Gérard-Morisset
Création de :
Matthieu Cheminée

Récipiendaire

Bouchard, Serge

Prix Gérard-Morisset 2015
Catégorie : Culturelle

Né le 27 juillet 1947
Montréal

Serge Bouchard - lauréat
Photo : Julie Durocher
Témoignage

« L’histoire a son envers, l’histoire a ses revers, il y aura toujours une autre façon de voir. » Sur ces mots s’amorçait chaque émission de la série radiophonique De remarquables oubliés, diffusée de 2005 à 2011 sur les ondes de Radio-Canada et animée par Serge Bouchard, anthropologue, homme de radio, conférencier et auteur. Une courte phrase qui traduit l’essence de sa pratique inédite.

Dès les années 1970, alors que la plupart des anthropologues québécois s’intéressent aux sociétés éloignées, Serge Bouchard porte un regard clairvoyant sur « notre monde ». Il effectue alors ses premières études de terrain chez les Innus de la Côte-Nord et du Labrador. Son doctorat confirme son désir constant d’explorer des chemins de traverse : sa thèse porte sur la culture des camionneurs au long cours dans le Nord québécois.

Sur les territoires de prédilection de Serge Bouchard, l’anthropologie trouve un ancrage nouveau. Nordicité, amérindianité et diversité culturelle : autant de thèmes qui empruntent à l’ethnologie, à l’ethnohistoire et à la sociologie; autant de thèmes qui nous redéfinissent comme collectivité.

« J’ai travaillé hors des murs de l’enseignement. J’ai pratiqué mon métier dans le monde concret. En fait, l’anthropologie a été une révélation, une passion, un choix, une vocation dans le sens pur de la chose. J’ai eu cette chance inouïe de devenir ce que je suis. »

Homme de terrain féru d’archives, Serge Bouchard travaille de façon passionnée, presque obsessive, avec la mémoire comme matière première. En fait, il s’acharne à redresser les torts. Avec constance, il prend immanquablement le parti des mal-aimés : les Amérindiens, les Métis, les coureurs des bois, les pionniers francophones, tous – et toutes! – occultés dans l’histoire officielle.

« Je suis toujours à remonter le courant des préjugés pour trouver des philosophes et des poètes chez les camionneurs, des génies et des savants chez les Amérindiens. Comme je suis issu de la classe populaire, j’ai ressenti une indignation devant le sort réservé aux oubliés de ce monde. Le fait d’être indigné a probablement été le meilleur carburant pour me faire fonctionner. »

Communicateur né et maître à penser, Serge Bouchard s’adresse à mille publics aux quatre coins de la province – policiers et forestiers, élus et fonctionnaires, communautés autochtones et groupes sociaux –, sans jamais compter les kilomètres ni faire l’économie de son enthousiasme.

Dans les débats de société, l’anthropologue émerge du lot par son regard lucide et sa voix qui perce la mêlée. À l’écrit, Serge Bouchard apporte un éclairage nouveau et convaincant sur l’existence, une lumière qui se manifeste dans le monologue intérieur de l’un de ses derniers ouvrages : C’était au temps des mammouths laineux.

Parmi sa vingtaine de publications, l’auteur exprime une affection particulière pour ses Confessions animales – Bestiaire I et II, qu’il appelle ses « joyaux ». Dans ces deux livres, l’anthropologue se fait poète et emprunte les sentiers de la mythologie et du rêve pour témoigner de son amour profond de la nature. « Des fois, je regarde ces livres et je me dis : mais qui a fait ça? C’est ma fierté absolue. Ce sont mes ouvrages les plus achevés. »

À la radio, c’est la série De remarquables oubliés qui lui procure la plus grande satisfaction. De ses nombreuses conférences, il retient celles prononcées en milieu amérindien; là où des villages entiers se rassemblent afin de l’écouter raconter leur propre histoire.

Certes, il y a la manière des anthropologues et il y a « la manière Serge Bouchard ». Après plus de 40 ans de travail de fond, il demeure le même homme indigné, le même libre penseur, avec sa parole franche et sa conscience ouverte sur le monde, sur tous les mondes.


Gérard Morisset
Qui était Gérard Morisset ?
 

Membres du jury :
Denis Boucher (président)
Christine Cheyrou
Gilles Gallichan
Sophie Imbeault



Texte :
Annie Boutet