Léon-Gérin
Création de :
Jacques Troalen

Récipiendaire

Brunet, Michel

Prix Léon-Gérin 1983
Catégorie : Scientifique

Historien

Né le 24 juillet 1917
Montréal
Décédé le 4 septembre 1985
Montréal

Michel Brunet - lauréat
Photo : Bernard Vallée

Un démystificateur de l'histoire canadienne

« Si j'étudie l'histoire, ce n'est pas pour m'ensevelir dans le passé mais pour mieux saisir le présent et prévoir l'avenir  », précise Michel Brunet, professeur. Par cet aphorisme, il traduit parfaitement son indéfectible engagement envers sa vocation d'historien. Convaincu que la connaissance historique constitue une voie royale d'approche pour la compréhension des problèmes contemporains, il assigne à l'historien un rôle d'éclaireur dans la société.

Le combat pour l'histoire

Dès le début de sa carrière, Michel Brunet s'engage sur la voie tracée par son maître Lionel Groulx en posant les premiers jalons d'une œuvre qui va l'inscrire dans la lignée des grands historiens nationalistes du Canada français. Sous l'influence de son collègue Maurice Séguin, le jeune professeur ne tarde pas à faire la promotion de l'École d'interprétation historique qui caractérise l'enseignement de l'histoire des « deux Canadas » à l'Université de Montréal. Le titre de son premier ouvrage, Canadians et Canadiens. Études sur l'histoire et la pensée des deux Canadas (1954), illustre bien cette nouvelle approche. Engagé dans un véritable combat, Michel Brunet cherche à dégonfler certains mythes sur l'histoire nationale dont il juge l'interprétation « dorée et faussée par l'émotion patriotique ». À ses yeux, cette histoire est chargée de « mythes-consolations » et « d'illusions-refuges » qu'il faut débusquer par une véritable pratique scientifique de l'histoire.

Pleinement conscient de l'importance de la connaissance historique, Michel Brunet consacre sa carrière à valoriser sa discipline tant par son enseignement magistral que par ses retentissants écrits et ses conférences. Témoignant d'une grande préoccupation intellectuelle pour le destin de la société québécoise à une époque où se préparent les principaux enjeux de la Révolution tranquille, Michel Brunet prend position sur des questions importantes, qu'il s'agisse des problèmes constitutionnels, du financement de l'enseignement supérieur ou de la réforme du système d'éducation. Dans ses nombreuses prises de position publiques, il fait preuve d'esprit critique et de lucidité sans céder à la tentation d'options politiques partisanes dont le prémunit la haute conception qu'il se fait et de sa vocation d'historien et de sa fonction de professeur d'université.

Une remarquable contribution
au rayonnement universitaire

Homme d'action et intellectuel, Michel Brunet contribue grandement au rayonnement de l'Institut d'histoire de l'Université de Montréal, fondé en 1947 et qui, quinze ans plus tard, sera transformé en département d'histoire. Sous sa direction, de 1959 à 1967, l'Institut puis le Département connaissent un essor sans précédent : le corps professoral passe de six à dix-huit membres, tandis que le nombre d'étudiants préparant un diplôme d'histoire s'élève à plus de 300.

Élu membre de l'Académie canadienne-française en 1961, Michel Brunet en devient secrétaire pendant dix ans. Sa réputation d'historien francophone du Québec lui vaut l'honneur, en 1969, d'être élu membre, à titre d'associé étranger, de l'Académie des sciences d'outre-mer de France. Quinze ans plus tard, cette distinguée académie lui réserve l'exceptionnel privilège d'une réception solennelle à l'occasion de la prise de possession de son fauteuil d'académicien.

Les efforts de chercheur et les talents d'écrivain de Michel Brunet seront doublement récompensés par l'attribution en 1970 du Prix littéraire du Gouverneur général du Canada et du prix France-Québec pour son ouvrage intitulé : Les Canadiens après la Conquête, 1759-1775. Le choix de cet ouvrage est d'autant plus heureux qu'il s'agit d'un sommet dans son œuvre. Fruit d'une longue recherche parvenue au terme de son mûrissement, cet ouvrage constitue un produit typique de l'École d'interprétation néo-nationaliste tant du point de vue de la problématique que de celui de la méthode. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui décerne aussi le prix Ludger-Duvernay en considération de sa contribution intellectuelle et des services rendus à la patrie.

Les années 70 marquent le rayonnement de l'enseignement de Michel Brunet hors des frontières nationales. En 1972, il se rend à Paris pour un séjour de six mois comme professeur invité par le Centre de recherches d'histoire nord-américaine de la Sorbonne. Quatre ans plus tard, il accepte une autre invitation pour être titulaire de la Chaire de civilisation québécoise créée à l'Université de Poitiers en vertu d'un programme de coopération franco-québécoise sous l'égide du ministère des Affaires intergouvernementales du Québec.

En 1978, à la veille de célébrer son trentième anniversaire de vie professorale, Michel Brunet reçoit la médaille de la Société historique de Montréal pour l'ensemble de son œuvre écrite et pour l'exceptionnelle portée de son enseignement magistral. Cinq ans plus tard, l'Université de Montréal lui confère le titre de professeur émérite.

Dans notre milieu universitaire, rares sont les professeurs de carrière qui se distinguent autant par leurs dons pédagogiques que par leurs talents oratoires et leur dynamisme. Michel Brunet a procuré à sa chaire professorale les vertus charismatiques qu'il tenait à la fois de sa vocation d'historien, de son profond engagement patriotique et de sa profession de foi néo-nationaliste.


Résumé de carrière

1949 Doctorat en histoire des États-Unis de la Clark University
1950-1985 Professeur à l'Institut, puis au Département d'histoire de l'Université de Montréal
1959-1967 Directeur de l'Institut, puis du Département d'histoire de l'Université de Montréal

1962-1972
Secrétaire de l'Académie canadienne-française

1970
Prix littéraire du Gouverneur général

1970
Prix France-Québec

1970
Prix Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

1970-1972
Président de l'Intitut d'histoire de l'Amérique française

1983
Prix Léon-Gérin

1983
Professeur émérite de l'Université de Montréal

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
11 octobre 1983

Membres du jury :
Colin H. Davidson
Valérien Harvey
Daniel Latouche
Yves Ouellette
Louise Quesnel-Ouellet


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Dyke