Georges-Émile-Lapalme
Création de :
Matthieu Cheminée

Récipiendaire

Guilloton, Noëlle

Prix Georges-Émile-Lapalme 2016
Catégorie : Culturelle



Recevant pour cette année 2016 le prix Georges-Émile-Lapalme, Noëlle Guilloton voit confirmée sa vision du Québec en tant que société francophone nécessitant des repères linguistiques fiables. Cette réalité, elle en connaît parfaitement les tenants et les aboutissants, puisque ses compétences en terminologie, en orthographe, en grammaire et en rédaction l’ont amenée vers plusieurs engagements dans des organismes, associations et sociétés, Radio-Canada, par exemple, où elle a participé à la vaste tâche de garantir la diffusion d’un impeccable français des médias « d’un océan à l’autre ».

Ce sont néanmoins ses années – et ses remarquables états de service – au sein de l’Office québécois de la langue française qui ont été pour Noëlle Guilloton les plus déterminantes. « J’ai travaillé à l’Office, dit-elle, pendant de belles et productives décennies, à une époque charnière pour l’avenir du français au Québec. » La linguiste ajoute que ce Prix du Québec qui lui est remis cette année comporte une forte charge émotive pour elle. En effet, Georges-Émile Lapalme qui a donné son nom à ce prix est celui-là même qui, en 1961, a créé l’Office de la langue française (OLF), en même temps que le ministère des Affaires culturelles. « Heureuse coïncidence qui boucle la boucle de façon émouvante pour moi, d’autant que ce prix récompense l’excellence en matière de langue française – qui a fait intégralement partie de ma vie tout au long de mon parcours professionnel… et dure toujours. »

Par une ironie du destin, la formation première de Noëlle Guilloton était orientée vers la langue de Shakespeare. « Hé oui! j’ai fait une licence d’anglais à l’Université de Montpellier. C’est dans ma nouvelle patrie, au Québec, que je me suis tournée vers la terminologie française. » Depuis la fin des années 1970, Noëlle Guilloton participe à l’aventure de l’aménagement linguistique au Québec. Un défi et une somme de travail collectif immenses. À telle enseigne que, avec quelque 100 000 demandes de consultations annuelles dans les années 1990, les services linguistiques de l’OLF ont fait la preuve irréfutable que la société québécoise était prête à intégrer les notions d’excellence, d’exactitude, de concision et de précision dans tous les usages du français écrit et parlé. « Question de pédagogie », résume Noëlle Guilloton, qui se souvient qu’on ironisait sur les probabilités de voir le garagiste du coin changer ses shock absorbers en amortisseurs. « Et défi relevé, puisque, comme de nombreux autres domaines d’activité, le secteur de l’automobile se fait aujourd’hui une fierté d’utiliser un français technique de qualité. Preuve qu’on doit toujours s’adresser à l’intelligence des gens. » Voilà les valeurs qui l’ont inspirée pour la revue grand public d’information sur la langue française Infolangue dont elle fut la rédactrice en chef.

Parmi les nombreux apports de Noëlle Guilloton à l’expertise linguistique au Québec, il en est un qui est passé à l’histoire et à l’usage. Le français au bureau est le titre de cette réalisation remarquable, en l’occurrence un ouvrage de référence édité aux Publications du Québec. Noëlle Guilloton est l’une des principales auteures de ce volume qui, publié une première fois en 1977 sous la direction d’Hélène Cajolet-Laganière, est devenu, six rééditions plus tard, l’un des grands succès de librairie du Québec. L’ouvrage fait partie des indispensables de tout étudiant ou professionnel qui doit écrire… c’est-à-dire de presque de tout un chacun. De fait, approchant les 1000 pages imprimées et numérisées, il a franchi le cap des 700 000 exemplaires. Éminemment sensible à la nécessité d’une langue en phase avec son époque, Noëlle Guilloton a aussi, et tout au long de son engagement, insisté sur l’avantage technologique. Elle a également contribué à rendre la langue toujours plus accessible par des initiatives comme le Téléphone linguistique et qu’elle a participé à la tenue de la Dictée des Amériques, au contenu du Grand dictionnaire terminologique ou encore à celui du dictionnaire Usito en ligne de l’Université de Sherbrooke.

Terminologue agréée et conseillère linguistique chevronnée, Noëlle Guilloton est une praticienne cherchant sans cesse à donner raison au lexique… par l’exercice de la raison. Éclairer nos rapports à la langue d’un jugement limpide et d’une pénétrante vigilance, telle est l’attitude qui a fait d’elle l’une des personnalités ayant, en matière linguistique, fait du Québec un modèle cité dans toute la Francophonie. « Et pas seulement dans l’espace francophone, précise-t-elle aussitôt. Des contrées comme la Catalogne se sont beaucoup inspirées de notre expérience en aménagement de leur langue d’usage. »

Enfin, pour Noëlle Guilloton, la vie de la langue comporte, au-delà de ses aspects pratiques, un côté magique qui s’exprime en littérature, en poésie surtout, et rejoint la dimension culturelle et artistique essentielle de l’existence.


Georges-Émile Lapalme
Qui était Georges-Émile Lapalme ?
 

Membres du jury :
Denis Vaugeois
Mélanie St-Hilaire, président
André Morin
France Théoret



Texte :
MCC