Albert-Tessier
Création de :
Antoine D. Lamarche

Récipiendaire

Perrault, Pierre

Prix Albert-Tessier 1994
Catégorie : Culturelle

Né le 29 juin 1927
Montréal
Décédé le 24 juin 1999
Montréal

Pierre Perrault - lauréat
Photo : François Brunelle

On dit de Pierre Perrault qu'il est venu au cinéma par la parole. Mais on pourrait dire plus justement qu'il est parvenu au septième art par l'oreille ! Avec ses mots justes et rares qui savent gagner la confiance de l'autre, il a parcouru l'âme du pays. Certains diront qu'il s'agit d'un inventaire. Mais, en donnant cette parole à ceux qui avaient toujours cru devoir se taire, en écoutant sans interviewer, Pierre Perrault va plus loin, jusqu'au tréfonds de l'âme d'un peuple qui cherche ses racines, son identité.

L'Île-aux-Coudres prendra une place toute particulière dans son œuvre. Trois films, Pour la suite du monde (1964), Le Règne du jour (1966) et Les Voitures d'eau (1968) naîtront de cette rencontre fabuleuse avec un peuple vrai, en relation très forte avec la nature. Puis, au moment où la ferveur nationaliste souffle sur le Québec, Perrault vérifie où en est le pays avec Un pays sans bon sens (1970) et L'Acadie, l'Acadie ?!? (1971), deux films qui abordent la lutte des peuples minoritaires pour préserver leur identité.

Pierre Perrault entreprend ensuite deux cycles, concurremment, l'un sur l'Abitibi, l'autre sur les Amérindiens. Le premier interroge le passé et le présent de l'Abitibi, fait le procès de la colonisation et des promesses qu'elle a fait miroiter. Le deuxième cycle donne la parole aux Amérindiens, « ceux qui étaient là avant nous, mais qui ne sont pas nos ancêtres ». Avec eux il réalise Le Goût de la farine (1977) et Le Pays de la terre sans arbre (1980).

La quête de Perrault se poursuit et s'approfondit. Il monte encore plus haut dans le Nord et établit « un dialogue avec les bœufs musqués ». L'Oumigmag ou l'Objectif documentaire (1993), qui donne lieu à un essai de 300 pages que le cinéaste considère comme son testament cinématographique, et Cornouailles (1994) montrent les grands espaces et cette bête un peu mythique – ou lumineuse, pour reprendre le titre d'un autre de ses films consacré au grand rite de la chasse – qui, à travers les siècles, a survécu à la froidure, à la faim et aux conditions extrêmes du Grand Nord.

Pierre Perrault aura permis au Québec de se construire une mémoire, cette mémoire essentielle à la définition de notre identité. Son écriture filmique, qui a la finesse et la sensibilité propres à rapprocher le cinéma, la poésie – qu'il a pratiquée abondamment – et la culture populaire, a su redonner des racines et une voix à un peuple dépossédé qui avait toutefois laissé partout des traces de sa poésie. Perrault a suivi ces traces et nous les a montrées pour que nous nous souvenions, créant ainsi un pont entre la civilisation traditionnelle et le présent.


M<sup>gr</sup> Albert Tessier
Qui était Mgr Albert Tessier ?
 

Date de remise du prix :
23 novembre 1994

Membres du jury :
Michel Brault (président)
Georges Dufaux
Léa Pool


Texte :
Yolande Côté et Claude Janelle