Wilder-Penfield
Création de :
Michel Burns

Récipiendaire

de Champlain, Jacques

Prix Wilder-Penfield 1996
Catégorie : Scientifique

Chercheur clinicien

Né le 13 mars 1938
Québec
Décédé le 15 juillet 2009
Montréal

Jacques de Champlain - lauréat
Photo : Roch Théroux

Envers et contre tous

« J'ai failli abandonner », confie le professeur Jacques de Champlain dans son laboratoire de l'Université de Montréal en évoquant le début de sa carrière. En 1965, personne ne croit que le système nerveux peut jouer un rôle dans l'hypertension artérielle. Une telle idée paraît même extravagante. Pourtant, la démonstration est claire : l'administration massive de sel à des rats provoque chez ces animaux une augmentation de la pression artérielle associée à une augmentation de la sécrétion de neurotransmetteurs témoignant d'une hyperactivité du système nerveux sympathique. Cependant, les spécialistes des maladies cardiovasculaires attribuent plutôt au stress la réponse obtenue lors des expériences de Jacques de Champlain. Ni le prestige ni la réputation du laboratoire que dirige Julius Axelrod au National Institute of Mental Health, à Bethesda, aux États-Unis, où travaille alors Jacques de Champlain, ne parviennent à fléchir l'opposition générale. Certains collègues suggèrent même au professeur Axelrod (avant son prix Nobel) de se cantonner dans le domaine des neurosciences et d'éviter de s'aventurer du côté de la cardiologie.

Les réticences dureront dix années. Aujourd'hui, tous les manuels de physiologie énoncent sans réserve qu'il existe d'étroites interrelations entre le système nerveux autonome et la régulation de la tension artérielle. Les scientifiques du monde entier admettent que Jacques de Champlain figure parmi les pionniers qui ont élaboré ce nouveau concept. De plus, à l'examen du système cardiovasculaire, les médecins ajoutent l'évaluation du système sympathique. Que le lien cerveau-pression artérielle soit maintenant communément admis au point d'être considéré comme une évidence fait sourire Jacques de Champlain. À vrai dire, il perçoit dans ce succès le triomphe d'une forme de pensée qui consiste à tirer parti des connaissances de disciplines variées et qui s'efforce de maintenir constant le lien entre la recherche fondamentale et la recherche clinique. Il reconnaît être redevable de cet état d'esprit au docteur Jacques Genest, auprès de qui il fait ses débuts comme chercheur de 1962 à 1965.

En 1962, lors de ses études de troisième cycle, Jacques de Champlain participe à des travaux au laboratoire de recherches cliniques de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Les résultats obtenus le conduisent à la publication de nouvelles méthodes pour mesurer les taux de rénine et d'angiotensine dans le plasma humain, ce qui permet de saisir leur signification dans diverses pathologies, particulièrement dans l'hypertension artérielle. Jacques de Champlain ne peut espérer meilleure préparation pour ses futurs travaux. Un stage préalable au Laboratoire de neurologie de l'Université de Montréal le prédisposera sans doute à considérer que le système nerveux peut avoir une influence sur le fonctionnement du système cardiovasculaire. À partir de 1968, au Centre de recherches en sciences neurologiques du Département de physiologie de l'Université de Montréal, ainsi qu'au Centre de recherches de l'Hôpital du Sacré-Cœur, Jacques de Champlain tente alors de démontrer ce lien et de mettre en évidence les divers modes d'interaction et leurs effets sur la régulation de la pression artérielle, la fréquence cardiaque et les fonctions du cœur.

Jacques de Champlain reconnaît que ses travaux sont jalonnés de succès mais aussi de revers. « J'ai souvent appris davantage d'hypothèses que ne confirmaient pas les expériences de laboratoire », se plaît-il à souligner. À l'exemple du docteur Axelrod, il puise une forme de stimulation dans ses échecs. « Ils conduisent parfois à d'éclatantes découvertes », précise-t-il. Des résultats inattendus lui permettent, entre autres, de démontrer l'existence d'une hyperactivité du système nerveux sympathique dans plusieurs modèles d'hypertension artérielle, notamment chez 40 p.100 des patients souffrant d'hypertension essentielle.

