Marie-Victorin
Création de :
Christine Larochelle

Récipiendaire

Mysak, Lawrence A.

Prix Marie-Victorin 2006
Catégorie : Scientifique

Spécialiste des climats

Né le 22 janvier 1940
Saskatoon (Saskatchewan)

Lawrence A. Mysak - lauréat
Photo : Alain Désilets
Entrevue

Certains considèrent que la science se conjugue mal avec la patience, comme s'il fallait trouver rapidement toutes les réponses aux nombreuses questions que soulève encore aujourd'hui la complexité de notre environnement. Lawrence A. Mysak, professeur au Département des sciences atmosphériques et océaniques de l'Université McGill, est d'avis contraire. « Il faut du temps et une forte capacité de remise en question pour être un bon chercheur, alors qu'une grande partie de notre travail va bien souvent à la corbeille », affirme-t-il sans ambages. Or, ce spécialiste des climats doit aussi faire preuve d'une immense capacité à remonter dans le temps à des époques encore riches de découvertes possibles.

Chercheur prolifique depuis près de 40 ans, Lawrence A. Mysak est une sommité internationale dans le domaine de l'océanographie et des changements climatiques. Titulaire de la Chaire Canada Steamship Lines de météorologie de l'Université McGill, il se consacre à l'étude des climats de la période des ères glaciaires et étudie le déplacement des glaces de l'Arctique selon des échelles annuelles et décennales. Ses recherches actuelles permettent d'établir des liens entre les climats du passé et les scénarios de réchauffement climatique de l'avenir. Selon ses calculs, malgré le réchauffement accéléré de la planète, les prochaines ères glaciaires ne devraient pas survenir avant 50 000 à 100 000 ans. « C'est la bonne nouvelle », avance-t-il, tout en étant fort soucieux des impacts de la société de consommation sur l'environnement.

Ce coloré chercheur, grand pédagogue, s'est d'abord fait connaître par ses découvertes dans le domaine de la dynamique des fluides. En 1978, il publie un traité théorique, Waves in the Ocean, sur la modélisation des vagues océanographiques, écrit avec un ancien collègue, Paul LeBlond. Cet ouvrage le propulse littéralement sur la scène universitaire internationale. Ayant nécessité trois ans de labeur, cet ouvrage de 600 pages, paru alors que Lawrence A. Mysak n'avait que 38 ans, a depuis servi de référence à plusieurs générations d'étudiants. Il a aussi été traduit en chinois et en russe.

Né en 1940, loin de la mer à Saskatoon, c'est-à-dire en pleines prairies (« mais là où il y a déjà eu des kilomètres d'océan », précise Lawrence A. Mysak), ce passionné de sciences est convaincu que sa vie a été marquée par des points tournants qu'il n'a jamais vraiment planifiés. Jeune étudiant, il s'inscrit d'abord en dentisterie à l'Université de l'Alberta. Or, dès les premières dissections de grenouilles dans son cours de zoologie, il comprend que ce métier n'est pas pour lui. Il entreprend alors une longue formation en mathématiques appliquées aux phénomènes naturels qui le mène à l'Université d'Adélaïde en Australie du Sud et à l'Université Harvard où il obtient son doctorat en 1967.

Après avoir enseigné pendant 19 ans à l'Université de la Colombie-Britannique où il a fondé l'Institut de mathématiques appliquées, Lawrence A. Mysak sent le besoin de travailler sur de nouveaux sujets. En 1986, il entreprend la seconde grande étape de sa carrière à l'Université McGill et fonde le Centre de recherche sur le climat qui réunit des chercheurs de disciplines aussi variées que l'agriculture, l'océanographie, l'économie, la géographie et la physique. « Cela a été une expérience déterminante d'avoir réussi à rassembler des chercheurs qui travaillaient dans leur discipline respective, alors que l'interdisciplinarité n'était pas encore une pratique courante », explique-t-il.

Lawrence A. Mysak est, en effet, un véritable rassembleur. Très engagé personnellement auprès de la Société royale du Canada, il joue un rôle de premier plan en présidant l'Académie des sciences de 1993 à 1996. Pendant cette période, il favorise de nombreux échanges avec d'autres académies, notamment en Belgique, aux États-Unis, en France, au Japon et en Ukraine. « Mon objectif était de réunir les meilleurs scientifiques afin de faire valoir le point de vue de la communauté scientifique sur les grands dossiers de l'heure », affirme-t-il.

Le souci du partage et de l'échange manifesté par Lawrence A. Mysak provient sans nul doute de ses parents, tous deux enseignants, qui lui ont inculqué non seulement l'importance des connaissances, mais aussi celle de la communication. Visiblement ému lorsqu'il parle de ses propres étudiants, Lawrence A. Mysak les considère d'ailleurs comme des membres de sa famille. Depuis plus de 15 ans, sa conjointe et lui les reçoivent à leur chalet dans la région de l'Estrie chaque année pour une fête de partage. « Mes étudiants représentent le plus bel héritage de mon travail », reconnaît-il. Fier de les voir s'établir à leur tour en recherche, Lawrence A. Mysak n'hésite pas à leur rendre visite lors de ses nombreuses conférences à l'étranger et à cultiver des liens privilégiés avec plusieurs d'entre eux.

Ce chercheur occupe un bureau à l'image de ce qui compte pour lui : des photos de sa famille, de nombreuses cartes géographiques dont celle de l'Ukraine, pays d'origine de son père et de son grand-père arrivé au Canada en 1908, un globe terrestre qu'il n'hésite pas à faire tourner pour expliquer ses théories et des dizaines de livres. Il est indéniable que Lawrence A. Mysak aime discuter, confronter les points de vue et trouver des solutions à des problèmes scientifiques. Ayant passé quatre années sabbatiques en Angleterre, aux États-Unis, en Suisse et en Italie, et fait des conférences dans près de 25 pays, il a développé un plaisir évident pour les langues étrangères dont il glisse un mot ou deux dans ses conversations.

Pour ce chercheur, outre la nécessité d'avoir un esprit curieux, de faire preuve d'ouverture à l'égard des nouvelles idées et de savoir à quel moment changer de direction, il est essentiel aussi de s'engager dans la communauté sociale des chercheurs. Lawrence A. Mysak a été rédacteur en chef de prestigieux périodiques et anime des rencontres de vulgarisation scientifique sur le campus ainsi que dans d'autres établissements scolaires. Il joue également de la flûte dans l'orchestre symphonique I Medici de l'Université McGill depuis plusieurs années.

Parmi ses prochains projets, Lawrence A. Mysak souhaite aider ses étudiants à mener à terme leurs études supérieures. Il compte occuper son éventuelle retraite à offrir bénévolement des concerts de flûte aux personnes âgées dans les centres de soins de longue durée et, peut-être, à écrire des livres biographiques sur la vie de grands scientifiques qui l'ont lui-même inspiré. « Mais je crois que j'ai déjà écrit mon meilleur livre! », s'exclame-t-il.

Lawrence A. Mysak a été élu membre de l'Ordre du Canada en 1996 et membre (fellow) de l'American Meteorological Society ainsi que de l'American Geophysical Union en 2000. Il s'est vu décerner également le prix Michel-Jurdant de l'Association francophone pour le savoir du Québec. Enfin, la prestigieuse Union européenne des géosciences lui a remis en 2006 la médaille Alfred-Wegener pour sa contribution novatrice aux sciences du climat et des océans.


Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
8 novembre 2006

Membres du jury :
Jean Bousquet (président)
Carole Beaulieu
Paul Del Georgio
Jean-Claude Kieffer
James D. Wuest



Texte :
Nathalie Dyke