Wilder-Penfield
Création de :
François Dallegret

Récipiendaire

Parent, André

Prix Wilder-Penfield 2002
Catégorie : Scientifique

Neurobiologiste

Né le 3 octobre 1944
Montréal

André Parent - lauréat
Photo : Alain Désilets

André Parent pourrait presque passer pour un savant d'un autre temps. La renommée, les honneurs ? Il ne court pas après, même s'il les accepte de bonne grâce. Publier des centaines d'articles scientifiques, participer à des congrès ? Nécessaire, mais tellement prenant. Trouver des applications, des partenaires industriels ? Il préfère laisser cela à d'autres. Depuis ses débuts, il y a plus de 30 ans, André Parent aimerait pouvoir consacrer chaque minute de son temps à une tâche unique : acquérir de nouvelles connaissances sur le cerveau.

Lorsqu'on lui demande de raconter sa vie, André Parent évoque rapidement une enfance sans histoire dans les quartiers ouvriers de l'est de Montréal, puis la naissance inexpliquée d'une véritable vocation pour la biologie et la physiologie humaine, qui le conduit sur les bancs de l'Université de Montréal. Les cours d'anatomie comparée du professeur Paul Pirlot l'impressionnent : la démarche qui consiste à comparer différents animaux pour mieux comprendre l'évolution d'une espèce à l'autre l'intéresse au plus haut point. En 1967, il termine premier de sa promotion au baccalauréat. L'un des chercheurs les plus renommés au monde en neurologie comparée, le docteur Louis J. Poirier, lui ouvre grandes les portes de son laboratoire de l'Université Laval, à Québec. Là, André Parent se lance dans une tâche à laquelle il consacrera toute sa carrière : comprendre le fonctionnement d'une partie clé du cerveau, les ganglions de la base, qui contrôlent le comportement psychomoteur et le mouvement. Sur ce sujet, le neurobiologiste est intarissable. Passionné et passionnant.

Pendant son doctorat, André Parent commence par mettre sur pied une impressionnante collection de cerveaux appartenant aux espèces les plus variées. Poissons, batraciens, oiseaux… le jeune chercheur passe des heures à préparer des échantillons. Pour en faciliter l'analyse, il invente une technique afin de visualiser les neurotransmetteurs, ces substances chimiques qui permettent aux neurones de délivrer leurs messages et de communiquer. Cette approche dite immunohistochimique est devenue depuis une façon standard de comparer le système nerveux de différentes espèces. Après ses études postdoctorales au célèbre Institut Max Planck de Francfort, il est nommé professeur au Département d'anatomie et de physiologie de la Faculté de médecine de l'Université Laval, qu'il n'a pas quitté depuis. Très tôt, André Parent multiplie les découvertes : il est le premier, par exemple, à montrer que le cerveau des reptiles renferme de la substance noire, tout comme celui des mammifères, ou que celui des amphibiens sécrète de la sérotonine. Ses avancées changent peu à peu la conception classique de l'évolution neurobiologique des espèces.

Cependant, le professeur n'a pas l'habitude de s'endormir sur ses lauriers. Ses travaux en neurobiologie comparée lui permettent d'acquérir une vision globale de l'évolution du cerveau. L'étape suivante consistera à comprendre le fonctionnement des ganglions de la base chez des espèces particulières, proches de l'être humain. La tâche demande encore une fois patience et minutie. En l'espace de quelques années, André Parent amasse d'innombrables données sur des cerveaux de primates et de rats, dans le but de bâtir un modèle cohérent du fonctionnement normal de ces organes. Il analyse aussi le cerveau de singes atteints de la maladie de Parkinson, due à un déficit concernant un neurotransmetteur, la dopamine. Sans tambour ni trompette, le chercheur saisit peu à peu le fonctionnement neuronal extrêmement complexe des ganglions de la base des primates. L'analyse très fondamentale qu'il en présente a toutefois des retombées pratiques immédiates, puisqu'elle remet en question le modèle qui guide alors les chirurgiens à l'occasion d'interventions ayant pour objet de corriger des troubles du mouvement.

