Albert-Tessier
Création de :
Louis-Jacques Suzor

Récipiendaire

Blackburn, Maurice

Prix Albert-Tessier 1983
Catégorie : Culturelle

Né le 22 mai 1914
Québec
Décédé le 29 mars 1988
Montréal

Maurice Blackburn - lauréat
Photo : Bernard Vallée

Il peut sembler inusité qu'un musicien reçoive une haute distinction habituellement remise à un cinéaste. Quand on apprend qu'il s'agit de Maurice Blackburn, cependant, l'étonnement s'estompe rapidement. C'est que Blackburn a consacré l'essentiel de sa production à la musique pour le cinéma, ayant signé des partitions originales pour 414 films entre 1941 et 1985.

« Les compositeurs sérieux montréalais, explique le musicien Yves Daoust, engagés dans le courant structuraliste d'après-guerre, n'ont pas toujours saisi la portée de l'œuvre de Blackburn et la modernité de sa démarche. » C'est que dans son abondante production, Blackburn a composé son lot de musiques légères, utilitaires, dans un style conservateur souvent dicté par les films et les cinéastes eux-mêmes. Mais lorsqu'il en a eu l'occasion, Blackburn a su s'engager dans des approches nouvelles, manipulant le son avec liberté et audace. Sa collaboration avec Norman McLaren, qui l'incite à jouer avec le son comme lui-même triture la pellicule, occupe la meilleure place dans son abondante filmographie. Ainsi, les trames sonores de A Phantasy (1951) et de Blinkity Blank (1955) sont des classiques : dans le premier film, Blackburn mêle des sons synthétiques à une partition pour trois saxophones, tandis que dans le deuxième, l'enregistrement d'une partition pour cinq instruments est découpé pour qu'on y intègre des segments de sons synthétiques.

En 1965, Blackburn affirmait : « C'est peut-être parce que je conçois le cinéma comme un opéra qu'il m'est difficile de penser aux images, aux bruits, au commentaire, à la musique, comme si ces éléments pouvaient être compartimentés, isolés les uns des autres.  » La réalisatrice Anne Claire Poirier, avec qui le musicien a travaillé notamment pour Les Filles du Roy (1974) et Mourir à tue-tête (1979), va dans le même sens : « Il faisait plus que de la musique filmique. Ses conceptions musicales et sonores prenaient forme dans une entité qui incluait toute la réalité du champ sonore. Il a toujours travaillé dans cette optique. »

L'apport de Maurice Blackburn au cinéma québécois ne se résume donc pas seulement à la composition de pages et de pages de musique, s'inspirant tantôt du folklore, tantôt de la musique contemporaine. Son apport mène plutôt, pour l'ensemble des cinéastes qui l'ont fréquenté, sur une prise de conscience de l'ensemble des possibilités offertes par le travail du son au cinéma. En ce sens, Blackburn a contribué à élargir l'idée de la mise en scène cinématographique.


M<sup>gr</sup> Albert Tessier
Qui était Mgr Albert Tessier ?
 

Date de remise du prix :
11 octobre 1983

Membres du jury :
Rock Demers (président)
Francine Laurendeau
Maurice Leblanc
Roland Smith
André Théberge


Texte :
Marcel Jean