Jacques Y. Montplaisir, lauréate

Spécialiste du sommeil

Naissance le 16 juin 1943 à Montréal, décès le à 

Entrevue

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Biographie

Sournoises, elles ne se manifestent que dans l’intimité de la chambre à coucher, mais elles détériorent parfois gravement la qualité de vie et la santé de ceux qu’elles frappent. De l’insomnie aux impatiences musculaires, en passant par l’apnée ou le somnambulisme, les maladies du sommeil ont longtemps échappé à la vigilance des médecins. Jusqu’à ce que Jacques Montplaisir, psychiatre et chercheur en neurosciences, les révèle au grand jour, en montrant que des troubles que l’on croyait anecdotiques étaient fréquents et pouvaient avoir des conséquences dramatiques. Depuis 30 ans, ce spécialiste de réputation internationale, l’un des pères de la discipline, a bâti à Montréal l’un des plus grands centres de recherche au monde consacré aux maladies du sommeil, doublé d’une clinique où l’on traite chaque année au-delà de 1 500 patients.

Curieux de nature, Jacques Montplaisir découvre très tôt sa vocation. Né en 1943 dans le quartier Hochelaga à Montréal, fils et petit-fils d’épicier, il vit une enfance heureuse au sein d’une grande famille qui a gardé l’esprit de la campagne. À la bibliothèque du collège Sainte-Marie, il feuillette par hasard un livre sur le sommeil, compte rendu d’un symposium ultraspécialisé : l’ouvrage le fascine, tant il lui semble extraordinaire que l’on puisse s’intéresser de cette manière à un phénomène aussi naturel. C’est décidé : il deviendra chercheur, spécialiste du cerveau.

À l’Université de Montréal, Jacques Montplaisir choisit la médecine, car la biologie lui semble trop éloignée de l’espèce humaine. Il se découvre alors une passion pour la pratique médicale et restera à jamais marqué par ses années d’internat. Cependant, il maintient le cap et après l’obtention de son doctorat en médecine, en 1967, il poursuit des études de troisième cycle en neurosciences à la même université. Il passe ensuite quatre ans en Californie, où il termine son stage postdoctoral dans l’un des premiers laboratoires de recherche sur le sommeil au monde, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes à l’Université Stanford. Là, on lui offre un poste de professeur, mais il tient à rentrer au bercail. Le Québec est alors en pleine Révolution tranquille : Jacques Montplaisir ne veut rien manquer des bouleversements que connaît sa patrie et il entend contribuer à son développement.

En 1977, après sa spécialisation en psychiatrie à l’Université McGill, Jacques Montplaisir est nommé professeur à l’Université de Montréal, qui met à sa disposition deux petites pièces au fond d’un couloir désaffecté de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Dans l’une, le médecin installe son bureau et ses instruments de mesure; dans l’autre, un lit où dorment ses patients. Trente ans plus tard, cette modeste installation, la première du genre au Canada, est devenue l’un des plus grands centres de recherche au monde sur le sommeil. Sur près de 1 000 mètres carrés, 70 personnes, dont une dizaine de professeurs, travaillent à comprendre et à traiter l’ensemble des maladies du sommeil en conjuguant une multitude d’approches comme l’électrophysiologie, la neurochimie, la pharmacologie, la psychiatrie et la génétique. Et grâce à une nouvelle subvention de 5 millions de dollars, le Centre d’étude du sommeil et des rythmes biologiques s’apprête à agrandir encore ses locaux de 50 p. 100.

