Récipiendaire

Bérubé, Jocelyn

Prix Gérard-Morisset 2019
Catégorie : Culturelle

Né le 16 septembre 1946
Saint-Nil

Jocelyn Bérubé - lauréat
Photo : Éric Labonté

Il joue du violon, de la trompette et d’autres instruments de son cru. Le plus bel instrument qu’il a cependant été donné à Jocelyn Bérubé de jouer est sa voix profonde et nuancée avec laquelle il subjugue et enchante quiconque entre dans son imaginaire poétique et flamboyant. Avec l’intelligence de son humour, il partage et vivifie le patrimoine immatériel par l’oralité et les arts du spectacle depuis près de 50 ans. Tour à tour comédien, musicien, auteur, compositeur, interprète et conteur, il porte la parole et la musique dans un parcours foisonnant qui le mène du théâtre au cinéma, de la radio à la télévision, du milieu scolaire à la scène nationale et internationale.

Né à Saint-Nil, petit village aujourd’hui disparu qui a forgé sa jeunesse, Jocelyn Bérubé s’intéresse très tôt au folklore et aux histoires racontées dans les villages. Depuis Matane, grâce aux bourses qu’il obtient pour sa grande maîtrise de la trompette, il s’inscrit à l’âge de 16 ans en jeux dramatiques au Camp musical du Mont-Orford. Quelques années plus tard, il participe à la fondation du Grand Cirque ordinaire voué à la création collective, la musique, l’engagement social et l’improvisation, puis en 1993, à celle du Conseil québécois du patrimoine vivant. Nouvellement diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, il entreprend des recherches sur des contes et musiques, qui ont pour dénominateur commun l’expression de la culture populaire, aux Archives de folklore de l’Université Laval, de même qu’auprès d’anciens, de sa Gaspésie natale jusqu’en Abitibi.

À 30 ans, en plus d’exercer son métier d’acteur au théâtre, à la télévision et au cinéma, il réalise une première tournée de 77 spectacles de contes et de musique partout au Québec, dans une mise en scène originale à laquelle se mêle le théâtre. « Je suis particulièrement fier d’avoir fait revivre, à ma façon, le conte dans les débuts de la décennie 1970 », souligne-t-il.

Il enregistre un premier album combinant le conte et la musique à la fin de cette décennie, puis il compose la musique pour le cinéma, le théâtre, la télévision et la radio au cours des 2 décennies suivantes. Il est d’ailleurs l’un de ceux qui sont allés le plus loin dans le métissage du conte, de la poésie et de la musique, de même que dans la diversification des formes de représentation du conte, y ajoutant le cinéma d’animation, la bande dessinée, le théâtre de marionnettes, les objets d’ébénisterie et les instruments de musique.

Le fer de lance de l’engagement de Jocelyn Bérubé à la faveur du patrimoine demeure le conte historique, rouage important de la mise en place des dialogues intergénérationnels et interculturels. Grâce à ce fil conducteur entre les époques, il fait plonger jeunes et moins jeunes dans un univers onirique qui évoque le Québec fier de son passé et les invite à faire le pont avec le présent. « Je suis arrivé à faire aimer cet univers fabuleux du conte à des jeunes du primaire des 4 coins du Québec, dont les enfants issus de l’immigration, dans l’oralité d’une langue qui a forgé notre histoire et qu’on a le devoir de leur transmettre afin qu’en grandissant, ils en conservent en mémoire des souvenirs heureux, car leur terreau enrichit notre terroir », explique-t-il.

Inscrit au Répertoire culture-éducation du ministère de la Culture et des Communications, l’artiste propose à son jeune public des ateliers d’animations offerts dans les écoles et les bibliothèques du Québec au rythme de centaines par année. Ses contes rayonnent d’ailleurs dans d’autres cultures par la qualité du savoir qu’ils transmettent ainsi que par la profondeur de l’empreinte qu’ils laissent. Ainsi, Jocelyn Bérubé enchaine les tournées partout au Québec et il est convié à prendre part à de grands festivals, des activités spéciales et des entrevues ici et ailleurs au Canada, en France, en Belgique, aux États-Unis, en Allemagne et en Afrique, où certains de ses contes sont repris par d’autres conteurs et conteuses, traduits, publiés ou enregistrés.

Celui qui a contribué à la vitalité du conte par l’ensemble de son œuvre est, depuis 2006, l’éponyme d’un prix attribué à un artisan du conte dans le cadre du festival Le Rendez-vous des Grandes Gueules de Trois-Pistoles afin de souligner son implication en tant que forgeron d’histoires et portageur de la mémoire collective. Pour mieux illustrer son propre avenir, ce conteur toujours très actif cite le fameux Tit-Jean, héros de contes populaires québécois : « Tant que la Terre va me porter, j’m’en vais marcher. »


Gérard Morisset
Qui était Gérard Morisset ?
 

Membres du jury
Denise Caron
Luce Lafontaine
Marie-Geneviève Lavergne
Paul-Louis Martin
Jean-François Royal