Barbara Steinman, récipiendaire

Naissance le 3 février 1950 à Montréal, décès le à 

Prix remis le 30 novembre 2022

Barbara Steinman, prix Paul-Émile-Borduas 2022

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Biographie

Pionnière au Québec de l’intégration de la vidéo et du multimédia au champ des arts visuels, Barbara Steinman marque, de son empreinte unique, la culture québécoise depuis plus de 40 ans. Par l’intermédiaire de ses installations, l’artiste montréalaise déploie une expérience sensorielle aux multiples possibilités d’interprétations, révélant sa brillante inventivité. Celle qui compte une trentaine d’expositions personnelles, plus de 115 expositions collectives et 5 œuvres d’art public défriche sans relâche de nouveaux territoires artistiques, ce qui lui vaut d’être reconnue internationalement pour son audace et la profondeur de son travail d’un grand raffinement, tout en sobriété. 

Pour l’artiste, obtenir le prix Paul-Émile-Borduas est « un honneur immense et une reconnaissance tellement significative. On ne travaille pas pour les prix, mais un tel encouragement est une grande source de joie ». 

La carrière de Barbara Steinman prend véritablement son envol après un séjour à Vancouver dans les années 1970, où l’occasion lui est offerte d’expérimenter la vidéo. À son retour à Montréal en 1980, elle élargit l’étendue de sa pratique en créant des installations multimédias et in situ, qui définiront par la suite sa signature artistique. Son talent et sa créativité se démarquent rapidement, et ses œuvres sont présentées dans des biennales et différentes expositions au Québec, ailleurs au Canada et à l’étranger, notamment en 1990 dans l’un des plus prestigieux musées au monde : le Museum of Modern Art, à New York. 

La création de ponts entre l’individuel et le collectif constitue un moteur de l’inspiration de Barbara Steinman. Chacun de ses projets est un lieu d’exploration émotionnelle et conceptuelle auquel sont soumis les matériaux. Sensible à la vulnérabilité humaine, l’artiste accorde en outre une place importante à la critique sociale dans ses œuvres, qu’elle exprime avec subtilité et finesse. En témoignent ses installations Lux (2000), un lustre de style Empire transformé en chaîne d’acier, et Tapis rouge [d’ici à là-bas], qui intègre un motif d’ondes sonores tissé en laine, créé à la suite des événements du 11 septembre 2001. 

Parmi ses autres créations phares, notons Borrowed Scenery (1987), qui dresse des parallèles saisissants entre réfugiés, immigrants et touristes; Jour et nuit (1989), 4 photos d’une personne ayant trouvé refuge dans le chambranle de la porte d’un immeuble; et L’écoute (1992), installation composée de 2 photographies de mains tournées vers l’extérieur, disposées aux extrémités d’un mur. 

Son œuvre Signs, présentée à l’exposition inaugurale du Musée d’art contemporain de Montréal en 1992, puis à New York, à Toronto et à Vancouver, a particulièrement marqué les esprits. Devenue iconique, l’installation consiste en des boîtes signalétiques, dont l’inscription « SILENCE », au lieu de « SORTIE », s’allume et s’éteint de manière aléatoire, formant des vagues de lumière. Plus récemment, l’artiste multidisciplinaire repoussait de nouveau les limites de l’audace dans ses expositions Reconfigurations (2014) et Plonger au fond du rêve (2019) en revisitant les archives de son travail antérieur pour provoquer une migration de sens à l’intérieur même de son œuvre. « Je trouve merveilleux que des œuvres que j’ai créées il y a plus 30 ans continuent d’être exposées et de toucher un nouveau public, à côté d’œuvres plus récentes. La juxtaposition d’œuvres nouvelles et d’œuvres de 1986 en exposition solo à la Fonderie Darling, à Montréal, a été une expérience particulièrement gratifiante », mentionne-t-elle. 

Barbara Steinman possède une feuille de route remplie d’œuvres marquantes, faisant d’elle un modèle inspirant pour les jeunes générations d’artistes. Bien que discrète, elle brille de manière exceptionnelle par le truchement de son art, à la fois manifestation de son éblouissante éloquence et reflet de son immense talent. Pas moins de 31 institutions publiques au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde comptent 1 ou plusieurs de ses créations dans leurs collections permanentes. Celle qui se distingue également grâce à des œuvres d’art public, notamment avec Perennials (1998), à Vancouver, pour laquelle l’artiste a obtenu un prix Gold Georgie for Design Excellence, a aussi été récompensée d’un Prix du Gouverneur général, en 2002, et a reçu un doctorat honorifique de l’Université Concordia, en 2015. 

« Le meilleur conseil que j’ai reçu, et ce, très tôt, c’est : “N’arrête jamais de travailler” », dit-elle. À son tour, elle souhaite transmettre celui-ci à la relève : « Visez l’authenticité, gardez le cap sur votre travail, et votre carrière suivra. »

Information complémentaire

Membres du jury

Iris Amizlev (présidente)
Ute Wolff
Dave Hawey
José Luis Torres

Crédit photo :
  • Éric Labonté