États-Unis)

James D. Wuest - lauréat
Photo : Rémy Boily
Entrevue

« Si on m’avait dit, il y a trente ans, que je recevrais un Prix du Québec et que je répondrais à une entrevue en français, je n’y aurais pas cru! », lance en riant James D. Wuest.

En effet, rien ne prédestinait ce natif de l’Ohio à devenir un brillant scientifique et encore moins à faire sa vie au Québec. Originaire de Cincinnati, le professeur Wuest a étudié la chimie et les mathématiques à l’Université Cornell dans l’État de New York, où il a obtenu son baccalauréat en 1969. Il poursuit ensuite ses études supérieures en chimie organique à l’Université Harvard, où il sera l’étudiant du professeur Robert Burns Woodward, prix Nobel de chimie en 1965.

Il reçoit son Ph. D. en 1973 et se joint, dès lors, au corps professoral de Harvard comme professeur assistant de chimie. Il y restera jusqu’en 1981, où il accepte un poste permanent à l’Université de Montréal. C’est alors un tout autre défi qu’il accepte de relever : celui d’apprendre le français. « Sûrement l’un des plus grands de ma vie », confie-t-il. Depuis 1986, il est professeur titulaire à cette même université, à laquelle il est très attaché.

Quand on interroge James D. Wuest sur ce qui l’a motivé à poursuivre des études supérieures et à embrasser une carrière scientifique, il en est presque le premier étonné. En effet, il n’existait pas dans sa famille de culture scientifique et personne, sinon peut-être un oncle travaillant dans un laboratoire de recherche, ne l’a incité à emprunter cette voie.

Pourtant, dès l’âge de 10 ans, le jeune garçon qui aimait explorer la nature à la recherche de roches savait qu’il s’orienterait vers une carrière en mathématiques ou en sciences.

On peut qualifier James D. Wuest d’explorateur à plus d’un titre. Ses découvertes ont exercé une grande influence, particulièrement en science des matériaux et en nanotechnologie. Elles ont ouvert le chemin à une multitude de possibilités liées aux transferts et aux applications industrielles.

En chimie, il a créé son propre champ de recherche : la tectonique moléculaire. Cela consiste à bâtir des structures ordonnées à partir de molécules très singulières appelées tectons. Les tectons ressemblent à des éléments de base d’un jeu de construction à l’échelle du nanomètre. Ils sont conçus pour s’associer de manière prédéterminée, programmés par leur géométrie et par leur structure chimique.

À travers ses travaux et ceux de son groupe de recherche, le professeur Wuest cherche à contrôler la position des molécules les unes par rapport aux autres. En maîtrisant leur organisation, il peut donc influer sur les propriétés des matériaux qui les composent.

Ces travaux sur les interactions moléculaires sont reconnus mondialement et leur portée est hautement pluridisciplinaire. Ils ont mené à des avancées spectaculaires en matière de génie cristallin, de porosité des matériaux et de solides cristallins déformables ou perméables. Ces nouveaux savoirs ont aussi permis de fabriquer de nouveaux matériaux moins bien organisés qui empêchent la cristallisation, favorisant ainsi la formation de matériaux moléculaires amorphes. À titre d’exemple, notons le développement et la production de films minces et flexibles pouvant être exploités dans des dispositifs optoélectroniques comme des cellules solaires.

À propos de son groupe de recherche, constitué d’étudiantes et d’étudiants à la maîtrise et au doctorat et de chercheuses et chercheurs postdoctoraux, le professeur ne tarit pas d’éloges. « Mon groupe est très polyvalent. J’adore assister aux réunions du groupe et voir la diversité de sujets qui sont présentés. » Ses membres sont à l’origine de la fondation de la Chaire de recherche du Canada en matériaux moléculaires, dont il est le titulaire depuis 2008.

Sur son rôle d’enseignant, le professeur Wuest est tout aussi éloquent : « Je ne suis pas un chercheur qui aime se cacher dans ses bureaux et dans ses laboratoires. L’enseignement occupe une place importante depuis le début de ma carrière. Encore aujourd’hui, quand j’entre dans une salle de cours, je me demande ce que je pourrais enseigner de nouveau, ce qui pourrait surprendre. » Cet amoureux de la diversité est également très fier de ses anciens étudiants qui travaillent dans de nombreux milieux académiques ou industriels, ici comme à l’international.

Qualifié de pionnier par ses pairs, le professeur Wuest continue aujourd’hui d’explorer les champs de la construction moléculaire. Il se démarque autant au niveau canadien que sur la scène internationale par l’envergure de sa perspective scientifique, son apport au champ scientifique, l’évolution de son expertise et son influence sur de nombreux chercheurs qui se sont inspirés de ses travaux. Ses diverses collaborations industrielles sont à l’origine, depuis 2004, de huit brevets avec Xerox.

Son parcours nous montre qu’au-delà des sciences exactes, la sensibilité du chercheur et sa personnalité ont une grande importance dans ses travaux et les chemins empruntés. En ce qui le concerne, il décrit son cheminement comme une exploration continue. « C’est important pour moi d’intégrer de nouvelles idées dans mes projets de recherche. Mon objectif est de démontrer quelque chose de nouveau. En chimie organique, cela prend des années avant de recueillir le fruit de ses recherches. Mais je suis quelqu’un d’extrêmement patient et je laisse “mâturer” certaines idées avant de combiner tous les éléments pour trouver quelque chose d’important! »

Cette excellence et cette originalité ont été reconnues par de nombreuses institutions. M. Wuest a reçu déjà de nombreux prix afin de souligner la qualité et la rigueur de ses recherches. Ainsi, il a reçu en 1999 la prestigieuse bourse Guggenheim pour sa contribution au domaine scientifique. En 2005, l’American Chemical Society lui décernait le Arthur C. Cope Scholar Award, une distinction rarement attribuée aux chercheurs étrangers. En 2008, l’Association francophone pour le savoir (Acfas) lui remettait le prix Urgel-Archambault. Le professeur Wuest est également détenteur d’un Fellow de la Société royale du Canada, qu’il a reçu en 1996.

À près de 65 ans, son âme d’explorateur reste intacte. Au moment de la rédaction de cette biographie, le professeur Wuest était d’ailleurs parti en exploration, au sens propre du terme, quelque part au Yukon.


Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
12 novembre 2013

Membres du jury :
Yannick Huot
Mathieu Lachance
Gisèle Lapointe
Sylvain Robert



Texte :
MESRST