Léon-Gérin
Création de :
Élizabeth Jelen

Récipiendaire

Gouin Décarie, Thérèse

Prix Léon-Gérin 1988
Catégorie : Scientifique

Psychologue

Née le 30 septembre 1923
Montréal

Thérèse Gouin Décarie - lauréate
Photo : Bernard Vallée

[…] il ne reste qu'à féliciter Mme Gouin Décarie d'avoir si clairement montré les points d'accord et de désaccord entre le courant freudien et nos propres points de vue, ce qui ne peut que favoriser les travaux ultérieurs et être utile à tous.

Jean Piaget, Genève, avril 1962.

Une vision globale du développement
de l'enfant

Comment s'imbriquent l'affectivité et la cognition dans le développement de l'enfant est la question au centre des préoccupations de la psychologue Thérèse Gouin Décarie depuis près de 45 ans. Piagétienne avant la plupart de ses collègues nord-américains, elle contribue à faire connaître les théories du scientifique suisse au Canada et aux États-Unis. Adepte d'une conception globale de la psychologie, elle rapprochera les théories de Piaget et de Freud pour mettre en évidence le processus dynamique de l'intégration de l'enfant dans l'univers des humains.

Pour un développement global

Il ne fait aucun doute, de nos jours, que l'analyse du développement de l'enfant doit tenir compte des rapports entre les dimensions cognitive et psychoaffective. Jusqu'au début des années 60, cependant, l'interaction des théories de Piaget et de Freud n'est pas évidente. Alors que Piaget voit dans le jeune enfant un petit physicien qui construit ses connaissances à partir d'objets, Freud perçoit l'importance des instincts et de la recherche du plaisir. La psychologue Thérèse Gouin Décarie fait partie des avant-gardistes qui prônent alors et démontrent l'interdépendance des développements mental, affectif, social et moteur.

Sa thèse de doctorat, Intelligence et affectivité chez le jeune enfant, publiée en 1962 chez Delachaux et Niestlé avec une préface de Piaget, sera traduite par la suite en anglais, en espagnol et en italien. Elle constitue indéniablement l'une des premières tentatives de mise en relation des développements affectif et cognitif de l'enfant préverbal.

Les enfants de la thalidomide

Au début des années 60, Thérèse Gouin Décarie étudie le cas des enfants atteints de malformations congénitales causées par la thalidomide. On ne connaît alors rien du développement mental des victimes de ce médicament. Des articles de revues médicales les disent doués d'une intelligence normale ou même supérieure, mais personne n'a encore vérifié cette affirmation. Invitée par l'Institut de réadaptation de Montréal à approfondir la question, elle dirige, de 1962 à 1969, une équipe de recherche préoccupée par l'évaluation du potentiel intellectuel et affectif de ces enfants.

Plusieurs d'entre eux n'ont aucun membre supérieur et ne possèdent donc pas la coordination occulo-manuelle, si importante, selon Piaget, pour la construction de la notion d'objet. La psychologue Gouin Décarie découvre, chez ces enfants, une proportion plus élevée de sujets présentant un déficit intellectuel que dans la population en général. Elle constate toutefois que cette proportion est habituelle chez les enfants souffrant de problèmes neurologiques, de déficits moteurs ou de handicaps visuels.

La socialisation des enfants

La socialisation du nourrisson est aussi un thème cher à Thérèse Gouin Décarie. Depuis plus de 30 ans, ses travaux mettent en évidence la propension du nourrisson à être attiré, inquiété, influencé par les stimulations émanant des êtres humains. La chercheuse et son équipe comparent, entre autres, les réactions du bébé à l'égard de la personne étrangère et celles qui sont suscitées par un objet mobile inconnu.

« Au-delà du monde physique, Thérèse Gouin Décarie généralise, dans le monde social, les théories de Piaget  », explique Diane Poulin-Dubois, du Centre de recherche en développement humain de l'Université Concordia. Néopiagétienne avant l'heure, la chercheuse aide à faire reconnaître que les relations amicales précoces contribuent au développement cognitif de l'enfant et que les confrontations avec les compagnons de jeu sont sources d'évolution.

Depuis 1998, Thérèse Gouin Décarie poursuit, avec sa collaboratrice Marcelle Cosette-Ricard, une recherche longitudinale relative à la structuration de la théorie de l'esprit chez les jumeaux.

Un parcours et des engagements

Formée dans les années 40 à l'Institut de psychologie de l'Université de Montréal, la psychologue étudie à Boston et à Paris avant de terminer son doctorat à l'Université de Montréal. Professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal depuis 1951, elle a formé de nombreux chercheurs en psychologie. Dans les années 50, elle participe à la fondation de la Société canadienne des jardinières d'enfants. Elle est aussi membre du Conseil de l'Université de Montréal durant de nombreuses années, du Conseil des universités de 1986 à 1991 et de la Commission de vérification de l'évaluation des programmes des universités du Québec de 1996 à 1999.

Titulaire de trois doctorats honoris causa (des universités Ottawa, Concordia et Moncton), première femme à recevoir le prix Marcel-Vincent de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, Thérèse Gouin Décarie est également la première femme, dans le domaine des sciences humaines, à devenir membre du Conseil national de recherches du Canada et à recevoir un prix du Québec dans le domaine scientifique. Épouse, mère de quatre enfants et grand-mère de deux petits-enfants, cette pionnière trouve dans sa famille ce « quota de bonheur » qu'elle juge essentiel tout autant pour l'homme de science que pour la femme de carrière.


Résumé de carrière

1951-
Professeure à l'Institut de psychologie et au Département de psychologie de l'Université de Montréal

1960
Doctorat en psychologie de l'Université de Montréal

1969
Membre de la Société royale du Canada

1971
Officier de l'Ordre du Canada

1971
Membre à vie de la Société canadienne de psychologie

1988
Prix Léon-Gérin

1990
Distinguished fellow de l'International Society for Infant Study

1991
Professeure émérite de l'Université de Montréal

1991
Médaille Innis-Guérin de la Société royale du Canada

1994
Officier de l'Ordre national du Québec

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
17 octobre 1988

Membres du jury :
Jean-Thomas Bernard
Michel Despland
Gérard Poulin
Régine Robin
Normand Séguin


Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour :
Nathalie Dyke