Même s'il assure n'avoir rien planifié, la carrière d'André Parent suit une logique implacable. Après le singe, vient l'humain. Depuis 1996, le chercheur a mis sur pied une banque de 400 cerveaux provenant en bonne partie de personnes atteintes de diverses maladies neurodégénératives. L'origine des maladies d'Alzheimer, de Huntington ou de Parkinson se cache probablement dans les ganglions de la base. Que se passe-t-il exactement lorsque ces maladies se développent ? Dans quelle mesure les connaissances acquises chez les primates sont-elles transférables au cerveau humain ? En cherchant à répondre à ces questions, le professeur Parent met en évidence plusieurs phénomènes jusque-là méconnus. Il montre notamment que certaines parties du cerveau continuent de générer de nouveaux neurones tout au long de la vie, contrairement à l'idée reçue. Comment ? Pourquoi ? Voilà de quoi passionner encore le chercheur pour de nombreuses années. Avec l'espoir qu'un jour, une meilleure connaissance de ces phénomènes de neurogenèse permettra de traiter les maladies neurodégénératives ou certains troubles psychiatriques.

Malgré l'envergure de sa production scientifique, André Parent n'hésite pas à consacrer plusieurs années à la rédaction d'ouvrages de référence, un travail de moine délaissé par bien des chercheurs de nos jours. Cela donnera lieu, notamment, à deux ouvrages incontournables en matière de neurobiologie. Le premier, Comparative Neurobiology of the Basal Ganglia, publié en 1986 par John Wiley & Sons à New York, lui demande deux ans de travail. Le second, Human Neuroanatomy, est une nouvelle édition d'un traité de plus de 1 000 pages, véritable bible dans ce domaine. Cinq ans d'écriture quasi quotidienne. Avec ces livres, André Parent prend alors le temps de s'arrêter, de faire le point, pour bien comprendre et assimiler l'incroyable complexité du cerveau humain. Ce qui ne l'empêchera pas de publier nombre d'articles scientifiques tout au long de sa carrière et de recevoir plusieurs distinctions prestigieuses. Membre de la Société royale du Canada depuis 1994, lauréat du prix Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) en mai 1995, de la bourse Killam du Conseil des arts du Canada en 1997 et en 1998, il est aussi membre de plusieurs sociétés savantes, de comités scientifiques et de comités de rédaction.

Toutefois, son bonheur, André Parent le trouve au laboratoire, auprès de ses chers étudiants à qui il estime devoir sa réussite. Parmi eux, l'un de ses fils, prêt à prendre la relève. André Parent, déjà deux fois grand-père, ne pense pourtant guère à la retraite. Son dernier dada ? L'histoire des neurosciences, à laquelle il consacre déjà ses vacances et qui fera probablement l'objet d'une nouvelle publication.


Résumé de carrière

1970
Doctorat en neuroanatomie de l'Université Laval

1970-1971
Études postdoctorales de neuroanatomie au Max-Planck Institute for Brain Research de Francfort

1981-
Professeur titulaire au Département d'anatomie à la Faculté de médecine de l'Université Laval

1985-1992
Directeur scientifique du Centre de recherche de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus et directeur du Laboratoire de neurobiologie de la Faculté de médecine de l'Université Laval

1994
Membre de la Société royale du Canada

1995
Prix Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS)

1996
JBC Grant Carreer Award de la Canadian Federation of Biological Society

1996-
Directeur du Centre de recherche Université Laval — Robert-Giffard pour la neurobiologie systémique

1997
Bourse Killam du Conseil des arts du Canada

1998
Bourse Killam du Conseil des arts du Canada

2001
Jerry Friedman Award de la Fondation Parkinson Canada

2001
Membre du conseil de la World Federation of Neurology

Wilder Penfield
Qui était Wilder Penfield ?
 

Date de remise du prix :
5 novembre 2002

Membres du jury :
Jacques de Champlain (président)
Christiane Ayotte
Roger C. Lévesque
Carol Richards
Théodore L. Sourkes



Texte :
Valérie Borde