Explorant le royaume de Morphée au gré des rencontres avec ses patients, Jacques Montplaisir s’intéresse tour à tour à chaque pathologie du sommeil, pour en comprendre les causes et les conséquences, mettre au point des outils de diagnostic et de traitement et en déterminer la prévalence. Déjà spécialiste mondial de la narcolepsie et du somnambulisme, le psychiatre découvre littéralement le syndrome des impatiences musculaires durant les années 90, en révélant par une étude épidémiologique que ce trouble touche 10 p. 100 de la population canadienne, et deux fois plus de francophones que les autres Nord-Américains ou les Européens. À l’époque, le problème semble bénin et plutôt rare. L’étude de Jacques Montplaisir est une révélation. Elle le conduira, entre autres, à mettre au point et à breveter le traitement pharmacologique aujourd’hui reconnu comme le plus efficace pour traiter cette maladie de même qu’à élaborer des critères de diagnostic. En juillet 2007, il a participé avec son collègue Guy Rouleau à la découverte de trois gènes de susceptibilité aux impatiences faite par un groupe de chercheurs de Munich.

Touche-à-tout de génie, Jacques Montplaisir compte plus de 250 publications scientifiques, 3 ouvrages, 55 chapitres de livres et près de 500 abrégés : il est ainsi l’un de plus cités dans sa discipline. Au cours des cinq dernières années seulement, le psychiatre a présenté au-delà de 100 conférences dans 27 pays et présidé plusieurs congrès internationaux. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le sommeil, Jacques Montplaisir a déjà reçu de nombreuses distinctions, comme le prix Léo-Pariseau de l’Acfas en 2004 et le Distinguished Scientist Award de la Sleep Research Society en 2006.

Plus actif que jamais, ses publications et ses subventions de recherche ayant doublé depuis cinq ans, Jacques Montplaisir s’est attaqué récemment au trouble comportemental en sommeil paradoxal, qui pousse certaines personnes à agir leurs rêves, criant ou agressant leur conjoint pendant leur sommeil même si elles se montrent normales le jour. En suivant ses patients sur plusieurs années, le psychiatre a fait une incroyable découverte : ce trouble, qui semble affecter des gens en bonne santé, pourrait bien être une manifestation très précoce de la maladie de Parkinson. Observer le sommeil des gens pour repérer une maladie invisible autrement : voilà une idée révolutionnaire, par laquelle Jacques Montplaisir s’apprête peut-être à bouleverser la médecine moderne.

Appréciant la recherche comme discipline autant que comme mode de vie, le psychiatre tente toujours de conjuguer les rencontres scientifiques et ses autres passions. Par exemple, à l’occasion d’une conférence en Scandinavie, il en profite pour visiter les lieux de l’intrigue des romans policiers d’Henning Mankell, dont il est grand amateur, et pour s’adonner à la pêche. En Argentine, il danse le tango. Et de retour à Montréal, il consacre beaucoup de temps à la dizaine d’étudiants diplômés de deuxième et de troisième cycle qu’il supervise ou encore il organise des soupers pour ses amis, puisqu’il adore plus que tout cuisiner, inventer des plats ou tester plusieurs recettes pour en adapter les ingrédients à la perfection.

Information complémentaire

Date de remise du prix :
6 novembre 2007

Membres du jury :
Lucie Germain, présidente du jury
Diane Berthelette
Gaétan Guillemette
Louise Potvin
Gloria Tannenbaum

Crédit photo :
  • Rémy Boily
Crédit vidéo :
Production : Ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec
Réalisation : Alain Drolet
Caméra et direction photo : Ronald Landry
Caméra : Alain Drolet
Prise de son : Donald Fortin
Montage : Andréane Cyr, Digipoint
Montage sonore : Stéphane Carmichael, Studio Expression
Programmation DVD : Jean Michaud, Digipoint
Compression numérique : Hugo Comtois, IXmédia
Musique originale : Alexis Le May
Musiciens : Katia Durette, Yana Ouellet, Stéphane Fontaine, Annie Morier, Caroline
Béchard, Suzanne Villeneuve, Benoît Cormier, Jean Robitaille, André Villeneuve, Daniel Tardif, Alexis Le May, Éric Pfalzgraf
Narratrice : Sophie Magnan
Entrevue : Marie-Christine Trottier
Texte :
  • Valérie Borde