Ernest-Cormier
Création de :
Matthieu Cheminée

Récipiendaire

Daoust-Lestage

Prix Ernest-Cormier 2016
Catégorie : Culturelle








« De l’urbain à l’objet. »

C’est cette vision multidisciplinaire et intégrée, issue d’une pensée « anti-silo », d’une lecture intelligente du lieu et d’une compréhension fine de la relation des gens avec l’espace qui font la signature de Renée Daoust et Réal Lestage. Voilà pourquoi chaque projet créé par leur firme semble se poser sur la ville telle une pièce de puzzle.

Elle est architecte et urbaniste. Lui est urbaniste. Et le duo se trouve derrière des réalisations remarquables : le Quartier international de Montréal, le Centre CDP Capital de la Caisse de dépôt et placement – rebaptisé Édifice Jacques-Parizeau en juin 2016 –, le Quartier des spectacles, la place des Festivals, la promenade Samuel-De Champlain, l’esplanade du Parlement à Québec et le centre d’excellence Glendon de l’Université York à Toronto, pour ne nommer que celles-ci. En effet, une centaine de prix provinciaux, nationaux et internationaux attestent du rayonnement de l’œuvre.

« Cette approche où l’on aborde chaque projet à une macro-échelle tout en voulant le résoudre dans le moindre détail a toujours teinté notre pratique », relate Réal Lestage. Le Quartier international en est un exemple. La vision urbanistique de l’ensemble, la résolution architecturale du Centre CDP Capital, la conception des espaces publics – la place Jean-Paul-Riopelle et le square Victoria – jusqu’à la réalisation du mobilier intérieur partagent la même philosophie de design adoptée par la firme.

Or, la maîtrise de toute cette série d’échelles ne s’acquiert pas en un battement de cils. Seules une pratique bien ancrée et une approche cohérente permettent de trouver le juste équilibre. Un habile dosage auquel Daoust Lestage parvient avec brio.

Dans les endroits conçus par le duo, on respire d’aise. La ligne de conduite : des réalisations de facture sobre, mais jamais simpliste, une qualité sans compromis, un sens pointu du détail et la pérennité des gestes pour le caractère intemporel. « Les espaces publics et les bâtiments qui vieillissent bien et qui demeurent pertinents résultent de gestes simples et structurants posés au départ », estiment les associés.

Un autre aspect essentiel de leur démarche est de créer avec le génie du lieu, c’est-à-dire la personnalité spécifique de chacun des sites. « L’histoire se raconte en couches successives, et il ne faut pas surligner toutes les époques de la même façon. La recherche iconographique alimente le processus de conception et vise à exploiter le potentiel évocateur de nos interventions », explique Renée Daoust.

C’est ainsi que l’intervention contemporaine trouve une résonance avec l’environnement. La tour située au quai des Cageux de la promenade Samuel-De Champlain en est une illustration convaincante. Sa forme apparentée à ces empilements de bois le long du littoral au temps de la construction navale du XIXe siècle évoque la réminiscence du lieu, la mémoire profonde du site.

Un saut au commencement des années 1980 rappelle les débuts modestes des deux jeunes diplômés. Contexte économique oblige : tout roule au ralenti. N’empêche, ils se souviennent des bénéfices tirés de cette époque. « Cette période a permis de prolonger en quelque sorte nos études de maîtrise et d’affirmer notre personnalité professionnelle en développant, au fil de nombreuses études réalisées, une approche plus articulée de notre intervention de l’urbain à l’objet », souligne Réal Lestage.

Avec quelques années d’expérience en poche, une volonté certaine et une passion à l’état brut, le tandem fonde, en 1988, le bureau montréalais de la firme reconnue de Québec, Gauthier Guité Roy. Puis, avec le départ progressif des associés, l’antenne devient Daoust Lestage.

« Il y a eu des rencontres extraordinaires qui ont jalonné notre parcours, soutient Renée Daoust. Aurèle Cardinal a exercé son influence d’abord comme professeur et, plus tard, comme notre premier employeur. Melvin Charney nous a transmis de précieuses connaissances, notamment les outils de compréhension du milieu urbain. Puis Gauthier Guité Roy nous ont livré des enseignements clés : miser sur la simplicité et la sobriété, avoir du plaisir à pratiquer notre métier et s’assurer de la qualité de l’approche conceptuelle jusqu’à l’exécution. »

Aujourd’hui, le duo est formel : la réussite des projets réalisés tient en grande partie au talent exceptionnel des professionnels de l’agence triés sur le volet depuis bientôt trente ans.

Puis le sentiment de satisfaction se mesure au succès de fréquentation des lieux et à la qualité reconnue des espaces construits, lesquels tiennent souvent à cette synergie entre l’espace public et l’espace bâti.

Encore à ce jour, les associés perçoivent chaque nouveau projet comme « une sorte de privilège, une opportunité rare, une grande responsabilité » face à cette contribution modeste de chacune des interventions à la création du patrimoine de demain.


Ernest Cormier
Qui était Ernest Cormier ?
 

Membres du jury :
Gilles Saucier, président
Anik Shooner
Peter Soland
Serge Filion
Julie Riverin



Texte :
MCC