Marie-Victorin
Création de :
Denys Michaud

Récipiendaire

LeBlanc, Jacques

Prix Marie-Victorin 1989
Catégorie : Scientifique

Physiologiste

Né le 23 août 1921
Saint-Joachim-de-Montmorency
Décédé le 13 novembre 2010
Québec

Jacques LeBlanc - lauréat
Photo : Daniel Lessard

Jacques LeBlanc fait figure de pionnier de la recherche biomédicale au Québec et au Canada, et cela, non seulement à cause de l'époque héroïque pendant laquelle il a commencé sa carrière (1950), mais aussi parce qu'il s'est fait connaître très tôt par la qualité et l'originalité de ses recherches.

Michel Jobin, professeur associé et ex-directeur, Département de physiologie, Faculté de médecine, Université Laval.

Le physiologiste Jacques LeBlanc, dont l'œuvre est basée sur la relation de l'être humain avec son milieu, inspire le respect dans le domaine de la recherche biomédicale en raison de l'audace de ses travaux. Depuis près de 50 ans, ce chercheur passionné interprète un aspect tout particulier des liens étroits de l'être humain avec la nature : l'exposition au froid. Les travaux de ce Québécois, qui s'impose en expert des mécanismes de résistance et d'adaptation au froid, suscitent très tôt l'intérêt des milieux scientifiques internationaux en raison de leur qualité et, surtout, de leur nouveauté.

Les chemins de la recherche

Dès sa sortie du tout nouveau Département de biologie de l'Université Laval — en 1947, il est de la troisième promotion —, Jacques LeBlanc fait preuve d'initiative. Il poursuit des études de troisième cycle à une époque où la recherche biomédicale en est encore à ses premiers balbutiements. L'aventure en vaut la peine. Il devient l'un des chefs de file de la jeune discipline.

D'abord pour le ministère de la Défense canadienne puis celui de la Défense américaine, le chercheur s'attaque, au cours des années 50, à un domaine peu exploré : la physiologie humaine appliquée. Ses premiers travaux témoignent de « son effort de guerre » sur le plan scientifique. Il démontre en effet que la vitamine C réduit les douleurs aux pieds, à l'œdème, ainsi que la difficulté à marcher des militaires exposés au froid pendant longtemps et dont le régime est déficient en calories. À la suite de ces résultats, 500 mg de vitamine C seront ajoutés aux rations de survie de l'armée canadienne.

Que ce soit dans les laboratoires de recherche ou dans l'immense laboratoire naturel du Grand Nord canadien, Jacques LeBlanc dissèque les moindres détails de la machine du froid pour ses études réalisées sur les Inuits, les militaires, les pêcheurs de la Gaspésie, les débardeurs ou encore les postiers. Ses résultats, résumés dans ses multiples publications ou livrés lors de communications dans le monde entier, se trouvent finalement rassemblés, en 1975, dans un ouvrage qui fait autorité dans les milieux scientifiques : Man in the Cold. Cet ouvrage présente les découvertes de l'un des premiers physiologistes à se pencher sur les mécanismes de régulation des températures.

De l'espoir pour le traitement du diabète et de l'obésité

Les travaux de Jacques LeBlanc ne se limitent pas au seul domaine du froid. Se greffent bientôt sur ceux-ci des études concernant l'endocrinologie, le système nerveux, la nutrition et l'activité physique, ce qui confère ainsi une richesse et une profondeur particulières à son œuvre. Il s'intéresse plus précisément, dans les années 70, aux effets de l'exercice sur la tolérance au glucose, la sécrétion d'insuline et les dépenses énergétiques. Ses recherches aboutissent à une découverte d'une grande importance médicale : l'entraînement physique réduit d'environ 40 p. 100 les besoins d'insuline. Ces résultats prometteurs ouvrent de nouvelles perspectives dans la recherche sur le diabète. Des applications immédiates quant au traitement et à la prévention de la maladie sont de surcroît entrevues.

La perspicacité et le sens de l'innovation caractérisant Jacques LeBlanc le conduisent à des observations originales sur la nutrition et qui trouvent des applications directes dans la compréhension de l'obésité. Le chercheur démontre, par exemple, que plus appétissante est la nourriture, plus grande est la dépense de calories lors de l'ingestion. Ainsi, il constate que plusieurs petits repas alléchants, au lieu des trois repas traditionnels, augmentent les dépenses d'énergie du métabolisme. La découverte de ces mécanismes donnera lieu à de nouvelles recherches en vue de vérifier s'ils n'ont pas une incidence sur la prise de poids des personnes obèses.


Dans la lignée des grands physiologistes classiques

Au fil de sa carrière, le professeur Jacques LeBlanc délaisse souvent les sentiers battus; il est un des rares physiologistes à faire ses expériences autant sur les animaux que sur les humains, ce qui, dans le dernier cas, se révèle une plus délicate et complexe entreprise. L'avantage de cette démarche expérimentale vaut tout de même l'effort, car elle permet de situer le sujet dans sa totalité.

Michel Jobin, un de ses proches collègues, explique d'ailleurs à cet égard que, « à l'heure où la recherche biomédicale est de plus en plus orientée vers la biologie moléculaire, Jacques LeBlanc continue de mener avec beaucoup de succès une recherche plus globale, qui le situe dans la lignée des grands physiologistes classiques  ». La perspective d'ensemble qui distingue Jacques LeBlanc est par ailleurs mêlée d'une touche incontestable d'imagination et d'intuition. Cette dernière aptitude se manifeste, par exemple, lorsque, parmi une infinité de possibilités de protocoles expérimentaux, le scientifique sait détecter celui qui le mènera directement aux résultats lui permettant de vérifier son hypothèse.

Un enthousiasme intarissable

La qualité de l'ensemble de l'œuvre de Jacques LeBlanc inspire le respect à ses pairs et lui procure l'appui des organismes subventionnaires, notamment ceux du Conseil de recherches médicales et de la Défense nationale. Plus significative encore est l'attribution d'un des rares postes de chercheurs de carrière du Conseil de recherches médicales du Canada, qu'il a obtenu en 1956. Cette bourse a été maintenue sans interruption jusqu'en 1993… au-delà de l'âge de retraite du chercheur. Voilà qui vient confirmer d'admirable façon la qualité première que lui reconnaissent ses collègues : un éternel enthousiasme à l'égard de la dernière recherche en cours. Cet intarissable engouement se traduit encore à 80 ans, alors que Jacques LeBlanc poursuit une recherche sur les variations individuelles au stress, subventionnée par la Défense nationale.


Résumé de carrière

1951
Doctorat en physiologie de l'Université Laval

1953-1956
Chercheur au Northern Research Laboratories du Manitoba

1956-1958
Chercheur au Medical Laboratories Research Center du Maryland

1958-1993
Boursier du Conseil de recherches médicales du Canada

1958-1993
Professeur à l'Université Laval

1967
Fondateur du Groupe de recherche en endocrinologie climatique de l'Université Laval

1989
Prix Marie-Victorin

1992
Membre émérite de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS)

1993-2001
Professeur associé à l'Université Laval

1994
Professeur émérite de l'Université Laval

1996
Prix Michel-Sarrazin du Club de recherche clinique du Québec

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
2 novembre 1989

Membres du jury :
Alain Caillé
Rita Dionne-Marsolais
François Tavenas
Jacques Valade


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Kinnard