Léon-Gérin
Création de :
Anne Fauteux

Récipiendaire

Trigger, Bruce G.

Prix Léon-Gérin 1991
Catégorie : Scientifique

Anthropologue

Né le 18 juin 1937
Preston (Ontario)
Décédé le 1 décembre 2006
Montréal

Bruce G. Trigger - lauréat
Photo : Ronald Maisonneuve

Un érudit d'archéologie

Des rives du Nil au territoire de l'ancienne Huronie, de l'archéologie à l'histoire moderne, Bruce G. Trigger voyage aisément. Par sa pensée originale et sa vaste érudition, cette figure marquante de l'anthropologie contemporaine sait réunir, sous le faisceau d'une réflexion inclusive, les connaissances qu'apportent les diverses sciences s'intéressant au passé.

Né en 1937 à Preston, en Ontario, Bruce G. Trigger grandit au contact d'un milieu de tradition allemande et, tout jeune, il est mis au courant des atrocités du nazisme. Ces révélations influencent son regard sur le monde et sur les relations entre les peuples. Par ailleurs, à l'âge de 9 ans, il reçoit en cadeau un livre d'images sur l'Égypte ancienne. Voilà le début d'une grande passion pour l'archéologie. L'ensemble de son œuvre sera ainsi marqué par ces deux influences : un attrait pour les civilisations anciennes et un désir de comprendre l'oppression de certains groupes dans un contexte plus contemporain.

Après avoir étudié l'anthropologie à l'Université de Toronto, Bruce G. Trigger part pour l'Université Yale, où il obtient son doctorat en 1964. Sa thèse est consacrée aux modes de peuplement de l'ancienne Nubie, cette région de l'Afrique du Nord-Est qui s'étend d'Assouan, en Égypte, à Karthoum, au Soudan. Déjà, il cherche à utiliser les découvertes archéologiques pour mieux connaître les comportements des individus des hautes civilisations anciennes. Il commence ensuite à explorer les relations entre l'archéologie et les autres branches de l'anthropologie, soucieux d'aider les archéologues à interpréter les changements qu'ils détectent dans ces sociétés millénaires.

Bruce G. Trigger devient une autorité internationale en archéologie de la Nubie et dans les langues de cette région. Il voit alors s'ouvrir devant lui une carrière universitaire fort prometteuse aux États-Unis.

Une nouvelle interprétation de l'histoire

Parallèlement à ses travaux sur l'Afrique, Bruce G. Trigger se tourne vers le Canada. À la suite d'un premier article sur la destruction de la Huronie, il se penche assidûment sur les Hurons. Il quitte alors les États-Unis et se joint, en 1964, au Département d'anthropologie de l'Université McGill. Son choix est aussi motivé par le fait qu'il se sent plus en accord avec les valeurs qui ont cours au Canada : un sens des droits collectifs et un partage des responsabilités sociales qui, croit-il, assurent un meilleur avenir à notre société que l'individualisme à l'américaine.

Tout en approfondissant les caractéristiques des sociétés autochtones, Bruce G. Trigger s'attache à mettre en évidence le rôle des Premières Nations dans la construction du pays, permettant de mieux apprécier les mœurs et les coutumes amérindiennes. Deux de ses ouvrages sur l'ethnohistoire des peuples autochtones du Canada, devenus de véritables classiques dès leur parution en anglais, seront traduits en français : Les enfants d'Aataentsic, une histoire magistrale des Hurons, et Les Indiens, la fourrure et les Blancs : Français et Amérindiens en Amérique du Nord.

Les travaux du professeur Trigger sur le développement méthodologique et théorique de l'archéologie en font le maître à penser de toute une génération de préhistoriens. Cette démarche critique, présente à travers l'ensemble de son œuvre, culmine dans sa monographie sur l'histoire de l'archéologie, parue en 1989 : A History of Archaeological Thought. Il y évalue, à la fois comme praticien et comme historien des sciences, les différentes écoles et théories archéologiques, en montrant comment elles subissent l'influence du contexte social, culturel et politique de leur époque. Il va même jusqu'à prévoir l'évolution probable de cette discipline.

Tout au long de sa carrière, la polyvalence de Bruce G. Trigger et l'importance de sa contribution scientifique sont soulignées à plusieurs reprises. De plus, il est adopté par les Hurons, qui le nomment, en 1989, membre honoraire du clan de la Grande Tortue.

Une référence incontournable

Dès son arrivée à l'Université McGill, en 1964, Bruce G. Trigger déploie une activité remarquable au sein de son université comme dans plusieurs sociétés scientifiques. Il dirigera une dizaine de thèses de doctorat et l'équivalent en ce qui concerne la maîtrise au Département d'anthropologie. Auteur prolifique, il publie un nombre impressionnant d'articles de fond ainsi que seize ouvrages, dont plusieurs sont considérés comme des ouvrages de référence en matière d'archéologie. On peut d'ailleurs difficilement enseigner cette science aujourd'hui sans faire référence à ses travaux.

Bruce G. Trigger est libéré en 1991 de sa charge d'enseignement grâce à une bourse de recherche Killam du Conseil des arts du Canada pour qu'il puisse consacrer la majeure partie de son temps à une analyse comparative de sept hautes civilisations préindustrielles d'Afrique, d'Asie et d'Amérique. Le fruit de ce laborieux travail est presque achevé et sera publié sous la forme d'un traité monumental intitulé : Understanding Early Civilizations.

Pour couronner le tout, en 2001, Bruce G. Trigger est nommé à l'une des premières chaires James McGill de l'Université McGill en reconnaissance de ses travaux exceptionnels.


Résumé de carrière

1964
Doctorat en anthropologie de l'Université Yale

1964-
Professeur au Département d'anthropologie de l'Université McGill

1979
Médaille Cornplanter pour la recherche iroquoien

1985
Médaille Innis-Gérin de la Société royale du Canada

1987
Prix John Porter pour l'ouvrage Natives and Newcomers

1991
Prix Victor-Barbeau de l'Académie canadienne-française pour l'ouvrage Les Indiens, la fourrure et les Blancs : Français et Amérindiens en Amérique du Nord

1991
Prix Léon-Gérin

2001
Titulaire d'une chaire James McGill de l'Université McGill

2001
Officier de l'Ordre national du Québec

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
28 octobre 1991

Membres du jury :
Claude Rochette (président)
Marc Angenot
Andrée Lajoie
Romain Rousseau
Céline Saint-Pierre


Texte :
Vonik Tanneau

Mise à jour :
Nathalie Dyke