Marie-Victorin
Création de :
Louis-Jacques Suzor

Récipiendaire

Mason, Stanley-Georges

Prix Marie-Victorin 1986
Catégorie : Scientifique

Chimiste et physicien

Né le 20 mars 1914
Montréal
Décédé le 21 avril 1987
Grand-Mère

Stanley-Georges Mason - lauréat
Photo : Bernard Vallée


Stanley Mason et ses élèves ont révolutionné notre façon de penser au sujet de la suspension et de la dispersion des particules dans les fluides […] L'appellation même de la science de la microrhéologie porte l'empreinte de Mason.

Howard Brenner, professeur, Département de génie chimique, Massachusetts Institute of Technology, 1990.

Stanley G. Mason est considéré par de nombreux chercheurs du monde entier comme le fondateur de la microrhéologie. En observant et en analysant le comportement des particules en suspension dans les liquides, le chimiste réussit à étendre le champ des connaissances de la rhéologie qui se limite, lorsqu'il commence ses recherches, à l'étude des déformations et de l'écoulement de la matière.

Parallèlement à cette exploration inédite et fertile en connaissances fondamentales, le chercheur pose les fondements scientifiques de nombreuses améliorations technologiques, notamment dans les domaines des pâtes et papiers, des polymères et de la recherche biomédicale.

De la fibre de bois à la microrhéologie

Après s'être consacré à l'enseignement et à la recherche militaire pendant sept années, Stanley G. Mason se retrouve, en 1946, à l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers. Il devient rapidement directeur de la Section de chimie appliquée et commence en même temps à enseigner au Département de chimie de l'Université McGill. Cette double carrière durera près de 40 ans.

Tentant de résoudre des problèmes particuliers et concrets de l'industrie des pâtes et papiers, le chercheur s'engage dans les sentiers inexplorés de ce qui deviendra la microrhéologie. Il se demande plus précisément comment réagissent les fibres de bois en suspension dans l'eau et quelles sont les dynamiques qui les animent. La réponse à cette question à deux volets a d'abord pour objet de mieux comprendre certains phénomènes, comme celui de la floculation (agrégats de particules), qui nuisent à la qualité du papier. La recherche de la réponse conduit Stanley G. Mason à promouvoir une toute nouvelle perception des lois qui régissent les particules en suspension.

L'industrie des pâtes et papiers profite rapidement de la mise en évidence des diverses propriétés mécaniques des fibres de cellulose. Ainsi, le chercheur circonscrit et mesure les paramètres caractérisant le gonflement, l'affaissement et la contraction de ces particules, l'évolution des diverses surfaces des fibres ainsi que la nature de leur flexibilité. À vrai dire, Stanley G. Mason est le premier chimiste à faire ce genre d'études. Grâce à sa formation d'ingénieur, il invente, au fil de ses travaux, les instruments lui permettant de mesurer ces phénomènes.

Ses élèves et collègues, Harry L. Goldsmith et David A. I. Goring, écrivent ceci en août 1979 dans le Journal of Colloid and Interface Science : « Le professeur Mason est capable de disséquer un problème complexe en imaginant une séquence d'expériences relativement simples pouvant être rigoureusement analysées en fonction de la théorie. Mais au-delà de cette apparente simplicité, l'exécution et l'interprétation des expériences de Stanley G. Mason sont d'une facture remarquablement savante et complexe. »

Des théories fécondes

À la suite de ses études expérimentales, le professeur Mason énonce de nombreuses théories qui expliquent les phénomènes régissant les mécanismes des suspensions. Ces théories et concepts sont désormais mis en pratique dans plusieurs champs : dans la préparation des émulsions (peinture, homogénéisation du lait) et dans les industries du textile, de la chimie, des plastiques et du pétrole, sans oublier la recherche biomédicale, où l'on comprend désormais mieux les dynamiques et les agrégations du sang.

Stanley G. Mason porte d'ailleurs un grand intérêt à l'application de ses recherches en biologie, particulièrement dans l'étude du sang. Ce matériau complexe est formé de 40 à 45 p. 100 de formes peu stables en suspension, les globules. Avant la diffusion des travaux du chercheur montréalais, les physiologistes et les ingénieurs qui s'intéressent à l'hémodynamie ne prêtent guère attention aux propriétés des suspensions microscopiques des corpuscules du sang. Aujourd'hui, presque tous les textes scientifiques traitant de l'écoulement ou des suspensions du sang font référence aux recherches de Stanley G. Mason. La contribution du scientifique ne se limite pas à ses importants travaux concernant la compréhension des mécanismes de la circulation sanguine, mais elle se reflète aussi dans l'influence qu'il a exercée sur ses étudiants, en les incitant à travailler dans ce domaine.

Des qualités de vulgarisateur et de cinéaste

Stanley G. Mason est également réputé pour ses qualités de vulgarisateur et de cinéaste. Ses préoccupations de pédagogue ressortent de ses travaux de recherche, et c'est par l'entremise du septième art qu'il divulgue la microrhéologie à des auditoires du monde entier.

Au cours de plus de 500 conférences, Stanley G. Mason illustre la nature des phénomènes étudiés à l'aide de films qu'il tourne lui-même à travers un microscope. Des prises de vue étonnantes et colorées montrent des sphères, des bâtonnets, des disques, des spirales et des fibres de pâte qui s'enroulent, se déforment, interagissent, s'enchevêtrent ou se dispersent. « Devant la beauté des images, rappellent Harry L. Goldsmith et David A. I. Goring, on est tenté d'oublier la multitude de mesures fastidieuses et la théorie rigoureuse qui sous-tendent l'interprétation quantitative exacte des données obtenues par le professeur Mason. »

« Décédé en 1987, M. Mason continue d'être une source d'inspiration, non seulement pour les quelque 80 chercheurs avec lesquels il a produit 270 publications, mais pour toute une génération de scientifiques pour qui il incarne l'excellence », résume Theo van de Ven, directeur du Centre de recherches sur les pâtes et papiers de l'Université McGill.


Résumé de carrière

1939
Doctorat en chimie physique de l'Université McGill

1946-1979
Directeur de la chimie physique à l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers

1950
Membre de la Société royale du Canada

1967
Prix Kendall Company de l'American Chemical Society

1969
Prix Anselme-Payen de l'American Chemical Society

1969
Médaille Bingham de la Society of Rheology américaine

1973
Médaille de l'Institut de chimie du Canada

1979-1987
Consultant à l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers

1980
Médaille Howard N. Potts du Franklin Institute

1980
Associé étranger de la National Academy of Engineering américaine

1984
Distinguished Member de l'International Society of Biorheology

1985
Professeur émérite de l'Université McGill

1986
Prix Marie-Victorin

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
21 octobre 1986

Membres du jury :
Louis Berlinguet
Serge Carrière
Michel Desrochers
Denise Therrien-Ballulo
Hugh Wynne-Edwards


Texte :
Élaine Hémond

Mise à jour :
Nathalie Kinnard