Léon-Gérin
Création de :
Bruno Gérard

Récipiendaire

Bouchard, Gérard

Prix Léon-Gérin 1993
Catégorie : Scientifique

Historien

Né le 26 décembre 1943
Jonquière

Gérard Bouchard - lauréat
Photo : François Brunelle

La reconstitution des dynamiques collectives

Parmi les chercheurs ayant le plus contribué au développement des sciences humaines au Québec, Gérard Bouchard occupe une place de premier plan. La portée de ses interrogations et la valeur de sa contribution à l'établissement de nouveaux outils de recherche sont reconnues au pays comme à l'étranger. Ainsi, le généticien français Albert Jacquard affirme que « sa capacité à dominer les avancées conceptuelles, tout en gardant le souci du service à rendre aux hommes, fait de lui un modèle de chercheur en sciences humaines ».

Dès le début de sa carrière, Gérard Bouchard fait le choix exigeant de la pluridisciplinarité. Sa conception du travail de chercheur est basée sur la conviction que, pour bien circonscrire un trait ou un comportement, il convient de reconstituer la dynamique collective dont il procède. Aux fins de ses recherches sur les populations, menées depuis plus de 30 ans, il tente d'intégrer à sa pratique des méthodes issues de diverses disciplines. Fort de sa formation de sociologue et d'historien, il n'hésite pas à explorer les champs de la démographie, de l'ethnologie, de la génétique des populations, de la biochimie, de l'épidémiologie, de l'informatique et du droit.

Natif de Jonquière, au Saguenay, Gérard Bouchard étudie la sociologie à l'Université Laval, où il travaille avec Leon Dion et Fernand Dumont. En 1968, après une maîtrise en sociologie, il décide de faire un doctorat en histoire à l'Université de Paris. Sa thèse, intitulée Le village immobile. Sennely-en-Sologne (1972), lui attire un article élogieux dans Le Nouvel Observateur qui souligne notamment la clarté du propos et le caractère novateur de l'approche proposée.

Une expertise unique sur les populations

Gérard Bouchard revient au Québec en 1971 avec l'intention d'utiliser tous les moyens techniques et méthodologiques à la disposition des chercheurs, sans égard aux frontières maintenues entre les disciplines. Il entreprend la construction d'un fichier informatisé sur la population saguenayenne et fonde ensuite la Société interuniversitaire de recherches sur les populations (SOREP), qui deviendra, en 1993, l'Institut interuniversitaire de recherches sur les populations (IREP). Lorsqu'il en quitte la direction en 1998, l'IREP repose sur une entente de coopération entre sept universités québécoises et regroupe plus de 150 personnes, dont 50 chercheurs. Outre le développement et la gestion des banques de données, les travaux menés à l'Institut sont alors répartis en trois volets : génétique humaine, dynamiques culturelles, ainsi que famille, économie et société.

Bâti d'après les renseignements que renferment les actes de l'état civil qui ponctuent les principaux événements de la vie des populations, ce fichier informatisé, achevé en 1986, permet d'établir les histoires individuelles et familiales, ainsi que les généalogies. À cet égard, les administrateurs de l'IREP assurent la confidentialité des données du fichier par un système de protection conçu et mis à jour sous la supervision de juristes de l'Université Laval et de l'Université de Montréal.

Après avoir évalué le potentiel du fichier sur la population du Saguenay, Gérard Bouchard juge nécessaire d'en étendre les possibilités à l'ensemble de la population du Québec. Il lance donc en 1988 la construction du fichier BALSAC qui doit englober un jour l'ensemble de la population du Québec, du XVIIe au XXe siècle. Ce nouveau fichier constitue à vrai dire une entreprise gigantesque, puisqu'il s'agit d'informatiser et de traiter plus de 5 millions de documents. En outre, il permet d'effectuer des analyses comparatives avec des populations qui ont évolué dans des conditions semblables. Les résultats de certaines de ces études, parfois inattendus, démentent bon nombre de stéréotypes sur les caractéristiques de la population québécoise.

De nouveaux concepts en matière de génétique
des populations

Les thèmes de recherche de Gérard Bouchard sont variés : économie rurale, reproduction familiale, comportements démographiques, idéologies, dynamiques culturelles, nation et pluriethnicité, imaginaires collectifs, classes et mobilité sociales, évolution de l'historiographie. Il compte à son actif 22 ouvrages rédigés en majorité en collaboration avec d'autres chercheurs ou sous sa direction, dont Histoire d'un génome, premier ouvrage québécois portant sur la génétique des populations et l'épidémiologie génétique. Depuis quelques années, il travaille également sur les collectivités neuves ou cultures fondatrices étudiées dans une perspective comparée.

Certains des concepts élaborés par Gérard Bouchard, grâce à l'exploitation des fichiers de population, sont mondialement diffusés. Comme sociologue et historien, il innove grandement lorsqu'il s'intéresse à la signification sociale et culturelle des données démographiques. Gérard Bouchard se démarque notamment par ses efforts de modélisation en adaptant aux sciences humaines le mode de fonctionnement et certains éléments de méthodologie des sciences naturelles et médicales.


Résumé de carrière

1971
Doctorat en histoire de l'Université de Paris

1971-
Professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi

1972-1998
Fondateur et directeur de la Société interuniversitaire de recherches sur les populations, devenue l'Institut interuniversitaire de recherches sur les populations

1985
Prix Jacques-Rousseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1993
Prix Léon-Gérin

1996
Publication de l'ouvrage intitulé : Quelques arpents d'Amérique. Population, économie, famille au Saguenay, 1838-1971, honoré par le prix Lionel-Groulx, le prix François-Xavier-Garneau et le prix John A. Macdonald

2000
Prix du Gouverneur général pour l'ouvrage intitulé : Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde

2001
Prix Gérard-Parizeau - Histoire du fonds Gérard-Parizeau

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
28 novembre 1993

Membres du jury :
Serge Courville (président)
François Duchesneau
Micheline Dumont
Pierre Fortin
Lisa Serbin


Texte :
Viateur Boutot

Mise à jour :
Nathalie Dyke