Paul-Émile-Borduas
Création de :
Anne Fauteux

Récipiendaire

McEwen, Jean

Prix Paul-Émile-Borduas 1998
Catégorie : Culturelle

Né le 14 décembre 1923
Montréal
Décédé le 9 janvier 1999
Montréal

Jean McEwen - lauréat
Photo : Marc-André Grenier

Un séjour en France en 1952 où il prend contact avec Jean-Paul Riopelle aura un effet décisif sur l'évolution de la peinture de Jean McEwen. Toute cette période européenne est à souligner d'un trait lumineux car elle est riche d'expériences déterminantes : rencontres avec des peintres qui marqueront sa trajectoire, entre autres Sam Francis, connaissance de l'œuvre de Jackson Pollock, fréquentation des grands musées, affirmation de son style. Le jeune diplômé en pharmacie se tourne désormais vers une expression résolument non figurative.

En 1953, rentré à Montréal et à bout de ressources, Jean McEwen accepte un emploi de représentant en produits pharmaceutiques chez Frosst. La peinture devenant plus exigeante, il conclura une entente avec monsieur Frosst, le propriétaire de la compagnie, ce qui lui donne la liberté de peindre quatre jours par semaine, poursuivant et enrichissant sans cesse sa recherche. Ses voyages exaltent son inspiration, le lancent sur des pistes de lumières et de couleurs qu'il sait porter à un paroxysme éblouissant, donnent naissance à des séries de tableaux qui deviendront célèbres, qu'on pense à Drapeaux inconnus (1964), Suite parisienne (1978) ou Le Drapeau écorché (1985).

À compter des années soixante-dix, Jean McEwen fait la part belle à l'aquarelle ; il sait maximiser les qualités de ce médium qui permet des études de mouvements et de transparences d'une grande subtilité. En 1973, il peut enfin se consacrer entièrement à ce qui fait le bonheur de sa vie : la peinture.

« Un tableau doit avoir quelque chose à dire chaque fois qu'on le regarde. » Ses tableaux habitent l'œil, s'enfoncent lentement jusqu'au cœur pour n'en plus ressortir. Qu'ils soient plus méditatifs, d'une douceur poétique s'approchant de l'impressionnisme abstrait, ou chargés d'un vigoureux mystère, tant par la couleur que par cette faille qui revient sans cesse diviser le tableau, la sensualité de la matière est toujours perceptible, exigeant une résonance intime chez celui qui regarde. Jean McEwen applique la couleur avec ses mains, éliminant l'intermédiaire, transmettant à la toile l'état intérieur vibratile du moment unique, travaillant par étapes successives, reprenant, corrigeant sans cesse jusqu'à ce qu'il ait tout dit. « Certains moments sont des révélations, les couleurs s'ajoutent, le tableau se fait par enchantement. » C'est cet enchantement qui provoque le choc amoureux devant le tableau. Et c'est ce qui fait que Jean McEwen est devenu un de ces artistes qui font l'orgueil d'un pays.


Paul-Émile Borduas
Qui était Paul-Émile Borduas ?
 

Date de remise du prix :
5 décembre 1998

Membres du jury :
Danielle April (présidente)
Rose-Marie Arbour
Charles Gagnon



Texte :
Janette Biondi et Claude Janelle