Cependant, Jacques de Champlain ne se contente pas d'accumuler des données scientifiques et d'accroître le nombre de ses publications. Il réussit à intégrer les résultats de ses travaux de laboratoire à ceux qui sont tirés d'observations auprès de sujets hypertendus. Cela l'amène alors à proposer des méthodes de traitement et de prévention plus rationnelles de l'hypertension artérielle. Par exemple, ses études permettent de démontrer l'effet bénéfique de l'exercice physique chez les patients modérément hypertendus.

La création du Groupe de recherche
sur le système nerveux autonome

En 1987, Jacques de Champlain crée le Groupe de recherche sur le système nerveux autonome (GRSNA). Celui-ci comprend 29 chercheurs répartis entre l'Hôpital du Sacré-Cœur, l'Institut de cardiologie, le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), divers départements des facultés de médecine et de pharmacie ainsi que le Département d'éducation physique de l'Université de Montréal. Il compte également une dizaine de membres associés venant d'autres universités canadiennes. L'appui financier annuel, de 6 millions de dollars, en fait l'un des plus importants groupes de recherche de l'Université de Montréal. Sans doute faut-il souligner le rôle d'éducateur de Jacques de Champlain qui formera une génération de chercheurs cliniciens et fondamentalistes. Ceux-ci mèneront leur propre carrière dans des universités ou dans des laboratoires biomédicaux où ils sont considérés comme des experts. Ainsi, le chercheur éprouve la profonde satisfaction de voir son œuvre se poursuivre.

Actuellement, Jacques de Champlain continue ses recherches. Il vient d'amorcer une série d'études sur les antioxydants, molécules qui ont la propriété de neutraliser les effets destructeurs des radicaux libres. Comme la majorité des antihypertenseurs sont dotés de propriétés antioxydantes, il espère pouvoir vérifier l'hypothèse selon laquelle en réduisant l'action toxique des radicaux libres sur les systèmes nerveux et cardiovasculaire, on peut prévenir les complications associées à l'hypertension artérielle. Certes, la perspective relève de la spéculation. Toutefois, personne aujourd'hui n'oserait la qualifier d'extravagante.


Résumé de carrière

1962
Doctorat en médecine de l'Université de Montréal

1965
Ph.D., Department of Investigative Medicine, McGill University

1987-
Créateur et directeur du Groupe de recherche sur le système nerveux autonome

1990
Prix Léo-Pariseau de l'Association candienne-française pour l'avancement des sciences

1990
Prix du mérite scientifique de la Société canadienne de cardiologie

1991
Prix Izaak-Walton Killam en médecine du Conseil des arts du Canada

1992
Prix de la Société internationale d'hypertension

1994
Distinguished Achievement Award de la Société canadienne d'hypertension

1996
Prix Wilder-Penfield

1997
Officier de l'Ordre du Canada

1997
Secrétaire général du Réseau mondial francophone d'hypertension artérielle

1998
Prix de l'oeuvre scientifique de l'Association des médecins de langue française du Canada

1998
Prix Michel-Sarrazin du Club de recherches cliniques du Québec

1999
Officier de l'Ordre national du Québec

2000
Ken Bowman Research Award de l'Institute of Cardiovascular Sciences de l'Université du Manitoba

Wilder Penfield
Qui était Wilder Penfield ?
 

Date de remise du prix :
7 décembre 1996

Membres du jury :
Édith Hamel (présidente)
Richard Béliveau
Pierre Chartrand
Jean Joly
Maryse Lassonde


Texte :
Bernard Lévy

Mise à jour :
Nathalie Kinnard