Léon-Gérin
Création de :
Nicole Taillon

Récipiendaire

Faucher, Albert

Prix Léon-Gérin 1985
Catégorie : Scientifique

Économiste

Né le 20 juillet 1915
Beauce
Décédé le 12 mars 1992
Beauce

Albert Faucher - lauréat
Photo : Bernard Vallée

Il est un des rares scientifiques québécois à posséder à la fois une bonne connaissance de l'analyse économique et des instruments de recherche historique. Encore aujourd'hui, ses questions continuent à hanter de nombreux chercheurs en sciences humaines.

Gilles Paquet, professeur, Faculté d'administration, Université d'Ottawa.

L'histoire économique comme laboratoire

En 1945, après des études de sciences sociales à l'Université Laval et un séjour d'études à l'Université de Toronto, Albert Faucher revient comme enseignant à l'Université Laval. Élève et disciple d'Harold Innis, l'un des plus prestigieux économistes historiens de son époque, il va consacrer sa vie à scruter le passé pour interroger le présent et l'avenir du Québec.

Pour Gilles Paquet, son ancien élève, les interrogations d'Albert Faucher restent d'actualité : « Keynes disait que les hommes et les femmes politiques colportent souvent sans s'en rendre compte des idéologies inventées par des économistes morts. Au Québec, sans toujours le savoir, les spécialistes des sciences humaines continuent d'essayer de répondre à des questions que leur a posées Albert Faucher dans les années 60 et 70. » L'historien se demande alors, entre autres, comment s'est construite la socioéconomie canadienne et il veut comprendre la dynamique des institutions sociales dans le contexte québécois. En 1983, un numéro complet de L'Actualité économique est consacré aux questions d'Albert Faucher posées 20, 30 ou même 40 ans plus tôt.

Les institutions et la société

Dès 1946, Albert Faucher considère que son rôle de professeur à la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval est de répondre aux besoins concrets du milieu. Ses travaux sont donc, au départ, orientés vers l'éducation populaire et, près du mouvement Desjardins, il publie plusieurs cours sur le coopératisme.

En 1950, Albert Faucher accède à la Chaire d'histoire économique du Département des sciences économiques de la même université. Sa thèse sur le continentalisme nord-américain et sur l'industrialisation du Québec suggère une nouvelle interprétation de l'histoire et propose une explication de rechange à ceux qui attribuent le retard économique du Québec aux valeurs culturelles des Canadiens français. Il insiste sur l'importance cruciale du contexte géotechnique particulier du Québec qu'il insère dans un espace économique plus vaste incluant les régions autour des Grands Lacs (Nouvelle-Angleterre, Midwest, Ontario et Québec) entre lesquelles joue un mécanisme complexe d'équilibration.

Un séjour à la London School of Economics en Angleterre, en 1953, marque un tournant important dans ses recherches. Il va se consacrer à l'étude des problèmes clés du XIXe siècle québécois, comme la crise dans le secteur de la construction navale, l'incidence de l'émigration massive des Canadiens français aux États-Unis et les difficultés financières de ce que l'on nomme alors la « Province du Canada ».

Albert Faucher est convaincu de l'importance des institutions pour harmoniser les tensions entre les contraintes géotechniques et les valeurs fondamentales d'une société. L'émigration d'un million de Canadiens français aux États-Unis à la fin du XIXe siècle illustre à la fois les processus d'équilibration entre des sous-régions dont la croissance économique diffère dramatiquement et l'effet d'une carence d'institutions sociales dynamiques capables d'enrayer cette hémorragie. Sachant qu'une population traditionnelle se reproduit tous les 30 ans, cela signifie que, sans cette hémorragie, le Québec compterait aujourd'hui près de 10 millions d'habitants.

Albert Faucher écrit ensuite deux ouvrages : Histoire économique et unité canadienne (1970) et Québec en Amérique au 19e siècle (1973). Il évoque la même problématique partout : comment les grands défis géographiques et techniques qui accompagnent l'arrivée des canaux et des chemins de fer et l'évolution de l'importance relative des produits de base (du fer vers les métaux non ferreux et l'hydroélectricité) vont déclencher la création d'institutions qui, selon leur adéquation ou leur efficacité, se traduiront en une performance socioéconomique plus ou moins significative.

Les questions d'abord

Gilles Paquet décrit son mentor comme un homme tiraillé, dont les recherches se traduisent souvent par des questions inattendues qui choquent. À un colloque tenu en 1964 sur le thème de la recherche au Canada français, il posera la même question dans divers ateliers : «  Pourquoi avons-nous au Québec autant d'avocats et si peu de juristes ? Pourquoi autant de curés et si peu de théologiens ? » En fait, Albert Faucher demande, à sa façon, pourquoi le Québec d'avant les années 60 ne s'est pas donné les institutions et les personnes « permettant de voir grand et loin. »

Par l'entremise de l'amical harcèlement intellectuel qu'il inflige à ses collègues chercheurs, Albert Faucher se perçoit comme une sorte d'« empêcheur de pelleter des nuages ». « Il veut montrer aux constructeurs de cathédrales que l'on ne peut construire un édifice sur des sables mouvants », dit Gilles Paquet. Bien sûr, il remet en question les théories des chercheurs en sciences humaines, mais il force aussi ses collègues économistes à repenser leur science.


Résumé de carrière

1950-1982
Professeur d'histoire économique au Département des sciences économiques de l'Université Laval

1953
Boursier de la Fondation Nuffield

1972
Membre de la Société royale du Canada

1973
Prix littéraire du Gouverneur général

1985
Prix Léon-Gérin

1988
Médaille Esdras-Minville de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et maître d'œuvre de l'ouvrage collectif intitulé : Cinquante ans de sciences sociales à l'Université Laval

1989
Médaille Innis-Gérin de la Société royale du Canada

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
24 septembre 1985

Membres du jury :
Jean-Louis Bergeron
Nicole Gagnon
Anne Germain
Cameron Nish
Andrée Pomerleau


Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour :
Nathalie Dyke