Marie-Victorin
Création de :
Ghislaine Fauteux-Langlois

Récipiendaire

Dansereau, Pierre

Prix Marie-Victorin 1983
Catégorie : Scientifique

Écologiste

Né le 5 octobre 1911
Montréal
Décédé le 20 septembre 2011
Montréal

Pierre Dansereau - lauréat
Photo : Marc Lajoie

« Mon premier plaisir a toujours été celui d'ausculter l'anatomie de la planète » , indique Pierre Dansereau, et les aspirations auxquelles tend l'« écologiste aux pieds nus » ont guidé sa carrière scientifique vers des voies inexplorées. Reconnu comme l'un des fondateurs de l'écologie moderne - l'Encyclopaedia Britannica le situe parmi les principaux théoriciens de cette science -, cet observateur du milieu se voue, depuis plus de 60 années, à l'étude des relations de l'être humain et de son milieu, conférant à l'écologie ses premières lettres de noblesse sur le plan international, et ce, bien avant que se développent les considérations environnementalistes. Son confrère André Lafond reconnaît toute la portée des travaux du scientifique, à l'heure où les individus s'éveillent au respect de l'environnement : « Tout le développement de l'écologie s'est fait dans la nouvelle perspective qu'a amenée Pierre Dansereau, par cette influence qu'il a eue dans sa façon de concevoir sa discipline. De la simple contemplation de la nature qu'était l'écologie, il a fait une science capable d'accéder à une compréhension plus immédiate de notre environnement réel. »

Sur les traces du frère Marie-Victorin

À son retour d'Europe, à la fin des années 30, après avoir obtenu à Genève un doctorat en sciences naturelles, Pierre Dansereau constate que rares sont les universités qui acceptent cette jeune science qu'est l'écologie. Il fait ses premières armes auprès du frère Marie-Victorin, qu'il côtoie au jardin botanique de Montréal. L'illustre botaniste représente, certes, un modèle, mais Pierre Dansereau s'en démarque néanmoins rapidement, ainsi que des grands naturalistes québécois qui l'ont inspiré. Il intègre très tôt de nombreux paramètres qui décrivent le monde végétal et animal en relation avec l'être humain, préparant ainsi la venue des sciences de l'environnement.

Sa carrière encore jeune, Pierre Dansereau innove en introduisant au Québec une nouvelle science élaborée en Suisse et en Allemagne : la phytosociologie, qui emprunte les concepts de la sociologie humaine pour les appliquer aux végétaux. Ses premiers efforts d'association entre la sociologie des plantes et des populations forestières ont pour résultat une étude portant sur l'érablière laurentienne, une première contribution qui, par sa méthodologie et sa démarche de globalisation, influe sur le développement de l'écologie, notamment l'écologie forestière.

La fusion de deux champs d'études auparavant cloisonnés s'élargit et donne lieu, à la fin des années 50, à une œuvre d'importance qui s'impose, à l'échelle internationale, comme ouvrage de référence, soit Biogeography : An Ecological Perspective. La perspective multidisciplinaire adoptée, dans laquelle la géographie est traitée sur une base biologique, donne un ton inédit à l'ouvrage livrant une première synthèse des connaissances sur les formes de végétation du monde.

Un humanisme scientifique

L'effort de synthèse de Pierre Dansereau va définitivement s'orienter vers une nouvelle science, l'écologie humaine, qui effectue un rapprochement entre les sciences de la nature et les sciences humaines. Ce tournant décisif s'amorce au cours des années 60, lors d'un séjour de Pierre Dansereau à New York, à titre de directeur adjoint du jardin botanique de cette ville. Plongé en milieu urbain, il se rend compte que l'écologie ne concerne pas uniquement la préservation des milieux naturels, mais qu'elle doit également inclure l'étude du milieu travaillé par l'être humain. Examiner le bitume au même titre que la tourbière.

Pierre Dansereau découvre dans le milieu urbain une architecture complexe dont l'étude écologique, si elle veut en saisir toutes les structures, doit passer autant par la psychologie que par l'économie, la politique ou l'anthropologie. Les idées découlant de ce nouvel humanisme scientifique attirent, dès le départ, une audience internationale et forment la base du développement de l'écologie humaine. Depuis plus de vingt années, les travaux du chercheur se situent à la frontière de champs interdisciplinaires, en voie d'élaborer une science englobant les diverses sphères du savoir humain.

Un citoyen du monde

La vision globale du chercheur profite à maints égards de ses nombreux déplacements. Le monde constitue en effet aux yeux de Pierre Dansereau un véritable laboratoire et un champ de réflexion privilégié. Voilà comment on le retrouve au Nicaragua, dirigeant les travaux d'un étudiant sur l'érosion des sols, au Mexique, pour l'aménagement d'un parc national, en Scandinavie, en Arctique, en Nouvelle-Zélande ou aux îles Canaries, où il approfondit sa connaissance des forêts et des grandes formations végétales du monde. Son enseignement suit un itinéraire aussi varié. Premier professeur à donner un cours d'écologie à l'Université de Montréal, il partage par la suite ses connaissances avec des étudiants et des professeurs d'une vingtaine d'universités réparties sur cinq continents.

Pierre Dansereau, dont le savoir est alimenté par ses nombreuses excursions planétaires, développe une pensée écologique qu'il présente à l'occasion de colloques internationaux ou de consultations publiques. Il est à l'origine du concept qu'il se plaît à nommer l'« austérité joyeuse », programme d'action mettant un frein à l'escalade de la surconsommation et du gaspillage, au moyen de restrictions volontaires telle l'économie d'énergie.

Partant du grand principe écologique selon lequel tout est en interaction, Pierre Dansereau se consacre à la compréhension de la biosphère. Sa vision inclut l'activité de l'être humain dans un milieu où tout doit coexister, le développement industriel aussi bien que les régions sauvages. L'écologiste de la première vague écrit à propos de son maître à penser, le frère Marie-Victorin : « Nous avions un indigène de notre culture qui tirait une œuvre de lui-même et du paysage qui l'entourait. » Aujourd'hui, les jeunes générations d'écologistes éprouvent à l'endroit de Pierre Dansereau une reconnaissance du même ordre.


Résumé de carrière

1939
Doctorat en sciences de l'Université de Genève

1943-1950
Fondateur et directeur du Service de biogéographie à l'Université de Montréal

1949
Membre de la Société Royale du Canada

1955-1961
Directeur de l'Institut botanique et doyen de la Faculté des sciences de l'Université de Montréal

1961-1968
Directeur adjoint du New York Botanical Garden

1969
Compagnon de l'Ordre national du Canada

1972-1976
Directeur de programme au Centre de recherche en sciences de l'environnement de l'Université du Québec à Montréal

1976
Professeur émérite de l'Université du Québec à Montréal

1983
Prix Marie-Victorin

1985
Prix Izaak-Walton-Killam du Conseil des arts du Canada

1985
Membre de l'Académie des sciences de Lisbonne

1988
Chevalier de l'Ordre national du Québec

1992
Grand officier de l'Ordre national du Québec

1995
Médaille Dawson de la Société royale du Canada

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
11 octobre 1983

Membres du jury :
François Ameye
Jacques Desnoyers
Elaine B. Newman
Claude-Lise Richer
Andrée Roberge


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Kinnard